CHAPITRE XV
mis, les nouveaux commissaires que la Convenlion avait tirés de Tarmée des Alpes pour remplacer Legendre, Bazire et Rovère, résolurent d'employer d'énergiques mesures contre une ville qui persistait, au milieu du grand mouvement révolutionnaire, à rêver la lâche inaction et l'égoïste torpeur des temps les plus calmes. Dubois- Crancé, Albitte, Gautier et Nioche pensèrent à organiser à Lyon une armée de citoyens qu'ils diviseraient en deux. corps : le premier, composé de 4,900 Jacobins des plus prononcés, sous le nom nom ii armée révolutionnaire, devait exercer de concert avec eux une grande influence sur les masses; le second, recruté avec les citoyens modérés ou insouciants, serait envoyé contre les insurgés de la Vendée, dont les progrès rapides menaçaient d'envahir les départements limitrophes. Par suite de cette organisation militaire et permanente, l'emprunt forcé de six millions qu'ils allaient, décréter devait paraître suffisamment motive aux yeux des citoyens les plus récalcitrants.
Pour donner une apparence légale à ces deux combinaisons, ils convoquèrent le département, les deux districts, les tribunaux, le conseil général à l'hôtel commun, par une circulaire. ainsi conçue:
« Les représentants du peuple, envoyés par la Convention nationale près » Cannée des Alpes, aux membres composant le tribunal du district » de la ville de Lyon.
« Nous requérons de vous trouver demain lundi, 13 du présent mois » de mai, à dix heures du matin, danâ la salle de la maison com- » mune de cette ville, où notre intention est de tenir une séance pu- ^ blique pour nous concerter sur les mesures de salut public que » les circonstances exigent.
» Signé : Dubois-Cramcé, Albittb, Gautier et Nioche. »
Cette séance fut des plus orageuses , les explications de Dubois- Crancé et d' Albitte, relativement au projet dont nous venons de donner des détails, soulevèrent une tempête de protestations. Plusieurs membres du tribunal criminel, du district et du département s'y opposèrent formellement. Le procureur-syndic surtout, Meynis, regardait la proposition des commissaires comme le commencement
de la guerre civile; il la combattit de toutes ses forces malgré le torrent d'injures que les chefs des conjurés opposaient à ses arguments. Challier l'apostrophant le traita de scélérat, de contre-révolutionnaire, d'aristocrate et de royaliste déclaré; Guillard le menaçant du poing, disait que si le souverain faisait son devoir, il s'en ferait justice, comme étant le principal auteur de tous les malheurs qui désolaient la cité. La mort, ajoutait -il, serait encore pour toi une trop douce punition. Il était dans un tel état d'exaspération , que sans l'intervention de Gautier, il se fût précipité sur le procureur-syndic. Toute délibération devenant impossible au milieu de ce conflit de menaces et de provocations, la séance fut renvoyée au lendemain à dix heures du matin.
Les membres des corps administratifs opposés au projet des députés de la Convention, espéraient que la nuit aurait calmé l'effervescence de leurs adversaires; il n'en fut rien : Gaillard et Challier se présentèrent avec la même irritation. Dubois-Crancé et Albitte proposèrent un arrêté qu'ils avaient sans doute rédigé de concert avec Challier et Gaillard. Ils déclarèrent qu'à la vue de la situation critique 6ù se trouvait la République, non-seulement investie par une foule de hordes étrangères, mais encore désolée par une guerre intestine que le fanatisme de la rçligion et du royalisme avait allumée dans le département de la Vendée , et dont les funestes effets s'étaient déjà propagés dans les quatre départements, il serait immédiatement levé dans la ville de Lyon une armée de six mille quatre cents hommes, dont quinze cents seulement seraient dirigés sur les rebelles de la Vendée, tandis que les quatre mille neuf cents autres resteraient dans la ville sous le commandement spécial et l'autorité absolue du comité du salut public. « Ce comité aura seul le droit, ajoutèrent-ils, » de diriger cette force armée qui ne sortira jamais du territoire du » département de Rhône-et-Loire, Le pouvoir exécutif lui-même ne » pourra lui donner aucun ordre. Pour former des bataillons, il sera » envoyé des billets d'honneur aux citoyens qui seront désignés par » les corps administratifs du département, et, pour subvenir aux be- » soins de cette force militaire, il sera levé une somme de six millions » sur les citoyens riches et aisés de cette ville ; on leur enverra des » mandats impératifs à payer dans les vingt-quatre heures, etc., etc. »
Cet arrêté, comme le dit Meynis, était le signal de la guerre civile ;