‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 61 sur 217 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SOMMAIRE : Efforts des Jacobins. — Adresse pour activer le jugement de Louis XVI. — Intrigues et lutte des partis. — Troubles sur la place Saint-Nizier. — Lettres du citoyen David à la Convention. — EfTets de la nouvelle du 21 janvier sur la population lyonnaise. — Placards royalistes. — Discours de Châlier au club central. — Serment prononcé au pied de l'arbre de la liberté. — Assassinat de Lepelletier-Saint-Fargeau. — Cérémonie funèbre en son honneur. — Discours de Chàlier. — Agitation des royalistes. — Pamphlet intitulé : Vn vertueux Français h la Contention nationalcm

Conformément au vœu de Chàlier et de son parti, le procès de Louis XVI ne tarda pas à commencer; mais les cris de Mort au tyran! que répétaient les clubîstes lyonnais, trouvèrent peu d'échos dans la ville, où la majorité appartenait évidemment aux royalistes et aux modérés. Un très-grand nombre de ci-devant nobles et de prêtres réfiractaires s'étaient réfugiés à Lyon et entretenaient les idées monarchiques dans la classe ouvrière, qui, sans travail et sans pain, attribuait avec raison son malaise à la crise révolutionnaire. Les Jacobins réunirent toutes leurs forces pour combattre cette influence, et se rallier une population hostile ou apathique. Des émissaires intelligents se répandirent sur les places publiques ,' dans les marchés , dans les cabarets ; ils cherchèrent à inspirer des alarmes sur les subsistances, et paraphrasant l'énergique discours de Châlier : « Il n'est que trop vrai, dirent-ils avec l'expression d'une conviction profonde, il n'est que trop vrai, la vie du pauvre peuple dépend de la mort de Louis Capet : il faut donc qu'il périsse au plus tôt, d'après la loi suprême qui veut que l'intérêt de tous passe avant l'intérêt d'un seul. Lyon ne doit pas être en retard sur les autres villes de France, car Bordeaux. Marseille, Toulouse ont envoyé déjà des milliers de pétitions, pour

solliciter le prononce du jugement de Louis; si Lyon refusait de suivre ce patriotique exemple, il ne serait plus qu^'une ville d'aristocrates, destinée à devenir le hideux repaire des monstres qui veulent dévorer les germes naissants de la liberté et de Tégalité : il n'en sera pas ainsi, car les patriotes lyonnais, les vrais républicains, ne tarderont pas davantage à réclamer la juste punition du tyran. »

En effet, le 13 janvier, les corps administratifs et judiciaires du département se réunirent au lieu des séances extraordinaires, pour rédiger une adresse à la Convention. Longtemps avant l'heure des délibérations, les patriotes s'étaient donné rendez-vous dans la salle de l'Hôtel-de-Ville, afin d'influencer la municipalité. « Nous voulons, disaient-ils chaque fois qu'un membre du corps administratif passait devant eux, nous voulons à tout prix la mort du tyran, sans retard et sans délai; point d'appel au peuple surtout, car l'appel au peuple a été inventé par les traîtres de la Gironde pour sauver la tète de l'infâme prisonnier de la tour du Temple. » Parmi tous ces hommes acharnés à demander le châtiment du roi vaincu, Châlier et Laussel se faisaient remarquer par la frénésie de leurs mouvements et la violence de leurs harangues. Pour donner plus de poids à ses paroles, le premier brandissait à chaque instant une longue pique dont il s'était armé. Le second eut un vomissement de sang, ainsi qu'il le raconte lui-môme dans sa défense devant le tribunal révolutionnaire, et gagna une affreuse extinction de voix dans cette lutte impie du royalisme et du modérantisme contre les républicains.

L'adresse à la Convention était toute prête; il avait été convenu d'avance que le jeune Lambert, son auteur, la présenterait à l'ouverture de la séance, et qu'il en ferait lecture. Elle a été imprimée par ordre de la Convention nationale.

« Mandataires, disait Lambert, vous avez juré de purger la France » delà tyrannie, et Louis le tyran respire 1 Tenez votre serment.... » Vous-mêmes, prononcez le jugement du scélérat. Le renvoyer aux » assemblées primaires, ce serait embraser la république des feux de » la guerre civile. Prononcez : le peuple vous contemple, indigné que

» la journée du 10 août soit à venger

» Citoyens magistrats, ajoutait-il, nous venons de vous transmettre » nos sentiments républicains, nous vous invitons à élire dans votre » sein des commissaires qui les porteront à l'assemblée constitution- » nclle. »

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