‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 94 sur 217 · CHAPITRE XIV. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. i

ganisé en partie le plan de ce massacre. Ils sortaient du club, lorsqu'ils aperçurent une foule de citoyenis qui se retiraient aux sons du tifre et des tambours, groupés sous plusieurs pavillons. Roullot alla droit à eux; il tremblait de colère, et, les traitant de lâches, il leur dit : « Vous avez donc oublié le point de ralliement et le mot d'ordre? C'est à l'hôtel commun qu'il faut vous rendre, c'est près de la guillotine que vous devriez danser à présent. Hommes sans cœur et sans vertus qui n'osez pas regarder vos ennemis en face, allez, rentrez chez vous, vos femmes vous attendent; quant à nous, misérables, nous saurons bien vous forcer à être libres! »

Ces paroles ne firent aucune émotion parmi les citoyens, qui poursuivirent leur route dansant toujours, musique en tôte, quelques-uns même faisant entendre des menaces contre la députatiou qui, de son cùté, se mit en devoir d'exécuter sa mission.

Elle se présenta au département sous l'influence Gâcheuse qui résultait de la scène que nous venons de raconter; Roullot surtout ne se possédait plus, son regard était en feu, sa voix menaçante; ce fut lui qui porta la parole. « Citoyens, leur dit-il, au nom du peuple souverain assemblé en ce moment dans l'intérieur de la maison commune, nous vous sommons de vous rendre auprès de lui pour installer le tribunal révolutionnaire, il est temps enfin qu'il soit organisé; le peuple impatient a confiance en vous, ne le trompez pas si vous craignez qu'il ne vous mette au nombre des traîtres qui depuis si longtemps abusent de sa bonne foi et de sa longanimité. »

Les administrateurs du département répondirent qu'il était impossible de délibérer sur le sujet de leur démarche, et encore plus de se rendre à leur invitation, attendu qu'ils n'étaient pas en nombre suffisant pour prendre une décision quelconque. Ils l'adjurèrent ensuite au nom du salut de tous, de prendre en considération les malheurs que pourrait produire une détermination semblable, et de ne point provoquer des événements funestes dont les ennemis du peuple sauraient profiter pour calomnier la République, etc., etc.

Iji réponse et les exhortations du département ne paraissant pas satisfaisantes, Roullot et Caillard se mirent en fureur. « Comment, citoyens perfides, s écria celui-ci, vous méconnaissez, vous osez méconnaître le pouvoir du peuple? vous refusez d'obéir à sa volonté suprême; c'est lui cependant qui vous a faits ce que vous êtes; vous ne voulez pas lui rendre justice, eh bien ! il se la fera lui-même, et

malgré vous elle sera terrible ; vous ne voulez pas installer le tribunal révolutionnaire? eh bien! nous l'organiserons nous-mêmes, et malgré vous il sera puissant de la force du peuple. En attendant nous allons planter Tarbre de la liberté qui est la guillotine. »

A toutes ces menaces, à toutes ces violences, les administrateurs n'avaient pas fait un seul geste, n'avaient pas répondu une seule parole qui témoignât de la crainte ou de la faiblesse. Ils étaient demeurés impassibles devant ces furieux qui les menaçaient du lK)ing, comme les vieux pères conscrits de Rome devant les insultes des soldats de la Gaule.

Gaillard reprit: «Citoyens administrateurs, nous allons inscrire vos noms, et malheur à ceux de vos collègues qui ne sont pas à leur poste; nous les contraindrons à restituer l'argent qu'ils reçoivent pour remplir des fonctions auxquelles ils font défaut. »

La députation se présenta ensuite au district avec les mêmes allures, la parole haute, déclarant qu'elle reviendrait le soir lui déclarer les noms des juges qui devaient composer le tribunal révolutionnaire. Sur la réponse peu satisfaisante qu'elle obtint , un de ses membres répliqua que puisque c'était un parti pris contre le vœu du peuple, et que l'on refusait toujours d'agréer les membres du tribunal populaire qui devaient être présentés le soir même, on saurait se passer de leur assentiment, et que de gré ou de force ce tribunal serait organisé.

Malgré tous les efforts des patriotes, cette journée fut perdue jKiur la Montagne. Naguère Nivière-Chol avait sauvé l'aristocratie lyonnaise par l'énergie de son cœur, Camille Jordan la préserva ce jour-là par l'inspiration de son esprit. Il faut pourtant le dire, les modérés, les indifférents , les royalistes , ligués ensemble par de communes appréhensions, n'auraient pas aussi bien surmonté les dispositions hostiles de leurs ennemis , si les ressources pécuniaires n'avaient pas fait défaut à ceux-ci. L'un de leurs principaux agents, Pelletot, avait très-bien compris que le succès dépendait uniquement des rétributions pécuniaires qu'on devait faire préalablement à la partie active de la conspiration. La réussite lui paraissait presqu'impossible sans ce grand moyen ; il le sentait si bien que deux jours avant il mandait à Àchard , l'un des membres du comité du salut public : «« Les esprits sont bien disposés; mais pour compter sur eux, il ' faudrait pouvoir échauffer les têtes avec de l'argent, et nos cais-

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