‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 70 sur 217 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

» avoir plus de droit que moi , aura sûrement plus de part à votre »• confiance.

» Si^né Nivière-€hol. »

« Je n*ai chez moi aucun papier concernant la municipalité. On « trouvera tout dans le cabinet de la mairie ; si l'on en rencontre « quelques-uns dans les tiroirs, qui me concernent personnellement, » je prie de les remettre au citoyen Tcillard. «

Cette démission ftit regardée par les modérés comme un malheur public, et fut refusée par le département, affligé de voir s'effacer en des circonstances difDciles un citoyen qui venait de donner des preuves de dévouement. Nivière-Chol insista, soit qu*il fût découragé par les épreuves qu'il avait subies, soit qu'il ne se crût plus à la hauteur des événements. Sa démission fut acceptée par ses collègues jacobins avec de bruyants applaudissements. Les clubistes s'empressèrent aussi de manifester leur joie. Deux d'entre eux, Achard, administrateur du département; Gaillard, juge du district, mandèrent cette nouvelle à leurs amis de Paris, Pressavin, Javogue, Pointe et Dubouchet ; ils assuraient « que rien ne pouvait les arrêter dans les voies progressives de la révolution, Nivière-Chol étant réduit à rétat de zéro devant un chiffre. » Le conseil général dénonça le dé missionnaire à Faccusateur public, en vertu de la loi qui déclarait traître à la patrie tout fonctionnaire public qui abandonnerait son poste tant que la patrie serait en danger. En même temps, on lisait sur un placard affiché par la municipalité :

« Nivière-Chol a lâchement déserté son poste. »>

Le démissionnaire, dénoncé à la Convention et au peuple, essaya de justifier sa conduite par une lettre adressée à un député, et que nous publierons en entier dans les pièces justificatives. De son côté, Challier crut devoir expliquer ses intentions, en réponse à un article que le journaliste Fain, successeur de Laussel, avait inséré dans le numéro 23 du Journal de Lyon (H février). « Challier, disait-il, on » parle de motions sanguinaires faites dans la société centrale ; on » parle d'une séance à huis-clos, d'un serment fait par les membres » présents de ne rien révéler de ce qu'ils entendraient ; on parle d'un

» projet de pillage de six heures Challier, on te calomnie, j'aime

» à le croire ; déments ces bruits que tu ne peux ignorer. J'aime ton

« énergie, j'admire ton Ame incorruptible, ton impartialité sévère,

» premier devoir d'un magistrat ; mais, toi, qui punis les infracteurs « des lois, prèches-en le respect à tes concitoyens, lâche le glaive, » prends la balance. » Challier confirma, sans les réfuter, les accusations dirigées contre lui. Le 15 février, il montait à la tribune du club central, et s'écriait avec enthousiasme : «.Le folliculaire Fain m'accuse d'avoir voulu créer un tribunal de sang... Oui, je l'ai voulu de sang, de sang; pour punir les monstres qui en boivent,... Misérable I que t'importe? tune crains pas qu'on verse le tien?... tu n'as que de la boue et du virus dans les veines... Les modérés ont du jus de pavot, les accapareurs un or fluide, les perturbateurs une écume de soufre, les réfractaires un extrait de ciguë... Or, il y a du sang à Londres, en Autriche, chez les Tolpaches et les Pandours de la Forêt- Noire ; mais ce sang est loin de nous ; il ne peut pas rougir notre tribunal, et notre tribunal ne peut être que de sang.... Jésus-Christ était un bon Dieu, un bon homme; il prêchait ja miséricorde, la modération. Fi 1 fi! mes camarades, vous m'entendez ! la vengeance est mon cri. »

C'était par cette bizarre phraséologie que Challier impressionnait le peuple. En temps de révolution, l'empire de la parole appartient non pas aux orateurs élégants , mais à ceux dont le langage est abrupte , irrégulier, désordonné comme les pensées. Challier, s'il se fût exprimé difïéremment, n'aurait obtenu aucun succès, parce qu'il y aurait eu discordance entre ses discours et ses idées, entre l'enveloppe et le fond. Quel était son but? D'établir qu'une formidable majorité se formait dans Lyon au service de la contre-révolution, et qu'il était urgent de sévir. C'était donc par des images hardies, par des propositions incohérentes, par l'emphase de la passion qu'il pouvait mettre les masses au niveau de son fanatisme politique.

Ses partisans le portèrent à la mairie en remplacement de Nivière-Chol; mais ils éprouvèrent une vive opposition de la part des royalistes absolus ou constitutionnels, qui, réunis aux modérés dans les assemblées primaires, les déclarèrent en permanence. Cette mesure fut dénoncée comme illégale , et la commune , soumise aux Jacobins, ordonna la dissolution des sections par cet arrêté du lundi, 18 février. « D'après plusieurs avis que le corps municipal vient de » recevoir que plusieurs sections, après avoir totalement rempli le » but pour lequel elles avaient été provoquées, se sont déclarées per- « manentes, le corps municipal, ne pouvant tolérer une marche, illé-

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