‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 92 sur 217 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

jeudi suivant 9 mai. C'était un jour de fête, celle de TAscension : on iixa le lieu du talliement à THÔtel-de-Ville. Malgré la discrétion que les chefs jacobins avaient recommandée aux clubistes, le secret ne fut pas tellement gerdé, que, dès la veille, les modérés ne se trouvassent plongés dans la consternation.

Les conjurés ne dissimulaient plus leurs projets et leurs espérances Réunis dans les clubs, pour arrêter définitivement le

programme de la fête, ils se réjouissaient hautement de pouvoir, le lendemain, désaltérer leur soif dans le sang des ennemis de la République ; le citoyen Gaillard votait une couronne civique à celui qui le premier avait donné l'idée de choisir le jour de triomphe du sansculotte Jésus pour celui des sans-culottes lyonnais. Au club de la section Saint-Vincent, le jacobin Saint-Martin demandait si Ton avait eu le soin dé faire aiguiser le rasoir de la nation pour qu'il fût prêt à faire son Jeu. Les factieux se croyaient si sûrs de la réussite, que leurs correspondants de Paris, ignorant le renvoi de la fête, en racontaient tous les détails dans la séance qui eut lieu le 8 mai aux Jacobins de la rue Saint-Honoré. Prévenues par les chefs du complot, les autorités lyonnaises s'étaient réjouies dans les premiers moments des espérances qu'on leur avait données ; mais la veille du jour où il devait éclater, des officiers municipaux et les administrateurs du département s'émurent à la vue des préparatifs d'une proscription dont il était impossible de prévoir toutes les conséquences, l'expérience leur ayant prouvé plus d'une fois combien il était difficile d'arrêter le peuple, quand on l'avait lancé sur le terrain brûlant des insurrections. Ce fut sous l'empire de ces craintes bien fondées qu'ils requirent pour la nuit du 8 au 9 mai, et pour la journée du 9 mai, la plus grande partie de la force armée. Ces mesures, comme on le verra bientôt, devaient sauver la ville.

Tandis que les Jacobins, réunis en assemblées extraordinaires dans leurs clubs, achevaient de compléter leurs fatales listes, une section composée en partie d'ennemis de la révolution, se constituait en permanence pour aviser aux moyens de neutraliser ou d'empêcher les redoutables préparatifs des patriotes. Cette séance fut remarquable. Pour éloigner tout soupçon, on avait fixé la convocation à l'heure de minuit. Après avoir évité les patrouilles d'infanterie et de cavalerie qui parcouraient la ville dans tous les sens, les sectionnaires se rendirent un à un isolément par des rues détournées à l'endroit qui

164 HrSTOIRE DE LYON. ~ 1793.

leur avait été désigné : c'était une vaste salle de Thôtel Gadagne. Cette pièce était si faiblement éclairée que les figures, se dessinant en silhouettes sur les murailles blanches, ressemblaient à des ombres de trépassés.

En l'absence du président, la séance fut ouverte par un jeune peintre de fleurs, un artiste au cœur de feu, aux convictions monarchiques, qui devait marcher sur les traces des peintres les plus fameux, si même il ne devait pas les surpasser.

« Citoyens, dit-il, nous sommes ici pour épargner un grand crime » à nos frères égarés et pour prévenir des malheurs irréparables, qui » menacent notre malheureuse patrie. Les factieux ont choisi la >» journée de demain pour renouveler les horreurs de la Saint-Barthé- » lemi, rheure du massacre est désignée, les poignards sont prêts, les » mains qui doivent frapper s'exercent à cette heure, à l'ombre de la » nuit, dans les clubs des Jacobins. L'ange du mal plane sur nos têtes, » mais le génie du bien veille à nos côtés. Éloignons donc de nous, « citoyens, toute pensée d'intérêt privé, oublions un instant nos af- » fections particulières, nos liens de famille; la grande famille aujour- » d'hui, c'est la ville qui nous a vus naître; nos affections particulières, ' c'est son bonheur et son salut; notre intérêt privé, c'est la conserva- » tion de l'ordre public : ainsi donc, au nom de la mère-patrie en » danger, citoyens, volons au secours de nos frères, sauvons-les » par la force et le courage de la pensée que la Providence a mise » dans le coHir de tous les hommes libres, amis sincères de leur » pays. »•

Excitée par ces paroles, la discussion s'ouvrit alors avec beaucoup de chaleur; bien des opinions diverses furent émises et repoussées, les unes considérées dangereuses, les autres jugées impossibles dans leur exécution. Les jeunes gens les plus déterminés, et parmi ceux-là se trouvaient plusieurs officiers royalistes venus récemment de l'armée de Condé pour profiter des événements, proposaient des mesures violentes. Ils voulaient qu'on surprît les conjurés au milieu de leur banquet et qu'on en fît immédiatement justice, pour en finir une fois pour toutes, disaient-ils, avec les mouvements révolutionnaires, qui remettaient chaque jour en question l'existence et les fortunes des citoyens.

Les hommes d'un Age plus avancé, et parmi ceux-ci la Gironde comptait de nombreux partisans, désiraient qu'on attendît l'explosion

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