‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 71 sur 217 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

« gale qui pourrait entraîner les plus grands désordi'es, a arrêté que « des officiers municipaux, décorés de leurs écharpes, se transporte- » raient dans les lieux où se tiennent ces assemblées , pour enjoindre, »» au nom de la loi, aux citoyens qui les composent, de se dissou- >' dre sans délai, sauf à user, à l'égard des présidents et secrétaires de » ces assemblées, des moyens indiqués par la loi. » Néanmoins, Nivière-Chol fut élu maire à la majorité de huit mille quatre-vingt dix-sept voix sur dix mille sept cent quarante-six votants. A peine la nouvelle de cette nomination est-elle répandue, que de vives acclamations se font entendre. Par un mouvement spontané, on ferme les magasins et les boutiques , comme dans les jours de fête. Le peuple se porte en foule à la maison commune ; on force les officiers municipaux, attérés de leur défaite, à se joindre au cortège des citoyens ; on les entraîne malgré eux pour annoncer à Nivière son triomphe, et la protestation éclatante de ses compatriotes contre les excès révolutionnaires dont il a /ailli devenir la première victime. C'était l'heure du spectacle, et le jour d'une première représentation ; plusieurs jeunes gens s'élancent dans la salle, criant : « Lyon est sauvé I Nivière-Chol est proclamé maire î » La pièce nouvelle est interrompue ; les jeunes gens se précipitent à l'envi, pour aller offrir au magistrat réélu la part de leurs félicitations, et une brillante sérénade. La joie des vainqueurs tenait du délire ; les fenêtres sllluminaient comme par enchantement pour éclairer la marche du cortège. Enfin on arrive devant la demeure de Nivière, et trois mille voix le demandent avec enthousiasme. Bertholon, le substitut du procureur de la commune, paraît à la fenêtre. «' Ce n'est pas vous que nous voulons, s'écrie le » peuple ; à bas Bertholon et vive Nivière I » Bertholon s'incline et dit : « Le citoyen Nivière, si désiré par vous , et par nous , n'est pas visible en ce moment. » Ces paroles hypocrites se perdent dans un ouragan de sifflets. La présence de madame Nivière rétablit à l'instant même le silence ; elle agite son mouchoir en signe de reconnaissance. « Je vous remercie de tout mon cœur, dit-elle, au nom de mon mari ; il ne pourra se rendre que demain aux vœux de ses concitoyens. » L'enthousiasme redouble , il est à son comble ; le bruyant cortège reprend sa marche à la lueur des flambeaux, et aux cris mille fois répétés de : Vive Nivière! à bas ChalUer!

Pendant que Nivière-Chol se retirait devant la manifestation publique des sentiments sympathiques du peuple de Lyon, soit qu'il ne voulût pas servir de prétexte aux vengeances des clubistes, soit

que sa modestie jugeât convenable de se dérober à une ovation, la municipalité, furieuse, s'entourait de canons et de baïonnettes, comme si l'ennemi eût été à ses portes. D'accord avec les intentions de la municipalité, Challier, outré de colère, mais non vaincu, tonnait au club central, et protestait fortement contre la récente élection: «Sans-culottes, disait-il, n'entendez-vous pas ces cris qui retentissent dans la ville? c'est le cri d'agonie de la liberté, si vous continuez à vous endormir dans une fatale sécurité. Voyez-vous le reflet de ces flambeaux, dont les aristocrates se servent pour illuminer leur victoire ? ce sont les torches funèbres qui doivent éclairer les jfUnérailles de la République, si vous hésitez encore à frapper d un coup décisif les feuillantins, les royalistes, les rolandins et les modérés : Nivière-Chol est le drapeau de tous ces infâmes. Braves sansculottes, c'est contre ce drapeau qu'il faut diriger tous nos eflbrts : mortàNivière! »

Les partisans de Nivière continuaient à pélébrer leurs succès, lorsquMls apprirent qu un jeune homme venait d'être jeté dans les prisons de la municipalité pour avoir crié A bas la tête de Challier! Aussitôt ils nomment une députation pour aller redemander sa liberté, et mettent en question le parti qu'ils doivent prendre pour neutraliser les menaces de la municipalité. « Il ne s'agitpas de délibérer, s'écrie un jeune homme, il faut agir; qui m'aime me suive!» Et il entraîne sur ses pas tous ses compagnons. En passant devant la maison de Challier, les uns s'écrient : « A bas la tête de Challier 1 montons chez lui. — Non, non , répondent les autres , respectons les personnes ; si Challier est un coupe-tête, ne l'imitons pas; ne soyons pas des Challiers. » Deux citoyens seulement se détachent pour aller l'inviter à illuminer, et redescendent sans l'avoir rencontré. La bande se précipite vers le club central, aux cris de : « Point de clubs ! à bas Challier ! » Quelques hommes arrêtent un moment cette jeunesse exaltée. « Quoi 5 disentils, vous accusez les membres de la société centrale de former des projets attentatoires à la sûreté des personnes et des propriétés, et c'est cette société même dont vous voulez violer la propriété I Qu'allez-vous entreprendre ? Jusqu'à présent le Centre s'est borné à des déclamations, à des discours, à des menaces ; mais il n'y a pas eu de voies de fait ; voulez- vous donc lui en donner l'exemple ? » Les muscadins exaspérés sont sourds à ces représentations ; ils pénètrent dans la salie, brisent les bancs et les tables, entassent dans une manne les

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