CHAPITRE XII. ,, 14i
et dans les cafés , en chantant des couplets composés en son honneur sur Tair de la Marseillaise :
Ces tyrans, ces petits despotes,
Au lieu de faire leur devoir.
Après s*être emparés des postes,
Ils abusent de leur pouvoir !
Us veulent nos bras, notre vie.
Attentent à la liberté ;
Us voudraient perdre la cité,
Oui, c^est là toute leur envie :
De grâce, citoyens, démasquez nos tyrans; Parlez , pariez , et vengez-nous de tous les intrigants.
Le 2 mars, jour oii les trois délégués conventionnels assistèrent , pour la première fois, à la séance du conseil municipal, on y lut la renonciation de Gilibert. 11 avait d'abord voulu accepter, et demeurer à la tête de l'administration ; il alléguait avec raison que c'était à la minorité de céder devant la loi; mais, d'après les observations de quelques amis convaincus que sa persistance ne pouvait être qu'au moins inutile, il envoya son abdication à la municipalité simplement et sans commentaire.
Les électeurs de Lyon se virent donc convoqués une troisième fois pour procéder à une nouvelle nomination. Les partisans de Gilibert s'étaient plaints assez faiblement des menées liberticides qui avaient provoqué la démission de leur candidat ; l'audace de leurs adversaires s'en prévalant, la cité se trouva complètement sous le joug du club central. En attendant la réunion électorale, les conjurés, secondés par d'habiles espions, travaillaient nuit et jour les élections prochaines, multipliaient leurs émissaires , recommençaient les perquisitions , proscrivant ou désarmant tous ceux qui avaient paru à la prise de l'Arsenal , ou aux assemblées permanentes. Challier dirigeait les arrestations, et agissait auprès des trois commissaires, chez lesquels il obtint la faculté d'être introduit quand il le désirerait.
« Laissez entrer le citoyen Challier chez les commissaires de la Con- « vention nationale pour le rétablissement de Tordre dans la ville de » Lyon, toutes les fois qu'il se présentera.
i\2 HISTOIRE DE LYON. — 1793.
» A Lyon, hôtel de Milan, place des Terreaux, ce 3 mars, l'an 11^ de « la République.
» Signé BxuViEy commissaire ; Legendre, commissaire; « J.-S. RovÊRE , commissaire. »
Avant la réunion des assemblées primaires, fixée au 9 mars, quelques sections envoyèrent chez les représentants du peuple des députations chargées de demander la permanence ; mais ils ne purent Tobtenir. Le 9, un rassemblement se forma dans le jardin desrelifçicux Augustins. Plusieurs citoyens représentèrent que les assemblées primaires n étaient pas régulièrement convoquées , puisque huit jours ne s'étaient pas encore écoulés depuis la publication de Taffiche; ils objectèrent aussi que la captivité de (iilibert entachait sa renonciation de nullité. On commençait à rédiger une pétition dans ce sens, quand deux municipaux se présentèrent à la tète d'un détachement de dragons et d'un bataillon des fiasses- Alpes. « Votre attroupement est illégal, dirent ils; vous n'en avez pas instruit la municipalité , conformément à la loi ; nous vous sommons de vous retirer. » Pendant qu'ils haranguaient, la pétition fut couverte de signatures, et douze commissaires furent nommés pour la porter aux représentante du peuple. Ceux-ci venaient de se mettre à table, quand la députation se présenta à Thôtel de Milan. Rovère prend connaissance de la pétition, mais Legendre la lui arrache : « De combien de signatures est-elle revêtue? demande-t-il avec hauteur. — De huit cents, lui répond-on. — La loi n'en permet que cent cinquante. — Oui, pour le minimum. — Vous êtes en contravention avec la loi. — Nous usons de notre droit de citoyens français, réplique fièrement le girondin Boissonnat. — Tais-toi, misérable! s'écrie Legendre, vous êtes de mauvais citoyens ; vous êtes tous des factieux que nous saurons bien rendre impuissants; la force armée est là, je me mettrai à sa tête et je marcherai sur vos assemblées pour les dissoudre; si je péris, on partagera mon corps, et on l'enverra aux quatre-vingt-quatre départements pour attester votre infamie. »
Les douze députés retournèrent auprès des leurs avec cette réponse. Quelques voix crièrent : Aiuc armes! Mais les troupes qui, jusqu'alors, étaient demeurées inactives, se décidèrent à environner le jardin, et dissipèrent les pétitionnaires. Boissonnat fut arrêté le jour même, transféré dans les prisons de Màcon, et de là à Paris, où il fut heureu-