‹ Histoire populaire de l'affaire DreyfusChapitre 28 sur 67 · La carte-télégramme dite « petit bleu · texte numérisé non relu

La carte-télégramme dite « petit bleu

Au commencement du mois de mai 1896, les fragments d'une carte-télégramme sont tombés entre mes mains.

Ces fragments ont été recollés et réunis par un officier de mon service, le commandant Lauth, qui était alors capitaine.

Lorsqu'il eut fait cette opération, il vint m'apporter cette carte-télégramme, qui était adressée au commandant Esterhazy.

Je ne me rappelle plus d'une façon très précise quels étaient les termes de cette carte, mais tout semblait indiquer que, entre la personne qui avait écrit la carte et le commandant Esterhazy, il existait des relations d'une nature plutôt louche.

Avant de soumettre à mes chefs cette carte, qui constituait, non pas une preuve contre le commandant Esterhazy, mais une présomption, étant donné le lieu d'où elle venait,

l'enquête du lieutenant-colonel picquart 247

je dus prendre des renseignements sur le commandant Esterhazy.

2. — Moralité (V Esterhazy. — Renseignements défavorables fournispar un de ses camarades.

Je m'adressai à un officier qui le connaissait et qui avait été avec lui dans le même régiment.

Je n'insiste pas sur la nature des renseignements qui m'ont été fournis.

Ils n'étaient pas favorables au commandant Esterhazy et m'ont porté à continuer mes recherches et à faire des investigations sur le genre de vie et les allures de cet officier.

Ces investigations elles-mêmes ne furent pas en sa faveur.

Le commandant Esterhazy était un homme toujours à court d'argent et qui avait eu bien des accrocs dans son existence.

Puis il y avait surtout dans ses allures une chose étrange : c'est que cet officier qui, assurément, ne s'occupait pas exclusivement de son métier — loin de là — manifestait cependant une curiosité très grande pour tous les documents ayant trait à des choses tout à fait confidentielles, pouvant avoir un intérêt particulier au point de vue militaire.

Mon enquête étant arrivée à ce point, je me crus autorisé à dire à mes chefs qu'un officier de l'armée française pouvait être gravement soupçonné.

Mes chefs me dirent de continuer mes recherches.

Page 1