‹ Histoire populaire de l'EgliseChapitre 13 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'empire chrétien.

De Inédit de Milan à la mort de Théodose 7®^ (3i5'3g5),

Le litre d'Empire chrétien donné à ce premier chapitre ne doit pas causer d'illusion, car une partie considérable de la société restera encore païenne. Mais il constate ce fait historique, d'importance capitale, qu'à partir de Constantin, le pouvoir est définitivement chrétien, à peu d'exceptions près. Le pouvoir chrétien fait, avec ce grand prince, son entrée solennelle et puissante dans le monde. Dieu achève avec les césars ce qu'il lui a plu de commencer sans eux et contre eux. II a fait naître et croître son Eg^lise sous le glaive de leurs persécutions; maintenant aujourd'hui il les appelle eux-mêmes à la foi; il leur commande de faire à son Eg-lise une place grande et honorée, de la mè-

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1er à la vie de l'Empire et de lui dresser un trône au milieu delà société nouvelle. Mais, pour l'Eglise il n'y a point ici-bas de tranquillité définitive ; son règne lui sera disputé par le monde, et, d'autre part, à l'heure même du triomphe que lui procure l'avènement de Constantin et de ses successeurs, on voit les schismes et les hérésies exciler dans son propre sein les plus douloureux déchirements.

L'édit de Milan avait enfin reconnu à la religion chrétienne le droit de cité dans l'Empire romain. La protection et la bienveillance de Constantin ne tarda pas à confirmer cette existence légale par l'octroi de droits nouveaux et de privilèges. Mais, tandis que l'empereur d'Occident affichait ainsi sa préférence pour le christianisme, celui d'Orient suivait une conduite opposée. Sans doute, Licinius n'abrogeait pas en forme l'édit de l'année 3i3, mais, soit attachement au paganisme, soit jalousie de la gloire et des conquêtes de son collègue et désir de susciter une occasion de rupture avec ce rival, il vexait les chrétiens par des mesures tracassières; il les bannissait de l'armée, les éloignait de la cour, confisquait les biens des uns, privait les autres de leur liberté; il interdisait aux évoques de se réunir en synode et entravait la liberté du service divin. Le sang même coula. Saint Nicolas, de Myre, saint Basile d'Amasée, l'héroïque troupe de soldats chrétiens, exposés nus sur un étang glacé, et dont le martyrologe garde le souvenir sous l'appellation des <( Quarante couronnés », ilhistièrent cette persécution. Licinius se déclarait

le chef armé du paganisme contre Constantin et la religion chrélienue. Ce fut le suprême efrort de la vieille et cruelle superstition : Licinius défaiï en trois batailles, se rendit à discrétion et fut étranglé à Tliessalonique (323). L'histoire n'a pas démêlé avec certitude si son vainqueur lui avait promis la vie sauve.

Il ne faut d'ailleurs pas attendre d'un prince de ce temps-là, élevé dans la société païenne et baptisé seulement à la fin de son règne, la douceur des mœurs chrétiennes que l'Eglise ht triompher plus tard. Sa noble et illustre vie fut empoisonnée par de grandes douleurs domestiques, dont il ne sut pas contenir l'éclat et supporter Tépreuve. Son fils aîné, Grispus, né d'une première femme, et qui s'était déjà couvert de gloire, ayant été faussement accusé par l'impératrice Fausta, sa belle-mère, d'un outrage infâme envers elle, l'empereur le fit mettre à mort. Puis, ayant reconnu l'imposture de Taccusation, il fit périr l'impératrice elle-même. Pour signaler ici une autre ombre sur cette grande figure, Constantin, dont le règne presque entier fut tristement mêlé aux intrigues de l'hérésie, ne sut pas toujours préserver sa droiture des pièges qu'elle lui tendit; son immixtion dans les affaires religieuses ne fut pas exempte de maladresses et de fautes, mais son intention resta toujours droite et ces taches disparaissent devant la "loire d'un des plus beaux règnes que l'histoire ait vus.

A ne parler ici que du gouvernement intérieur de l'Empire, cette gloire est double. La mission

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que Dieu avait réservée à Constantin comprenait rafFanchissenient de l'Eglise, opprimée, persécutée lepuis trois siècles, et rétablissement d'une législation civile conforme à l'esprit et aux lois du christianisme.

Devenu seul maître par la défaite et la mort de Licinius, il put alors accomplir librement les grandes choses qu'il méditait depuis sa conversion. La première fut de rendre à l'Eglise la liberté qui lui était due, d'en supprimer toutes les entraves, de lui assurer les faveurs et privilèges réserves jusque-là au culte païen. La nécessité s'imposait de ménager encore le paganisme, d'en tolérer la profession, d'en subir même quelques exigences officielles, comme la dénomination de Grand Pontife; on ne pouvait procéder à la destruction que par degrés. Mais, en usant de cette prudence, l'empereur se prononçait avec force pour la foi de Jésus- Christ. Son rival Licinius disparu, il publiait une exhortation pressante aux Orientaux, où, sans prétendre les contraindre, il les conjurait de venir à l'Eglise du Christ. Dans ses édits, dans ses actes publics, il déclarait solennellement l'erreur païenne « impie, détestable ». Vinrent les prohibitions : l'empereur détruisait les temples des faux dieux autant qu'il le pouvait sans révoltes ni bouleversements; tous ceux où la débauche s'étalait furent condamnés sans merci; la divination fut interdite et les pratiques de la magie frappées de peines sévères. En môme temps qu'il décriait le culte idolàtrique, le prince rehaussait magnifiquement le culte chrétien. Les premières ordonnances avaient

