‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 87 sur 217 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

domiciliés à Chambéry, avaient écrit à la municipalité lyonnaise, que tous les préparatifs militaires qu'on faisait en Savoie avaient Tunique but de favoriser et d*appuyer, le cas échéant, les prétentions du duc d'Orléans; enlin une correspondance secrète venait d'être saisie sur la route de Paris : le citoyen Delessert père, à Paris, et son frère Paul-Benjamin Delessert, à Lyon, en étaient les principaux intermédiaires. Cette correspondance mystérieuse consistait en des lettres écrites dans un style de commerce, avec des notes en chiffres, dont on n'a jamais pu trouver, la clef.

La Convention avait donné des ordres pour dresser des procès-verbaux sur cette affaire, mais les poursuites avaient été presqu'aussitôt étouffées; et cette intrigue, que l'abbé Guillon considère comme un projet d'établir une nouvelle monarchie en France, ne put venir à terme. Quoi qu'il en soit de toutes ces circonstances, les trois commissaires furent dénoncés aux Jacobins de Paris comme des traîtres à la nation. Leurs liaisons avec le banquier protestant Finguerlin et autres aristocrates reconnus, leurs orgies, leurs débauches de toute espèce choquaient les républicains sincères. « Je ne sais où j'en suis à l'aspect »' de leurs perfidies. Ce qu'ils ont paru faire pour les chauds patrio- »> tes, n'a servi qu'à couvrir leurs trahisons. La ville de Lyon est » livrée aux ennemis du peuple. Qu'une centaine de Jacobins au « moins viennent à son secours! sauvez, sauvez-la; elle est perdue! » Telles étaient les paroles d'alarme qu'adressait Challier, le 7 avril , à Renaudin, luthier, rue Saint-Honoré, à Paris. H se mit aussi en communication directe avec Marat, dont il était depuis longtemps l'admirateur et la copie. « Ami et frère, lui écrivit-il, je ne te connais » que parce que j'ai été affligé, l'année dernière, des persécutions » que tu as éprouvées de la part de la faction brissotine et par son » journal, le Sauveur de la Liberté du Peuple. Je suis en ce moment >' persécuté comme toi ; il est si glorieux de l'être pour une si belle » cause. L'Assemblée conventionnelle a voulu sauver cette ville en » y envoyant des montagnards; mais Lyon est plus que jamais ex- » posé aux couteaux des assassins. Sauvez-le , sauvez-le , amis de l'humanité, du déluge de maux dont les patriotes vont être inon-

» dés Demandez aux Jacobins, et à grands cris, que l'on nous

» envoie au moins cent citoyens énergiques, pour tirer les patriotes » de l'état de stupeur dans lequel ils sont plongés. II n'y a pas de »> temps à perdre ; ne balancez pas , ami ! les patriotes vont être

» exposés plus que jamais , si l*on n*y porte remède. Il nous faut » des Jacobins purs et incorruptibles. Et ne va pas croire que, quoi- » que nous venions par les conseils de vos trois commissaires, Ro- » vère, Bazire et Legendre, d'établir un club de Jacobins, que cela » opère quelque changement; il n'y en aura d'autre que celui de » se donner un vernis de patriotisme. II ne sera pas moins vrai » que les patriotes seront abandonnés, et que les ennemis du bien » public échapperont impunément. Au nom de la patrie, n'aban- V donnez pas cette ville infortunée, où il y a tant de patriotes éga- » rés ou séduits ; sauvez cette ville, et la République est affermie. » Nos ennemis y fondent toutes leurs espérances criminelles, parce » que tout parait favoriser leurs funestes projets. Je ne Ven dis pas » davantage ; frappez, tonnez, parez aux coups dont nous sommes « menacés, et la patrie est sauvée, et le peuple bénira ton nom en » horreur aux aristocrates.

» Adieu! adieu! salut! santé! force! courage! ton compatriote,

» Challier. »

Accusés de toutes parts, menacés par leur propre parti, les commissaires conventionnels songèrent à détourner l'orage par quelque expédition révolutionnaire. Il existait alors sur les bords du Rhône, non loin du pont Morand, un limonadier fort réputé, autant par ses sentiments de bon et honnête homme que pour Texcellence de ses objets de consommation. La bière qu'il servait à ses nombreux habitués avait acquis surtout une telle renommée qu'elle portait le nom du café ; la bière Gerbert possédait à juste titre toutes les faveurs de la mode. Chaque soir, à l'heure où les magasins et les comptoirs se ferment, les jeunes gens se rendaient en grand nombre au café Gerbert ; la plupart, appartenant à l'opinion des Girondins, maudissaient le pouvoir tyrannique de la Montagne, et enveloppaient dans une haine commune Marat, Robespierre et les hommes les plus avancés du parti démocratique. Pérussel, beau-frère de Gerbert, dénonça ce lieu de réunion, et reçut des commissaires conventionnels un mandat d'arrêt qui lui assurait l'autorité la plus absolue :

^ Lyon^ ce 8 avril 1793, ran 11^ de la République. Tous officiers civils et militaires demeurent requis de faire saisir, arrêter et conduire à la maison commune, pour y être détenus sous bonne et'sûre

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