‹ Histoire populaire de l'affaire DreyfusChapitre 49 sur 67 · Le témoin à charge, Christian Esterhazy · texte numérisé non relu

Le témoin à charge, Christian Esterhazy

Que, de plus, l'instruction retient à leur charge une déposition très nette, très précise, d'un parent de Walsin- Esterhazy, le témoin Christian Esterhazy; que, tout en reconnaissant qu'un intérêt a pu guider Christian Esterhazy dans la déposition qu'il a faite contre son cousin, il y a lieu de retenir que cette déposition a tous les caractères de la sincérité, qu'elle est précise dans ses détails, qu'elle est corroborée par des documents indéniables et indéniés et par d'autres témoignages; qu'il ne suffit pas, pour écarter cette déposition, que Christian Esterhazy ne l'ait faite de premier abord complète, qu'il ait paru hésiter; qu'on comprend à merveille que Christian Esterhazy, peut-être au début par crainte de trop nuire à d'autres qu'à son cousin, n'a pas, dans son premier contact avec la justice, dit tout ce qu'il savait ; qu'en tout cas, dans sa déposition du M juillet et jours suivants, et dans ses confrontations, il a été d'une rare énergie, confessant ses fautes et répétant sans cesse : « A chacun sa part! »

Que Walsin-Esterhazy et la femme Pays n'ont pu lui opposer que des démentis, sans le convaincre jamais de mensonge flagrant ; que Christian Esterhazy a affirmé que la femme Pays lui avait avoué avoir fabriqué le faux Speranza ; que Walsin-Esterhazy en avait fait usage et lui avait fourni les moyens de le commettre ; que le faux Blanche mis plus tard au télégraphe avait été, par un tiers qu'elle a désigné, fabriqué, puis expédié par Walsin-Esterhazy, afin de rectifier les erreurs de nom ou d'adresse du faux Speranza ;

Que Christian Esterhazy ajoute que Walsin-Esterhazy lui a confirmé à diverses reprises dans sa conversation sur l'auteur du faux Blanche les dires de sa maîtresse;

10. Aveu de la femme Pays. — Retrait de cet aveu. — Identité des écritures « Pays » et « Speranza ».

Attendu que la femme Pays, amenée au cabinet d'instruction le lo juillet, a spontanément reconnu n'avoir à se reprocher que l'écriture du télégramme Speranza, entrant ainsi dans la voie des aveux; que le même jour, il est vrai, à la prison de la Santé, elle a retiré cet aveu, cherchant à expliquer sa nouvelle attitude en prétextant une confusion qui se serait produite dans son esprit sans pou-

voir cependant rien préciser ; que d'ailleurs l'écriture du télégramme Speranza, et l'écriture de la femme Pays, sont tellement identiques qu'elles confirment ce premier aveu;

il. Propos tenus là-dessus par madame Pays au lieutenantcolonel Henry.

Qu'au surplus on peut relever contre, un propos qu'elle a tenu au lieutenant-colonel Henry deux ou trois jours avant le duel de celui-ci avec Georges Picquart; que ce propos est un aveu ;

Que ce propos a été rapporté par le lieutenant-colonel Henry dans une déposition reçue par nous ; que dans la partie de cette déposition relative à ce propos, le lieutenant-colonel Henry s'exprime ainsi : « Esterhazy ne rentrant pas, je lui laissai une note que j'écrivis chez lui, pour lui faire connaître ce que j'étais venu lui dire. Dans la conversation que j'eus avec madame Pays, celle-ci me fit part de ses émotions passées. Je lui répondis : « Eh bien ! » maintenant, vous n'avez plus d'ennuis. » Elle me répliqua : « Oui, mais ce n'est jamais fini. Il reste encore les » deux télégrammes!... » Je lui répondis : « Vous dites? » d'un air étonné. Alors elle balbutia je ne sais trop quoi et finit par me dire : « Il s'agit du télégramme Berthe envoyé » à M. Du Paty de Clam! » Ne comprenant rien à ce qu'elle voulait me dire, je la saluai et me retirai. »

12. Christian Esterhazy, auteur des lettres de rendez-vous attribuées à la dame voilée.

Attendu que Christian Esterhazy a déclaré qu'il était personnellement l'auteur des lettres de rendez-vous que Walsin-Esterhazy attribuait à la dame voilée; que, sur ce point, Walsin-Esterhazy a bien essayé de le contredire, mais que cette contradiction n'a pas été sérieuse ; qu'il a dit, tantôt avoir conservé deux lettres, tantôt une lettre et un télégramme pneumatique; que déjà, cela est étrange; qu'il y a lieu aussi de s'étonner que Walsin-Esterhazy ayant eu, prétend-il, cinq lettres de rendez-vous de la dame voilée n'en ait conservé que deux, alors que ces lettres lui étaient si utiles; que, mis en demeure de nous produire ces lettres, il n'a jamais pu le faire et qu'il nous a été impossible de les avoir malgré nos demandes réitérées, soit à lui, soit à ceux qu'il nous disait les détenir ; que si ces

lettres avaient été portées à ]a procédure, elles auraient pu confondre Christian Esterhazy alors que leur non-production semble, au contraire, lui donner particulièrement raison ;

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