CHAPITRE TREIZIEME
Rochefort constate sa victoire sur le général Mercier. — Enregistrement de la capitulation du ministre de la guerre. — Sommations suprêmes à Dupuy, président du Conseil, et à Casimir-Périer.
Ce qui est fort difficile à comprendre, si l'on ne réfléchit pas à cette démarche d'un attaché au ministère de la guerreauprôs de Rochefort, c'est le fait qui la suivit, et qui, rattaché à cette démarche comme l'effet à sa cause, est de nature à surprendre d'abord, à affliger ensuite.
Ce fait, c'est le revirement de Rochefort.
D'ennemi implacable de Mercier, il devint son défenseur.
Mercier ne fut plus, dès lors, le « Ramollot de la guerre », il fut un patriote.
La « moule» se métamorphosa en perle des ministres de la guerre.
Mercier ne mérita plus d'être fusillé 'par Mirman, commissaire aux armées; il devint le sauveur de la patrie.
Et cela, dès le 8 novembre, dans Y Intransigeant, daté du 9. /
Comment en un or pur, plomb vil s'est-il changé f
Rochefort ne prit pas la peine de l'expliquer à ses lecteurs. Il se borna à leur dire :
Si quelqu'un nous avait prédit que nous passerions un jour, du côté de Mercier, notre surprise eût confiné à la plus entière incrédulité.
Voici d'ailleurs Particle de Y Intransigeant qui marqua ce changement de front :
Mercier a déclaré au conseil des ministres qu'ils veut fusiller le traître.
Vous croyez sans doute que le conflit qui s'est élevé entre la commission de l'armée et le ministre de la guerre venait de ce que celui-ci voulait, contrairement à l'avis de celle-là, faire rentrer douze mille hommes dans leurs foyers?
Eh bien I vous vous trompez de fond en comble.
Le conflit avait éclaté parce que la commission, composée d'opportunistes, comme d'ailleurs toutes les commissions, avait reçu de Dupuy l'ordre de chercher au général Mercier une noise quelconque afin de l'obliger à donner sa démission.
Le vote de la Chambre approuvant le ministre de la guerre a certainement causé à son excellent collègue de l'Intérieur la plus vive déception.
Et pourquoi Dupuy détire-t-H la démission de Mercier dont les Complaisances ont été jusqu'à la plus entière soumission? (Jui a commis, en incorporant le député Mirman, le plus monstrueux attentat au suffrage universel comme à la souveraineté nationale, et qui s'est associé au dépôt de la loi de dénonciation, de relégation et d'assassinat, qui a eu pour conséquence le récent massacre deCayenne ?
Pourquoi? Parce que, honteux des responsabilités qu'on lui attribuait dans la trahison du juif Dreyfus, le général Mercier avait déclaré au conseil des ministres qu'il avait assez tergiversé pour faire plaisir à Reinach, à Casimir-Périer et à Rothschild, et qu'il était décidé à aller jusqu'au bout, c'est-à-dire à faire condamnera mortet fusiller le traître.
Oui, c'est ce bon mouvement dont nous n'hésitons pas à lui tenir compte, qui vient de provoquer sa subite disgrâce.
Sollicitée par toute la finance allemande et par tous les rabbins d'Europe, la bande de Pont-sur-Seine a pris l'immuable résolution de sauver le scélérat.
On donnera pour successeur à Mercier, dont la démission n'est plus qu'une question de jours, un général entièrement acquis à la bande et, comme pour les concussionnaires du Panama, tout se terminera par un non-lieu, ou, à la rigueur, une villégiature dans une prison de campagne, dans le genre de celle où on a engraissé, pendant quelques mois, Triponé, autre traître également protégé par des généraux et par des ministres.
Si quelqu'un nous avait prédit que nous passerions un jour du côté de Mercier, notre surprise eût confiné à la plus entière incrédulité.
Cette première partie de l'article de Rochefort contient le changement de front de Rochefort par rapport à Mercier.
Il est vrai, qu'à en croire Rochefort, c'est Mercier qui aurait changé de front à l'égard de Dreyfus.
