‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 91 sur 217 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

mier débris en fut écrasée. Avunt d'expirer, elle eut la force et le courage de proférer le cri de Vive ia République f hès Jacobins n'en poursuivirent pas moins leur œuvre de dévastation, chantant alternativement le Ça ira, et comme pcîur faire contraste ou par dérision, sans doute, le Vive Henri IV, vive ce roiijaillant!

Malgré la destruction de la statue de Louis XlV,<la place de Belle, cour pouvait passer encore pour la p!us belle du monde; en effet, les ornements qui la décoraient excitaient toujours l'admiration deç connaisseurs et des étrangers. Ils consistaient en deux magnifiques bassins quadrangulaires en marbre blanc, dont la sculpture élégante et riche faisait honneur au cîseku du célèbre Chabry ûls; léfe figure^ qui ajoutaient à son embellissement étaient en plomb doré. On devait à l'habile hydraulicien Simon Petitot les jets d'eau et les cascades dont l'eau s'élevait à quarante-^inq pieds au-dessus du niveau du Rhône.

Les officiers municipaux, d'accord avec les administrateurs du département, ordonnèrent, par un arrêté du 27 avril, la destruction des bassins, des jets d'eau et des allées transversales qui formaient deux croix de Malte en gazon.

Ce fait, qui, dans le temps, trouva beaucoup d'apologistes au point de vue de l'utilité politique, fut véritablement une œuvre de vandalisme que ne justifiaient pas les exigences de la voirie. Les dévastateurs de Bellecour prétendirent que la place nue, dépouillée de ses colifichets, serait plus digne d'un peuple libre, qui ne voulait plus de marques distinctives, plus de privilèges, et qu'elle conviendrait mieux aux manœuvres des troupes. Les marbres des bassins furent donc brisés, et les bassins comblés; le gazon des allées fut arraché, foulé aux pieds ; seules, les figures en plomb servirent à quelque chose : on en fit des balles pour les braves qui allaient se faire tuer aux frontières. Les nouvelles recrues allaient s'y diriger, lorsque les Jacobins, pensant qu'il fallait avant tout se débarrasser des ennemis intérieurs, affichèrent des placards incendiaires; dans leurs assemblées, devenues plus fréquentes, ils s'excitaient mutuellement par des discours, ou entretenaient entre eux une active correspondance. « Les riches seront heureux, disait RouUot, si on leur laisse la moitié de leurs fortunes. » Une lettre de Tarpan-Cadet à Fillion, en date du 11 mai 1793, contenait ces mots: <* Si les ouvriers » manquent de pain et d'ouvrage, ils peuvent mettre ces calamités à L 21

» profit, étant au milieu des richesses et de l'abondance. » Fiflion et Gravier écrivaient à Achard, le 19 avril : «11 faut que la cause sacrée « triomphe, ou que le fer et la flamme embrasent la République. » D'autres s'écrfaienl que les aristocrates étaient te nœud gordien, et qu'il appartenait à la guillotine de le trancher. Selon Gaillard, " le temps de purger la France était venu, et il fallait que la cause du peuple triomphât sur les débris sanglant* des riches, des égoïstes * et des aristocrates, ou que la République pérît par le fer et par le feu. « Challier disait, dans ses rares accès d'humeur plaisante : « Le lion, dont la seconde cité de France s'est fait des armes, est un âne dont les longues oreilles sont fermées depuis longtemps à tout bruit de civisme; il faut les lui couper pour en faire un animal patriotique. » Le conventionnel Cusset écrivait au clab central de Lyon, le 9 n\ai : ^ N|il individu ne peut mourir de faim à côté d'un sac de » blé. La mère nourricière, la terre, reconnaît pour ses enfants tous » ceux qui aiment la patrie, et rejette tous les chevaliers du poignard « armés contre elle. La conduite infâme de ces vautours nous forcera • peut-être à faire retentir dans toute la République le son épouvan- » table du tocsin^ avant-coureur de la mort certaine des tyrans : voilà ^> le mode du scrutin épuratoire de la République. Voulez-vous un mot » qui paie pour tous? Mourez ou faites moyrir les assassins de votre » pays. >>

La majorité du peuple lyonnais était loin de comprendre cette terrible logique. Aussi Challier, désespérant de pouvoir agir avec succès sur une nature morte et abrutie, conseilla de la réveiller à l'aide de moyens excitants. Les Jacobins décidèrent donc qu'un grand banquet civique aurait lieu le dimanche 5 mai, dans la vaste plaine du Grand-Camp \ c'est de là, qu'excités par les vapeurs du vin, les conjurés devaient pousser le peuple aux prisons, pour renouveler les scènes sanglantes du 9 septembre. Mais, sur lV>bservation du citoyen Roullot, que le lieu du banquet se trouvait trop éloigné de celui des massacres projetés , on convint que les tables seraient dressées sous les arbres de la promenade de Bellecour. Les prisons se trouvant dans le voisinage, les vapeurs du vin, et la fièvre homicide des exécuteurs n'auraient pas le temps de se dissiper; d'ailleurs, cet emplacement convenait d'autant mieux, que, de leurs hôtels, les aristocrates pourraient assister à ce triomphe du peuple. Les mesures n'ayant pas été suffisamment concertées, les Jacobins ajournèrent le banquet au

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