eu pour objet la réparation des dommages causés aux églises et aux particuliers par la persécution. Les anciennes églises ruinées se relevaient avec éclat, et étaient pourvues de larges ressources. Les basiliques dues à la magnificence de l'empereur, et dites à cause de cela Constantiniennes, s'élevaient dans tout l'Empire : telles sont, à Rome et en Italie, celles de Latran avec son baptistère, de Saint-Pierre au Vatican, de Saint-Paul-hors-les- Murs, de la Sainte-Croix, de Sainte-Agnès, de Saint-Laurent, des Saints-Pierre-et-Marcellin sur la voie Lavicane, des Saints-Pierre-et-Paul à Ostie, des Saints-Apôtres à Capoue. Les libéralités du prince étaient immenses, ses largesses inépuisables. Le pape saint Miltiade recevait de lui le palais de Latran, en attendant que la papauté fût mise en possession de Rome tout entière. Des rentes annuelles, des possessions, des privilèges, constituèrent en faveur de la papauté ce qu'on a appelé a la donation de Constantin » . La formation d'un domaine temporel du Saint-Siège ne lui doit pas son origine, qui remonte plus haut, mais elle se développa notablement par ces dons.

Le clergé avait vécu jusque là dans l'oppression. Afin de laisser les prêtres à leurs fonctions sacrées, Constantin commença par les exempter de toute charge municipale, car, disait-il, « les distraire du service de la religion serait un sacrilège ». Ce prince néophyte ne concevait pas, lui, une brutale égalité devant la loi, qui astreignît le clergé à toutes les obligations civiles, sans tenir compte de son rôle et des services qu'il rend à la société. Com-

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prenant cocnbien le repos dominical est étroitement lié à son influence salutaire, et que, sans la célébration du dimanche, Tévang-élisatiou du peuple est entravée et le respect du culte ruiné, il rendit le repos du dimanche obligatoire dans tout l'Empire. La même sollicitude pour le clergé lui fit abolir la fameuse loi papinienne, qui, frappant le célibat païen, source de vices et de débauches, s'étendait au célibat ecclésiastique et chrétien, source de dévouement et de sainteté. Par cette disposition, il rendait hommage au principe chrétien de la continence, et rétablissait le mariage dans sa liberté et sa dignité.

L'armée ne pouvait être oubliée dans ses soins pour faire respecter et pratiquer la religion. Les officiers chrétiens se virent appelés aux emplois de préférence aux païens; les soldats furent dispensés des exercices militaires le dimanche, afin qu'ils pussent vaquer à leurs devoirs religieux pendant ce saint jour. D'autres mesures, empreintes de sagesse et de bonté, pourvoyaient à leur instruction et à leur moralisation. L'empereur lui-même donnait l'exemple; chaque exploit de ses armes était scellé de la croix et reporté à Dieu par l'action de grâces. Son palais renfermait un oratoire, où il écoutait avec une humble docilité de la bouche des évêques les enseignements de la foi.

En mémoire du Sauveur, il abolit le supplice de la croix. A son entrée dans Rome, il avait voulu que le signe sacré de la rédemption brillât sur son diadème et fût arboré sur le Capitole ; il ne devait plus être qu'un objet de vénération et d'amour.

Dans ce même sentiment de respect et d'honneur,: la mère de Constantin, sainte Hélène, entrepril plus tard le voyage des saints lieux. Par ses soins,] des fouilles furent faites sur la montagne du Calvaire pour retrouver la vraie croix, et quand ce pré-j cieux instrument de notre salut fut découvert, elle fit ériger, pour le recevoir, la magnifique église duj Calvaire, puis, elle rapporta à Rome une partie no-j table de la relique sacrée, pour laquelle Constantin bâtit la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem.]

L'Eglise affranchie et traitée avec les honncun qu'elle méritait, il restait, pour la reconstitution d'une société en pleine déchéance, à mettre les lois et les institutions civiles en harmonie avec les principes du christianisme, car nier l'influence providentielle et les bienfaits, la nécessité de l'union entre les deux puissances spirituelle et temporelle dans la conduite des Etats, c'est l'axiome césarien de la séparation entre elles, qui condamne une société à végéter et à se corrompre. Cependant, à l'heure où l'Empire chrétien succédait sans transition au césarisme païen, la tâche pouvait paraître surhumaine. Pour apprécier la transformation qui s'accomplit alors sous l'influence du christianisme, il faudrait mettre cette législation nouvelle en face de la législation et de la société païenne, où l'enfant, la femme, le pauvre, le faible, le malheureux étaient constamment opprimés, et souvent de la manière la plus barbare, où le droit et la justice étaient foulés aux pieds, et où régnait dans les mœurs une effroyable dépravation. Sans doute, Constantin