Ce changement de front du ministre s'était d'ailleurs opéré, sans que l'instruction judiciaire contre cet officier eût fait un pas de plus, depuis le moment où la note de V Agence ffavas avait qualifié de provi-
soire l'arrestation de Dreyfus et où Rochefort poursuivait Mercier de ses outrages et de ses menaces.
Quoi! Mercier avait-il donc capitulé devant Roche fort?
Hélas ! cela paraît très probable.
La démarche du 4 novembre auprès de Rochefort, relatée dans Y Intransigeant, daté du 7, ayant paru le 6, offrait-elle par rapport à cette capitulation le lien de la cause à l'effet?
Le nom contenu plus bas, dans le premier alinéa de la deuxième partie de l'article de Rochefort, fournit probablement le secret du lien.
L'interlocuteur anonyme de Rochefort avait dû suggérer à Rochefort quelque indication sur l'attitude du personnage en question, comme il avait fait sur Mercier, dans sa conversation avec le grand démolisseur.
Éloge du général de BoisdeflYe.
11 est probable que le général de BoisdeflYe, dont la conduite dans toute cette affaire a été celle d'un patriote et d'un vrai soldat, sera contraint, lui aussi, de quitter ses fonctions de chef d'état-major général.
Il lui sera, en effet, impossible d'assister en silence à la rébabilitation d'un misérable contre lequel les plus monstrueuses accusations s'accumulent tous le3 jours.
Le ministre de la guerre sait maintenant, à n'en pas douter, que c'est au Dreyfus qu'ondoit l'arrestation de madame Ismert, aujourd'hui détenue dans les prisons d'Allemagne, celle de MM. Degouy et Delguey, les deux officiers de marine récemment graciés par Guillaume II ; celle du Capitaine Komani et de tant d'autres.
80 LIVilE PREMIER
Il est clair que si l'interlocuteur anonyme du 4 novembre avait été le commandant Pauffln de Saint- Morel, il avait pu aviser Rochefort du désaccord entre Mercier et Boisdeffre au sujet de la suite à donner à l'instruction du procès de Dreyfus.
Il avait pu suggérer à Rochefort le moyen de faire capituler Mercier sur ce détail, en lui assurant, en échange, l'appui de Rochefort, pour la conservation de son portefeuille, menacé au Parlement.
Ce n'est là qu'une hypothèse.
Que l'on en offre une meilleure, nous renonçons à celle-ci.
Quant aux affirmations de Rochefort, sur de nouveaux crimes de Dreyfus, notons-en une seule, celle de la dénonciation de Degouy et Delguey à Guillaume IL.
Cette fois, ce n'était plus une insinuation timide comme dans l'interview du général Riu de la Libre Parole du 2 novembre, accentuée comme dans l'article de Drumont du 6 novembre ; c'était l'affirmation catégorique.
L'affirmation était un mensonge, ainsi que cela a été exposé plus haut, d'après le dire loyal de Paul Degouy ; mais pas plus après cette déclaration qu'avant, Rochefort n'a eu cure de revenir sur l'accusation qu'il avait émise. Oh ! bonne foi !
Mais qu'importe ! Voici la troisième partie de l'article de Rochefort :
Dreyfus sera relâché. Il ira prendre un commandement dans l'armée allemande.
C'est au point que la Gazette de la Croix publiait il y a peu de jours tous les noms des officiers français
chargés de missions spéciales, non seulement en Prusse, mais en Italie et en Autriche.
Quelques-uns de ces noms sont, il est vrai, tant soit peu estropiés par la traduction et la prononciation tudesques, mais ceux qui les portent n'en sont pas moins à jamais « brûlés ».
Or, tous ont été dénoncés par l'infâme, lequel n'est certainement entré dans l'armée que pour exercer son hideux métier.
Vous verrez qu'à peine relâché, car il le sera, il ira immédiatement prendre un commandement dans l'armée allemande.
Dupuy et le général Mercier savent parfaitement que je n'écris là que l'exacte vérité, attendu qu'ils ont entre les mains l'article de la Gazette de la Croix portant les noms de nos officiers.
Qu'un espion eût livré à l'Allemagne les noms d'officiers publiés par la Gazette de la Croix, la chose n'est pas de grand intérêt au point de vue particulier qui nous occupe.
Mais que cet espion fût Dreyfus, voilà le point important. Or, il était faux.
