CHAPITRE XII
SOMMAIRE : Plaintes des municipaux de Lyon à la Convention. — Rétablissement du club central. — Discours de Tallîen. — Décret du 25 février.
— Séance des Jacobins de Paris. — Nomination de trois commissaires.
— Élection d'un maire à Lyon.
La réélection de Nivière-Chol, rapprochée de la nonnination de Palerne de Savy, nous montre la marche de l'opinion des Lyonnais. Ils cédaient involontairement à l'impulsion révolutionnaire; entre un royaliste constitutionnel et un Girondin, ils avaient choisi le royaliste ; maintenant que la monarchie n'avait plus d'existence légale et qu'un démocrate se présentait concurremment avec un Girondin, c'était ce dernier qu'ils préféraient.
Furieux de leur défaite, les municipaux écrivirent à la Convention , « que Lyon était décidément une ville indécrottabk^ un volcan contre-
V révolutionnaire, dont les laves pouvaient d'un moment à l'autre se » répandre dans les provinces voisines : les mouvements des aristo- » crates y prenaient un caractère des plus alarmants, la présence » seule des commissaires de la Convention pouvait arrêter le mal. Challier mandait également au comité de sûreté générale, « que la situation de Lyon était des plus alarmantes ; que les royalistes avaient demandé sa tête en compensation de celle du tyran; que l'aristocratie levant sa tête d'hydre avait forcé, avec Je poignard, la municipalité à aller féliciter un magistrat qui avait perdu la confiance publique ; que le conseil général de la commune s'était trouvé plusieurs heures sous le couteau des égorgeurs. « Accourez donc, disait- » il en terminant Instruisez nos frères les Jacobins : racontez-leur
V avec des paroles de fer, le crime épouvantable commis par l'aristo- » cratie lyonnaise qui s'accroît chaque jour. Donnez-nous des forces
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» suffisantes et des commissaires sans-culottes, et nous répondons du » salut de la cité. »
Par une autre lettre, Châlier engageait la Convention à prendre de vigoureuses mesures. « Nos clubs ont été violés, disait-il, les aristocra- » tes ont brisé nos tables et nos bancs, ils ont frappé, massacré le» ■• sans-culottes, ils ont voulu brûler l'arbre de la République, après y » avoir attaché le buste de Jean-Jacques et la statue de la liberté; ils « ont fait retentir les rues des cris infâmes : Vive Nivière, vive LouU » XVII f et mort aux Jacobins! Frappez, législateurs, frappez de grands >' coups. » En attendant des renforts du gouvernement, la municipalité et même le département prirent la résolution de réinstaller solennellement les Jacobins dans les clubs d'où on les avait chassés la veille; à l'instant même ils se mettent en marche : c'était le soir ; ils s'avancent lentement, éclairés par des torches, vers larueLafond et la place des Terreaux. Cinq cents Jacobins, la plupart armés dépiques, invitent les passants à se joindre à eux, et forcent à les suivre les récalcitrants; ils arrivent au pied de l'arbre de la liberté, au chant de la Marseillaise ; là, ils se prosternent devant l'image de Jean-Jacques et devant l'effigie de la liberté. Le citoyen Hydens fait une espèce d'amende honorable, la torche à la main, et se relevant ils emportent respectueusement ces symboles révolutionnaires dans le club de la rue Pas étroit. Les administrateurs décidèrent que les frais de cette fête et des réparations du club central seraient supportés par les caisses publiques. Le président du département, le chirurgien Grandchamp, publia à cette occasion une proclamation dans laquelle il disait :
n La mort de la liberté serait dans celle des sans-culottes, et celle des » sans-culottes dans celle de la liberté.
« Mais ne craignons rien, la liberté et la sans-culotterie seront éter- « nelles. »
Les réclamations des patriotes lyonnais produisirent leur effet; dans la séance du 25 février, Tallien fit un rapport au nom du comité de sûreté générale, et représenta Lyon comme le refuge des contrerévolutionnaires. « L'immense étendue de cette cité , disait-il, sa nom- » breuse population, sa position topographique, son éloignement de y> Paris, la mauvaise composition, la coupable indolence des anciens » administrateurs, n'avaient pas peu contribué à faire de cette ville « le point de réunion de tous ces hommes qui, imbus de préjugés » et regrettant les chimères de l'ancien régime, allaient là entretenir