‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 63 sur 217 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

dans toutes les directions. Les vainqueurs déchirèrent aussitôt ces listes de proscription, cassèrent les tables, en jetèrent les débris au Rhône, et regagnèrent tranquillement leur domicile, après avoir ainsi protesté, au nom du peuple de Lyon, contre l'arrêté du 13 janvier.

Cet échec n'empêcha pas les Jacobins de Lyon d'offrir, quelques jours après, à leurs frères de Paris, des listes qui pouvaient contenir de quinze à seize mille adhésions d'hommes, de femmes et d'enfants. 11 était toutefois hors de doute que l'adresse de Lambert n'exprimait pas les opinions des Lyonnais. Les uns nourrissaient l'espérance de revoir un jour Louis XVI sur le trône; les autres, tout en blâmant sa conduite oblique, sa fuite à Varennes, ses parjures, son refus de sanctionner les décrets contre les émigrés, hésitaient à l'idée d'un supplice sans antécédents en France, et qui devait soulever tous les souverains de l'Europe contre la révolution. Pendant que l'adresse était envoyée à la Convention comme l'expression d'un vœu presque unanime, un Lyonnais, au nom de ses compatriotes, réclamait auprès du président contre une majorité mensongère, et exposait les faits tels qu'ils s'étaient réellement passés. « Citoyens^ représentants, une foule de gens mal- » intentionnés se sont assemblés dimanche 13 courant dans la salle de » l'hôtel commun de^notre ville. Là, après avoir débité les propos les » plus obscènes, et répandu la terreur dans les esprits, ils ont arrêté » de faire une adresse à la Convention, exprimant le vœu de tous les « citoyens de Lyon. Elle a d'abord été signée par deux cents clubistes " environ, qui se disent le peuple; mais comme ils ont pensé que cette » adresse n'aurait aucun fond , si elle n'était appuyée par un grand » nombre de signatures, ils ont répandu dans le peuple que tous ceux » qui ne signeraient pas cette adresse seraient notés sur une liste noire » ou de proscription. De là, ils sont allés placer des banques dans » toutes les places publiques, prenant par le bras tous ceux qui se « présentaient pour les faire signer ; cette démarche n'ayant pas été » fructueuse, ils ont fait signer des enfants de six à sept ans, des fem- « mes, des gens de campagne illettrés, leur criant : // faut que le roi « meure; nous ne voulons pas qu'il soit jugé par le peuple! Comme ces » clameurs ont causé beaucoup de désordres dans la ville, je viens au" » près de vous, comme citoyen de Lyon , vous prier de vouloir in- » struire la Convention nationale de la démarche qui a été employée » lX)ur gagner les esprits faibles, et vous jurer que cette adresse est le »» fruit de cent personnes au plus. La très-grande majorité des ri-

» toyens de Lyon désirant jouir de leur droit de souveraineté pour » juger Louis, je ne fais pas de doute que cette adresse ne soit rejetée ; » et je crois devoir vous prévenir que tous les citoyens ont rœil ou- » vert sur ceux qui causent tant de désordres, et qu'ils ne souffriront * pas impunément/ » Recevez le baiser fraternel de votre concitoyen.

» Signé David, « Citoyen de la Convention de la commune de Lyon, »

Lyon, ce 16 janvier 1793, Tan second de la République.

Quoi qu'il en soit, ladresse de Lambert fut présentée six jours après à la Convention, qui la reçut avec transport, et lui fit les honneurs de son imprimerie nationale, pour la reproduire avec le procès-verbal de la séance où elle avait été votée.

<c Le Rubicon est donc enfin franchi, disait Chàlier à ses affidés , demain nous apprendrons que la tète de l'hydre a été écrasée par la massue d'Hercule. » La nouvelle de la mort de Louis XVI le transporta de joie, mais elle jeta la consternation dans la majorité royaliste de la ville. Pendant plusieurs jours les rues furent désertes, les cafés et les spectacles cessèrent d'être suivis. On voyait des hommes arracher de leurs chapeaux la cocarde nationale et la fouler aux pieds. La nuit, aussitôt que l'éclat des réverbères commençait à pâlir, on entendait des voix lugubres, chantant sur un ton monotone des complaintes funèbres où le nom du supplicié se trouvait répété. Quand ces voix se taisaient, le silence de mort qui enveloppait la ville n'était interrompu que par le bruit de pas des patrouilles de la municipalité, ou par les cris d'alarme des officiers municipaux qu'attaquaient lâchement des hommes masqués. Chaque matin le peuple s'arrêtait devant d'énormes affiches placardées pendant la nuit, malgré la surveillance active des Jacobins. Elles déploraient toutes l'événement du 21 janvier ; elles en redoutaient les funestes conséquences , flétrissant le nom des juges-bourreaux; elles dévouaient aux poignards des modérés Châlier, Laussel, et les députés qui avaient voté la mort. Les Jacobins, au contraire, organisèrent une troupe de fédérés, qui partit quelques jours après pour Paris, pour purger la capitale des députés qui n'avaient pas voté la mort de Louis Capet.

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