Dreyfus ne livra pas plus les noms de ces officiers qu'il ne livra de documents.
D'ailleurs; l'acte d'accusation dressé contre lui, après l'instruction close, ne fit jamais la moindre allusion à ce grief.
C'est, par conséquent, qu'il était sans fondement.
Mais, pour perdre un innocent, il faut des calomnies, et c'est pourquoi ces dernières ne manquaient pas plus à prop (8 de I) >gody etDclgueyqu'à, propos d'autres personi
Dreyfus avait bon dos. Il n'y avait pas de crime de trahison qui ne fût sien. Il suffisait d'affirmer.
Il faut que Mercier donne sa démission et mange le morceau.
Il dépend maintenant du ministre de la guerre de sauver son honneur et celui de son ministère, en motivant à la tribune la démission que les judéo-panamistes tentent aujourd'hui de lui arracher.
Qu'il mange ouvertement le morceau ; qu'il raconte à quelles influences il a dû céder pour retarder d'abord l'incarcération du traître, puis la divulgation de la trahison ; les lettres qu'il a reçues, les visites dont on l'a accablé, les menaces qu'il lui a fallu subir : car le gorille impudique nommé Joseph Reinach, cechéquard qui fut obligé de rendre quarante mille francs sur les bénéfices partagés avec le beau-père, ce juif allemand qui, dans une question intéressant la juiverie et l'Allemagne, aurait eu pour devoir de garder la neutralité de la honte, a osé brandir la liste que Jacques Reinach, son digne parent, lui a laissée dans sa succession.
L'affreux marchand de lorgnettes a déclaré nettement : « Dreyfus sera libre ou je dirai tout. »
Et Dupuy, devant l'évocation du spectre panamiste, a humblement répondu :
«Calmez-vous ! Mercier seul nous gène encore. Laisseznous le temps moral de nous en débarrasser et Dreyfus est dans" vos bras. »
Cette quatrième partie de l'article de Rochefort contenait des affirmations.
« Mercier avait dû céder à des influences pour retarder l'incarcération du traître. »
C'était une fable.
Même fable, quant aux influences ayant retardé la divulgation de la trahison.
Même fable, quant aux lettres reçues par Mercier, quant aux visites, quant aux menaces.
Seule, la conscience de Mercier lui avait dicté la note de V Agence Havas du 31 octobre.
Seule, l'influence de Y Intransigeant et de la Libre Parole, aidée par les communications d'informateurs officieux, avait fait virer la conscience de Mercier.
C'était tout le contraire de la légende proclamée par Rocbefort.
Cassagnac se ressaisit. — Il met au point la procédure à suivre contre le capitaine Dreyfus. — Si Mercier eût écouté Cassagnac, le cyclone de 1898 eût été évité.
Les articles de Rochefort et de Drumont qui viennent d'être reproduits sont d'une extrême importance.
Ils ont eu, en effet, une influence prépondérante au point de vue de la traduction de Dreyfus devant le conseil de guerre.
Sans les articles de Rochefort traitant Mercier de tf moule » et de « RamollU de la guerre », le générai Mercier eût persisté sans doute dans l'opinion qu'il avait émise le 31 octobre, que les présomptions réunies touchant la culpabilité de Dreyfus étaient insuffisantes pour justifier sa comparution devant un conseil de guerre et sa condamnation par ce conseil.
Les menaces de Rochefort avaient eu raison de cette opinion du général Mercier.
La conscience du général avait capitulé. Mercier avait obéi aux injonctions de Rochefort, réclamant la comparution devant un onseil de guerre.
Ce qui allait résulter de cette première capitulation du ministre de la guerre, c'était une partie nouvelle, où le prestige de Mercier était engagé, cette fois, et où la condamnation de Dreyfus pouvait seule maintenir ce prestige si singulièrement retrouvé.
Telle était la situation résultant de la capitulation du général.
Si Mercier avait été digne de la haute fonction qu'il occupait, il eût sans doute dédaigné les outrages de. Rochefort et de Drumont et leurs menaces. Il eût déféré aux tribunaux l'un et l'autre et eût attendu avec la confiance dans le devoir accompli, le verdict des tribunaux compétents.
