‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 65 sur 217 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

» Recueillons-nous un moment, affligeons-nous sur la perte que la patrie a faite dans la personne de Michel Lepelletier....! mais que dis-je? réjouissons-nous tous, il est immortel I... Sa mémoire passera dans tous les âges.,. Eh quoi! vous paraissez encore abattus! relevez-vous tous, amis de la liberté!.... Jurons, et ne jurons pas en vain, jurons d'exterminer tous les tyrans et leurs suppôts; alors rassassin, ce monstre, ne nous échappera pas.

» Qu'une couronne civique soit donc décernée par la patrie au citoyen qui livrera ce scélérat au glaive de la justice; que ce citoyen soit nourri aux dépens de la République... Jurons de purger la terre de la liberté, de tous ceux qui n'ont encore donné aucune preuve de civisme... c'est le seul ennemi qui doit être brûlé sur la cendre de Lepelletier : du fond de sa tombe il nous crie : Citoyens sansculottes, tenez- vous sur vos gardes, vous êtes entourés d'assassins; débarrassez-vous^n, et mes mânes reposeront en paix, et la patrie sera sauvée! »

De vives acclamations accueillirent ce discours dont la péroraison n'était pas exempte de vérité. Depuis la mort de Louis XVI , le parti royaliste proférait des cris de vengeance. A Lyon , on continuait à attaquer dans les ténèbres les officiers municipaux, et l'arbre de la liberté même était couvert de placards incendiaires. A Montbrison, on avait proposé d'incendier les maisons des régicides, Dupuis et Javogue; la porte du domicile de Javogue père avait été teinte de sang pendant la nuit. Un pamphlet signé Antoine, citoyen de Lyon, et intitulé : Un vertueux Français à la Convention nationale, menaçait les représentants du peuple , et préconisait l'assassin en termes qui dénotaient la rage et l'exaspération de la faction monarchique. « En » vain, disait-il , vous vous flattez de découvrir l'asile du courageux » Français qui a osé, presque sous vos yeux, purger la terre d'un des » monstres qui ont voté pour l'assassinat de l'infortuné et innocent » Louis XVI ; il est à l'abri de vos poignards, et il vous prédit, ainsi que * moi, que la stupeur, qui a glacé pour un moment l'âme des bons » Français à la vue du supplice inouï du plus vertueux des hommes, » cessera pour faire subir à ceux de vos collègues, complices de cet » horrible assassinat, le juste châtiment qu'ils ont mérité ; et en sup- » posant, ce dont je prie l'Être Suprême de le préserver, qu'il vînt à « tomber au pouvoir des monstres de votre espèce et à être la vic-

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» time de votre scélératesse, son ombre en suscitera des milliers dans » toutes les parties de TEurope, qui auront le même courage.

» Tremblez donc, brigands, et souvenez-vous que les infâmes as- » sassins de Charles Stuart ont péri misérablement ou sont tombés » sous les coups des vrais Anglais : le même sort vous attend'; je suis » un vrai ami des lois, de Tordre, de la paix, et ennemi juré du crime » et des scélérats. »

Certes, un pareil langage ne le cédait en rien aux plus fougueuses déclamations de Chàlier. Les historiens antérieurs , tous guidés par Tesprit de parti, en exagérant les fureurs des patriotes, ont dissimulé avec soin les provocations réitérées de leurs adversaires; ceux-ci sont d'inoffensives victimes; ceux-là d'infâmes bourreaux, dont aucune circonstance ne justifie les excès. La révolution, plus impartialement envisagée , est un duel terrible , où chaque combattant veut du sang et des supplices. Interrogez les vieillards qui ont vu cette grande et désastreuse époque; tous vous diront que si les royalistes, si les Girondins même avaient triomphé, ils auraient procédé contre les vaincus par le meurtre et Tincendie. Les épithètes de monstres, de brigands, de scélérats , les menaces de potence et de guillotine se retrouvent aussi souvent dans les libelles monarchiques que dans les écrits révolutionnaires. La subversion totale annoncée par Brunswick était le rêve des partisans de Tancieii régime, comme celui des Jacobins était l'extermination des ennemis des idées nouvelles.

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