‹ Histoire populaire de l'affaire DreyfusChapitre 56 sur 67 · Sur le télégramme Speranza; résumé des charges · texte numérisé non relu

Sur le télégramme Speranza; résumé des charges

IL A cet égard et en ce qui touche le télégramme Speranza :

Attendu que, résumant lui-même les arguments développés dans son ordonnance, le juge d'instruction estime :

1° Que la culpabilité de la fille Pays résulte de ses aveux ; de ses déclarations au lieutenant-colonel Henry ; de la si-

militude de son écriture avec celle du télégramme Speranza; et de la déposition de Christian Esterhazy ;

2o Que la culpabilité d'Esterhazy résulte des articles, qu'il a publiés ou inspirés, parus dans la Libre Parole les 15, 16 et 17 novembre 1897, de sa lettre au colonel Picquart du 7 novembre 1897, de l'inanité de ses explications au sujet de la dame voilée, de la déposition de Christian Esterhazy, corroborée par l'information et par les divers documents saisis et placés sous scellés, et enfin de ses dernières lettres à Christian Esterhazy ;

3. Les aveux de la dame Pays ne peuvent être isolés de leur explication ultérieure par cette dame.

Mais attendu, d'une part, et en ce qui touche la fille Pays, que les propos tenus par elle au moment même où elle venait d'être arrêtée et constatés aussitôt dans des circonstances toutes spéciales par le procès-verbal du 15 juillet 1898, ne sauraient raisonnablement et équitablementêtre isolés de l'interrogatoire ultérieur et régulier en date du même jour dans lequel elle a précisé le sens qu'elle avait attaché à ses paroles, et rectifié celui qui, à tort, suivant elle, leur avait été attribué ;

Que, dans ces circonstances, les déclarations consignées dans le procés-verbal du 15 juillet 1898 ne sauraient être considérées comme un aveu de culpabilité;

4. Les déclarations au lieutenant-colonel Henry n'ont pas d'importance.

Que ses déclarations au lieutenant-colonel Henry, qui prendraient de la gravité dans le récit qu'en u fait Christian Esterhazy, paraissent perdre leur importance si l'on rapproche de ce récit la déposition du lieutenant-colonel Henry lui-môme;

5. La similitude des écritures n'est pas une charge suliisan te.

Que la similitude des écritures admise, en dehors d'ailleurs de toute expertise régulière et contradictoire par le l'instruction, ne saurait être une charge suffisante, alors surtout que de l'expertise régulière confirmée par divers témoignages il résulte au contraire formellement que le télégramme argué de faux aurait été écrit par un tiers désigné dans l'instruction ;

6. Les contradictions de Christian jettent le doute sur son historique des faits.

Que les contradictions nettes, flagrantes, injustifiables de Christian Esterhazy, qui a déclaré dans sa première déposition qu'il ne savait rien relativement aux télégrammes incriminés, interdisent tout au moins d'affirmer que l'historique précis et détaillé qu'il en a fait ultérieurement est l'expression de la vérité ;

7. La lettre d'Esterhazy à Picquart, les articles « Dixi », l'invraisemblance de l'histoire de la dame voilée ne sont pas charge suffisante.

Attendu, d'autre part, en ce qui touche Esterhazy, que ni la gravité des griefs formulés par lui dans sa lettre à Picquart du 7 novembre 1897, ni la connaissance qu'il a pu avoir les 15, 16 et 17 novembre de l'existence de l'un ou de l'autre des télégrammes expédiés de Paris le 10, pas plus que l'invraisemblance, l'impossibilité ou l'inanité, alléguées par le juge, des explications qu'il en a fournies, ne sauraient impliquer nécessairement, ni établir par là môme d'une manière suffisante qu'il a été l'auteur ou le complice 4 es faux allégués ;

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