En admettant même que Mercier, hésitant, ballotté tant par les scrupules de sa conscience que par la fièvre de l'opinion, ait fini par se décider à remettre au conseil de guerre le soin de prononcer sur la culpabilité de Dreyfus ou sur son innocence, Mercier eût organisé un débat public, de nature à ras-* surer toutes les consciences, quelle que fût la conclusion de ce débat. Bref Mercier aurait laissé intacte la conscience des juges du conseil de guerre. Il ne se serait pas estimé plus atteint par l'acquittement que par la condamnation. Il aurait laissé chacun des j uges répondre « oui » ou répondre « non » • selon-son sentiment personnel.
C'est ainsi d'ailleurs que le devoir du ministre de la guerre était défini par Gassagnac.
Nous avons vu ce dernier payer tribut, le 2 novembre f894, au bavardage à la mode, à la manie accusatrice qui avait ravagé tant d'esprits, au premier bruit de l'arrestation de Dreyfus.
Le 14 novembre, Cassagnac s'était ressaisi : il avait retrouvé son équilibre mental, ainsi que le prouve l'article suivant :
Fragilité des expertises en écriture.
L'affaire Dreyfus continue de défrayer la préoccupation publique.
On se plaint de la lenteur de l'instruction; on redoute le huis-clos pour les débats du conseil de guerre.
Sur le premier point, on aurait tort d'insister.
Tous les procès ne sont pas également faciles à instruire, et il faut accorder le temps nécessaire.
Ce n'est qu'après les débats qu'on pourra se rendre compte de l'activité ou de la lenteur de l'instruction, quand on y verra clair.
D'autant qu'un bruit assez sérieux circule, d'après lequel il serait aisé de comprendre pourquoi elle avance avec difficulté.
Le point de départ de l'affaire serait la découverte d'une note mentionnant la nomenclature des différents documents confidentiels qui auraient été communiqués à une puissance étrangère.
On alfirme que l'écriture serait du capitaine Dreyfus.
Et celui-ci nie énergiquement.
Si cette rumeur se confirmait, nous ne serions pas près de connaître la vérité, car tout le monde sait quelle faible confiance il faut avoir dans les farceurs qui font métier d'expertiser les écritures.
Leur moindre défaut consiste à n'être jamais d'accord entre eux.
Et ce n'est pas moi qui consentirais à faire fusiller un officier français, fût-il fortement soupçonné de culpabilité, sur le rapport d'un expert en écriture.
Éloge de la magistrature militaire. — Coup de patte à la justice civile.
Laissons donc l'instruction suivre son cours naturel.
Elle finira toujours par aboutir, et surtout ne nous associons pas aux récriminations, formulées par tant de journaux, relatives à la discrétion du juge instructeur.
Je ne connais rien d'odieux comme ces révélations quotidiennes, faites à la presse par les juges d'instruction de la nouvelle magistrature.
Dans différents procès récents, ces messieurs étaient comme doublés, chacun, d'un reporter.
Et à peine l'inculpé ou les témoins sortaient-ils du cabinet où ils avaient été interrogés, qu'on connaissait leurs réponses.
Cette instruction à ciel ouvert est la négation de toutes les garanties de la défense, car elle impressionne l'opinion publique et les juges, malgré eux; alors qu'il faut maintenir impartiale jusqu'aux débats l'impression de chacun.
Donc, les juges instructeurs de l'affaire Dreyfus ont raison de s'enfermer dans le plus absolu silence*
On voit que ce sont des officiers sérieux, ces juges; et non point des bohèmes comme tant de magistrats civils, incapables de la discrétion et de la tenue professionnelles.
Les débats du procès de Dreyfus doivent être publics.
Mais, si l'instruction doit demeurer secrète, il faut, par contre, que les débats soient publics.
Il serait difficile de faire autrement, le voulût-on en haut lieu.
Et cela pour diverses raisons, toutes meilleures les unes que les autres.
D'abord, l'opinion publique est inquiète légitimement.
Elle se demande jusqu'à quel point la défense nationale a pu être compromise par la trahison imputée à l'accusé Dreyfus.
Et il n'y a aucun inconvénient à faire connaître les documents vendus, du moment que l'ennemi les connaît.
