L'ENQUÊTE DU LIEUTENANT-COLONEL PICQUART
Esterhazy soupçonné d'espionnage. — L'enquête révèle l'identité de son écriture avec celle du bordereau.
Nous avons vu que le procès Dreyfus avait commencé par le mensonge : il finissait donc comme il avait commencé.
Néanmoins, rien n'avait transpiré de ces divers mensonges et la plupart des Français, à l'exemple de Clisson, à l'exemple des témoins de la dégradation militaire, maudissaient le traître, qui, contre l'évidence, s'obstinait à protester de son innocence.
On professait une foi aveugle dans la clairvoyance du colonel Maurel et des six officiers qui, sous sa présidence, avaient prononcé la condamnation de
L'attitude du condamné dans la cour de l'Ecole Militaire avait bien donné à réfléchir à quelques gens avisés.
Mais ceux-ci étaient alors clairsemés.
Et d'ailleurs, certains tempéraments de criminels excellent à la simulation de « l'état d'âme », où il leur importe d'être crus.
Aussi, après y avoir réfléchi, les esprits avisés pensèrent-ils à autre chose.
Une année s'écoula. Un beau jour, au commencement du mois de mai 1896, se produisit une circonstance particulière, qui conduisit le chef du service de l'espionnage au ministère de la guerre à une enquête de plusieurs mois. Cette enquête amena le chef du service de l'espionnage à la conviction que le bordereau pour lequel Dreyfus avait été condamné avait été écrit par le chef de bataillon Esterhazy, et que ce dernier était un espion professionnel.
Yoici sur la circonstance précitée, et sur l'enquête qui en fut la suite, la déposition du lieutenantcolonel Picquart, telle qu'elle fut recueillie par les sténographes, au cours delà cinquième audience du procès Zola, le 11 février 1898 :