‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 86 sur 217 · CHAPITRE XIII. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. i

» contre les insurrections n'aura pas son effet. Il faut que la munici- » palité nous donne Tordre secret de nous insurger. Alors, vous dés- »> armerez tous les gens suspects, et vous en arrêterez pendant •' vingt-quatre heures. Ensuite , vous formerez dans chaque section » un comité révolutionnaire, pour juger promptement les coupables, » et faire servir votre guillotine, qui se rouille , faute d'agir. »

La société jacobine, jalouse de se montrer digne de son afSlialion , s'occupa , sans délai , du choix des membres qui devaient corn- |)Oser le tribunal révolutionnaire ; les juges et les jurés furent choisis dans les différents clubs de la ville; dans la prévision d'une prochaine vengeance, Challier fit imprimer chez Bernard, et placarder une affiche intitulée :

LES TROIS CENTS ROMAINS A tous les conjurés dont k$ complots liberticides sont dévoilés.

« Citoyens I

» Serait-il donc vrai que les ennemis de la patrie, dont le nombre ' est incalculable dans cette ville, eussent juré sa perte ? Serait-il donc

• vrai qu'un vertige d'iniquité se soit emparé de toutes les tètes? » Serait-il possible que ces malheureux habitants ne voulussent jamais « ouvrir les yeux à la lumière, en adoptant l'esprit révolutionnaire qui » doit fixer les bases éternelles de notre sainte liberté ? Serait-il donc

• possible que des cœurs gangrenés eussent à se réjouir des maux

« de leur patrie? Non Non... Ils n'existeront plus du moment où

' leurs ennemis qui ne sont pas les nôtres voudront entrer dans cette » cité.

» Trois c6nts Romains ont juré de poignarder les modérés Porsenna ' qui nous menacent et qui nous assiègent; ils ont juré de s'ensevelir » avec leurs antropophages ennemis, sous les décombres fumants de » cette nouvelle Saguiite. Vils scélérats!!!!! nous connaissons tous » vos plans infernaux pour vous défaire de ces généreux patriotes qui » vous observent. Oui, dans vos barbares et sombres orgies , vous ' souriez d'une maligne joie, par votre cruel espoir de voir bientôt et » dans dix jours, dites-vous, vos vœux accomplis ! Insensés, traîtres, »' misérables, calculez-vous aussi notre courage, notre fermeté, notre I. 20

» union et l'étendue de notre dévouement pour sauver notre mère-

» patrie ?

« Aristocrates, feuillantins, rolandins, modérés, égoïstes, égarés, » tremblez, tremblez ! A la première atteinte portée à la liberté, les >^ ondes ensanglantées du Rhône et de la Saône charrieront vos cada- » vres aux mers épouvantées! Tremblez I le peuple est debout, le 10 » août peut encore renaître! »

Pour donner à ces menaces un commencement d'exécution, la municipalité se fit adresser une pétition, signée par cent cinquante clubistes de la Grande-Côte, qui réclamaient une visite domiciliaire ; c'était tout ce qu'elle désirait pour donner une apparence de légalité à la circulaire, qu'elle expédia aussitôt aux Jacobins des sections. Elle portait l'ordre de désarmer tous les citoyens soupçonnés d'incivisme, et d'arrêter tous les ci-devant nobles, prêtres et religieux, même tous les citoyens domiciliés, s'ils étaient dans le cas d'être regardés comme suspects, laissant à la probité des Jacobins le soin d'en décider. Effrayés des exigences de leur parti, redoutant à la fois le royalisme et la Montagne, les trois conventionnels, par l'organe de Rovère, demandèrent des troupes à Kellermann, qui commandait en chef l'armée des Alpes ; mais le général répondit qu'il ne pouvait détacher de son armée que deux bataillons ; encore n'osait-il prendre sur lui une semblable détermination, sans y être autorisé par la Convention qui venait de lui envoyer un commissaire-ordonnateur extraordinaire, nommé J. Ledoist-Botidoux, ex-constituant, avec la recommandation expresse de le surveiller; ce refus obligea les conventionnels à suivre sans résistance l'impulsion démocratique.

Dans le même temps, l'arrivée fortuite à Lyon du duc de Chartres donna une certaine consistance à une prétendue conspiration orléaniste, fomentée secrètement, pensait-on, par les trois conunissaires et les factions de Roland et de Brissot. Il faut avouer que tout concourait à accréditer ce projet. Le duc de Chartres était descendu à l'hôtel de Milan; il n'en sortait presque pas, on ne l'avait vu qu'une seule fois en public, et il avait refusé de prendre la main que Challier lui offrait. Bien loin d'avoir organisé, comme l'ont affirmé et l'assurent encore quelques personnes, le fameux club des Jacobins, il n'accepta point l'invitation officielle que lui adressèrent les principaux chefs de cette société d'assister à Tune de leurs séances. Ce dernier refus parut dès lors significatif aux partisans de Marat. Des républicains français.

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