CHAPITRE XII
« leurs espérances , et en attendre ou en préparer même le succès. « Ci-devant nobles, ci-devant financiers du haut parage, prêtres ré- » fractaires, mécontents du nouvel ordre de choses , tous se rassem- » blaient à Lyon ; ils y trouvaient ce que, dans leur langage, ils appe- » laient la bonne compagnie. Les plaisirs , le luxe de Paris les y sui- » valent; ils se trouvaient là dans leurs éléments ; les émissaires des » cours étrangères avaient moins loin pour conférer avec eux. Tout « allait pour le mieux, lorsque la révolution du 10 août vint décon- » certer tous les projets contre-révolutionnaires. »
Après avoir retracé les événements de Lyon, d'après les renseignements fournis par le conseil-général de la commune, Tallien ajoutait : « Au moment où nous nous parlons, la contre-révolution s'opère à » Lyon... le tribunal du district a été obligé d'interrompre ses séan- » ces. Un courrier de l'armée, qui était chargé de dépêches pour Paris, » a été empêché de continuer sa route; on lui a refusé des chevaux. » Nivière-Chol, cet homme qui avait si lâchement abandonné son » poste , au moment où lui-même annonçait un grand danger, vient » d'être réélu par les aristocrates, qui, pour la première fois, sont » allés dans leurs sections et en ont exclu les sans-culottes. Enfin, » tout annonce que cette ville est en ce moment dans le plus grand » danger. Aucunes nouvelles officielles ne nous sont parvenues. Toutes » les autorités constituées se taisent, et peut-être le sang a déjà coulé » dans cette ville. Empressez-vous, citoyens, de voler au secours des ■» patriotes opprimés , donnez-leur les moyens de terrasser les enne- » mis delà révolution dont ils sont environnés; craignez que cette » étincelle contre-révolutionnaire ne se communique aux autres par- » ties de la République.
» Dans le moment où nous allons être attaqués de toutes parts par » les ennemis extérieurs, il faut anéantir ceux de l'intérieur, car » vous ne pouvez pas vous dissimuler que tous ces mouvements n'aient » entre eux une extrême connexité; ce' sont les agents des cours de » Londres , de Berlin , de Madrid et de Vienne qui , partout, excitent » ces désordres; ce sont leurs machinations infernales qu'il faut dé- » truire avant d'entrer en campagne.
» Déployez une grande sévérité contre ces hommes qui ne respirent
» que pour renverser la liberté, et réédifier sur ses débris le trône du
» despotisme. Il en est temps encore , parlez ; et bientôt ces vils in-
» sectes seront rentrés dans le néant, d'où ils n'auraient jamais dû
• sortir. A votre voix, nos généreux frères d'armes marcheront pour » disperser ces hordes impures de brigands qui infestent votre ter- » ritoirc. »
Tallien termina son rapport par un projet de décret que l'Assemblée adopta en ces termes :
« La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son » comité de sûreté générale sur les troubles arrivés à Lyon, décrète : » Art. I»*". Il sera nommé , séance tenante , trois commissaires pris »' dans le sein de la Convention nationale , lesquels partiront le jour »> môme pour se rendre dans le plus bref délai à Lyon , à Tcffet d'y » rétablir Tordre.
» Art. h. Les commissaires seront revêtus des mêmes pouvoirs » que la Convention nationale accorde à ses autres commissaires.
» Art. IIL Le conseil exécutif fera sur-le-champ passer à Lyon » des forces suffisantes pour y protéger le rétablissement de l'ordre. « Le même jour, Tallien donna de nouveaux éclaircissements sur les troubles de Lyon, à la tribune du club des Jacobins. Après lui, Collotd Herbois s'écria : « Si la municipalité de Lyon est coupable, c'est à nous qu'il faut s'en prendre ; nous lui avons conseillé les visites domiciliaires, et moi-même, je me déclare son complice. »
En ce moment, un membre du club se disposait à sortir : « Delmas, poursuivit Cbllot-d'Herbois, reste ici , il s'agit du salut de la pairie ! »» Et les applaudissements qui accueillirent ces paroles, prouvèrent Timportance qu'on attachait aux événements de Lyon. « Si , ajouta Collot-d'Herbois, les principes avaient été violés dans les visites domiciliaires, je serais le premier à les dénoncer ; mais on n'a à reprocher aux officiers municipaux que l'excès de l'indulgence. Les jolies femmes les ont attendris, et il n'est resté en état d'arrestation que les aristocrates monstrueux , tels que Lambert et autres ; tout le fretin, tout le petit poisson a été mis en liberté; Lyon est devenu le premier poste de la contre-révolution ; c'est là qu'il faut combattre nos ennemis. C'est au moment où nous avons besoin d'électriser les âmes qu'on veut étouffer l'esprit public, énerver le courage des forts et décourager les faibles. Demain , il faut nous réunir en force à la Montagne, et périr, s'il le faut, pour faire approuver la municipalité, et nommer quatre commissaires à l'efïet de requérir l'armée de Kellermann, s'il est nécessaire. »
Les commissaires nommés . furent Legendre, boucher à Versailles ;