‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 90 sur 217 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

SOMMAIRE : Les commissaires conventionnels sont dénoncés au club des Jacobins. — Leurs dernières opérations à Lyon. — Ils essaient de se disculper. — Destruction de Fobélisque de la place Confort. — Transformation de la place Bellecour. — Discours et opinions des clubistes lyonnais. — Lettre du constitutionnel Cusset au club central. — Projet de banquet civique. — Séances des sections. — Discours de Bergeron. — Discours de Camille Jordan. — Le chat noir. — Banquet civique. — Roullot demande aux administrateurs du département Tinstallation du tribunal révolutionnaire. — Lettre de Pelletot à Achard.

Le zèle que les commissaires avaient déployé dans Texpédilion du café Gerbert ne les garantit pas des accusations des patriotes, et Tarrestation de Laussel ne mit pas un terme aux plaintes des modérés. Le 15 avril, la Convention et le club des Jacobins retentirent à la fois de récriminations diverses. Deux pétitionnaires lyonnais firent à l'Assemblée le récit des troubles qui désolaient la cité: « Les moteurs des désordres, disaient-ils, sont de faux patriotes entraînés par les prédications du procureur de la commune et les actes illégaux de la municipalité. » Leur requête fut renvoyée au comité de sûreté générale. Aux Jacobins, Desfieux prit la parole en ces termes : « Votre comité de correspondance a eu soin d'écrire aux commissaires pour entretenir chez eux le feu sacré du patriotisme; il leur a écrit par des courriers ordinaires et par des courriers extraordinaires, et ces commissaires n'ont daigné faire aucune réponse. — Il est trop vrai, s'écria Robespierre jeune, que trois hommes que nous avons crus attachés aux vrais principes, se sont écartés de la ligne. Quarante mille sans-culottes de Lyon sont actuellement abat-

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tus. Quel parti prendre relativement à nos commissaires? Faut- il les rappeler? faut-il leur écrire pour les ramener aux principes? Ils ne fréquentent que les aristocrates; ils ne voient que les jolies femmes, et c'est ce qui les a perdus. Il est bien douloureux que des hommes qui ont siégé si longtemps à la Montagne aient abusé de notre confiance pour nous faire beaucoup de mal. »

Rovère, Legendre et Bazire sentaient la nécessité de se justifier. Avant leur départ, ils voulurent reconquérir la bienveillance de leurs dénonciateurs, en se rendant aux vœux du club lyonnais qui demandait la création d'un nouveau comité, formé par un certain nombre de Jacobins pris dans les trois administrations. Ce comité devait jouir d'une grande indépendance sous le nom de comité de salut public, et pouvait mettre en usage toutes les mesures révolutionnaires qu'il jugerait convenables. Bazire lui conféra l'autorité la plus absolue qui fut jamais, en disant aux chefs qui le représentaient : « Vos pouvoirs sont extraordinaires, vos décrets seront suprêmes et sans appel, le département lui-môme n'aura rien à y voir, vous ne dépendrez enfin que du comité de sûreté générale de la Convention. »

Les trois conventionnels étaient de retour le 21 avril, et essayaient de se disculper devant Taréopage républicain des Jacobins : « Robespierre jeune, dit Legendre, m'a dénoncé avec trop de légèreté. Si Ton peut me prouver que nous ayons dîné une seule fois chez un négociant, je passe condamnation sur toutes les inculpations dirigées contre nous. » Rovère et Bazire invoquèrent les services qu'ils avaient rendus; mais, comme l'ont fait observer avec raison les auteurs de V Histoire parlementaire, à des griefs précis ils ne répondirent que par de vagues protestations; de sorte que le tort de s'être tenus entre les deux partis sans décisions ni opérations franches, et c^lui d'avoir affiché de mauvaises mœurs, restèrent attachés à l'histoire de leur mission.

Les Jacobins de Lyon, avant d'attaquer les partisans de l'ancien régime, s'en prirent aux monuments qui le rappelaient. Ils brisèrent d'abord un magnifique obélisque qui faisait l'ornement de la place Confort. Cette pyramide, remarquable par sa hauteur et son élégance, avait été élevée, en 1609, en l'honneur d'Henri IV. Le nom de Dieu s'y trouvait gravé en plusieurs langues. Deux circonstances. Tune bizarre et l'autre sinistre, signalèrent cette destruction. La femme d'un Jacobin exalté voulant voir tomber de plus près le pre-

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