Ce que la Triple-Alliance doit savoir de notre organisation militaire secrète, la France peut le savoir aussi et sans qu'il en résulte aucun mal.
Les secrets livrés à l'ennemi ne sont plus des secrets.
Et puis l'alternative se pose:
Ou le capitaine Dreyfus est coupable ; ou il ne l'est pas.
Dans les deux cas, la publicité des débats s'impose.
Et d'abord, il est difficile d'imaginer que le capitaine Dreyfus ne soit pas coupable.
On ne peut admettre que l'autorité militaire ait fait arrêter sans raison, sous une aussi formidable inculpation, un officier d'<Hat-major, un officier de l'Ecole de guerre
Si donc il est coupable et si, par exception, on lui
applique — ce qui n'est peut-être pas d'une absolue régularité — l'article 76 du Gode pénal, c'est la peine de mort.
Or, qui donc, en France, oserait prétendre qu'une peine si terrible puisse être édictée et appliquée, sans que les preuves indéniables de sa culpabilité éclatent au grand jour?
Nous ne sommes plus à l'époque où l'on pouvait, sous un prétexte quelconque, faire tomber une tête humaine après des débats étouffés et en sortant du huis-clos.
La défense doit être d'autant plus libre et retentissante que l'accusation est plus infamante.
Aussi ne suis-je pas surpris d'apprendre que mon vieil ami Démange, l'illustre avocat, exige les débats publics pour son client Dreyfus.
Il est dans le vrai, et l'opinion publique est avec lui.
Et puis, il faut tout prévoir ; tout, même l'innocence de l'accusé.
Or, serait-il possible de le faire acquitter à huisclos.
N'affirmerait-on pas, immédiatement, que les juges ont été achetés par la bande juive?
Et cet acquittement, qui ne serait qu'une bien insuffisante réparation déjà, après tant d'imprécations préalables, si l'accusé est innocent, perdrait encore ce qui pourrait lui rester de valeur, devant les soupçons injurieux qu'il éveillerait.
Je conclus donc en demandant, avec tout le monde, le secret absolu de l'instruction et les débats publics pour le procès..
Il y avait une logique remarquable dans les trois parties de cet article.
La première concernait la base de l'accusation,
c'est-à-dire une expertise d'écriture : elle était irréprochable.
Le bruit enregistré à ce sujet par Gassagnac était exact. Les réflexions qu'il formulait sur cette expertise étaient justes.
Ce que Gassagnac ignorait d'ailleurs, c'était la divergence des experts en écriture sur la base même de Faccusation.
Cette divergence, encore inconnue de lui, donnait à l'argumentation de Gassagnac une force particulière.
La seconde partie de l'article de Gassagnac était relative au secret de l'instruction : elle était parfaite.
La troisième partie montrait la nécessité de débats publics.
Elle était prophétique.
Faute de l'avoir comprise, Mercier ferma hermétiquement la porte de l'audience.
Il ouvrit en même temps la porte à tous les soupçons.
Gassagnac avait tracé cette pensée lapidaire :
Serait-il possible de le faire acquitter à huis clos? N'affirmerait-on pas immédiatement que les juges ont été achetés par la bande juive ?
C'était là le critérium de la névrose de la France en novembre 1894.
Cette névrose, Ilochefort et Drumont en avaient déjà tiré un merveilleux parti.
Cassagnao prouvait, par la pensée précédente, que la suspicion était sur tout.
Il oilrait le seul remède qui pût parer à ces accidents.
Pour ne l'avoir pas saisi, Mercier, l'ordonnateur du huis-clos, ouvrit la boîte de Pandore, contenant les mille maux dont la France est dévorée à l'heure actuelle.
Le Matin publie une interview du général Mercier. — Inexactitudes de certains dires du général Mercier. — Défaut de jugement du général Mercier.
Le 18 novembre 1894, le Matin publia une communication du général Mercier, présentée sous forme d'interview du ministre de la guerre.
Les propos consignés dans cette communication étaient sincères. Ils étaient presque tous exacts, sauf certains détails précis dont l'inexactitude tenait à des erreurs de jugement : la suite des événements le démontra.
Voici cette déclaration du ministre de la guerre :