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si^na liii-mcnielcs ordonnances rcforma{rices,nnais un prince qui avait passé ses quarante prennières années dans le paçânisme, où il avait pris toutes ses habitudes, était évidemment incapable de les créer et de les formuler ainsi. En devenant chrétien, il n'avait pu se pénétrer tout d'un coup d'un esprit tout nouveau, ni devenir l'interprète aussi parfait des vues les plus intimes de PEglise, dont il recevait les premières leçons. Cette législation, si chrétienne dans tous ses détails, et si sagement conçue dans son ensemble et dans son développement, fut l'œuvre du christianisme, non seulement par son influence sur le prince, mais, plus directement encore, par l'organe de ses évêques. Constantin, en effet, depuis le jour où il se déclara chrétien, s^enloura constamment d'évêques dont il fit ses conseillers les plus intimes. Ils devinrent ses véritables précepteurs, et il reçut leurs enseignements avec une docilité qui supposait en lui un grand amour de la justice et une grande droiture de cœur.

Son premier regard se porta sur Tôtre faible et malheureux. Les parents, chez les Romains, avaient droit de vie et de mort sur leurs enfants, et l'usage barbare d'exposer ceux qui étaient débiles ou devenaient à charge était général. Plusieurs ordonnances eurent pour but de soustraire Tenfant aux abus de la puissance paternelle. Le meurtre d'un fils ou d'une fille fut assimilé au parricide, et puni comme . tel. Constantin imposa à ses gouverneurs de subvenir, aux dépens du fisc, à la détresse des enfants abandonnés. La femme, que la société païenne avait

réduite à la condition la plus humiliante, s'était relevée elle-même, sous rintluence chrétienne, par le prestige de ses vertus, par la pudeur dont la virginité lui avait fait une auréole, par la pourpre dont le martyre Tavait consacrée : elle était prête pour une réhabilitation. Constantin, ne pouvant abolir le divorce, le réduisit à des cas très rares. Il défendit le concubinage aux hommes mariés. Le rapt fut sévèrement puni. D'autres lois, concernant les sénateurs et les dignitaires de TEmpire, pourvurent à la dignité du mariage, de la famille et des mœurs publiques. Assimiléejuque-là à ses propres enfants, exclue comme étrangère de la succession de ses fils, la femme rentra en possession de ses droits. Mais, surtout, Constantin, comme s'il en avait le pressentiment, voulait qu'elle fût digne du grand rôle auquel la Providence la destinait et du trônai sur lequel elle devait même s'asseoir. Désormais,! en effet, le vieux monde contemplera dans le palaisj de ses princes, si longtemps déshonorés par tousi les débordements de la femme, le spectacle d'impératrices chrétiennes, mères, épouses, sœurs ou filles d'empereurs, donnant le spectacle de vertus héroïques, et anges tutélaires, souvent conseillères des empereurs : près de Constantin apparaît sa mère, sainte Hélène, Flacille auprès de Théodose I^"", Pulchérie auprès de Théodose le Jeune, Placidie auprè? de Valenlinien II. Les impératrices chrétienne? du iv^ siècle préparent les reines chrétiennes du moyen âge.

Le pauvre eut une large part dans l'affranchissement commun des êtres faibles. Constantin en

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veloppa d'une sollicitude touchante sa détresse et son dénuement. Il soulagea le peuple en lui remettant un quart des contributions, et répandit dans tout TEmpire de royales largesses, évitant souvent aux nécessiteux l'embarras de solliciter, les relevant, quand il le pouvait, en leur procurant des emplois. Cette sollicitude les suivait jusque dans la mort. L'Empereur établit à Constantinople une corporation de neuf cent cinquante porteurs, chargés d'inhumer les pauvres. Bientôt des hôpitaux^ des asiles de toute sorte surgirent partout au souflle de la charité chrétienne.

L'esclave était plus malheureux encore. L'orga- 1 nisation de la société rendait impossible son affranj chissement pur et simple ; il faudrait de longs efforts 1 à TEglise pour l'obtenir. Constantin prit des mesuj res importantes en sa faveur. Il ôta aux maîtres le ,1 droit de vie et de mort sur leurs esclaves, et impo- , sa une limite aux peines arbitraires que, jusque-là, f.j ils pouvaient subir. Il favorisa les actes d eman- ! cipation, et leur donna une sorte de caractère i sacré en les exceptant des actes civils prohibés le ;! dimanche.

j D'autres ordonnances protégèrent le droit des I faibles, notamment celui des veuves, des pupilles et des infirmes, contre le crédit et l'influence des jriches; les plaideurs pauvres contre les honoraires .excessifs des avocats ; les malheureux qui empruntaient, contre les droits usuraires qu'exigeaient les préteurs; les cultivateurs contre les corvées au lemps des semailles ou de la récolte ; les biens des ibsents contre la prescription; les navires échoués

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contre les prétentions du fisc, tous les citoyens contre les malversations des hommes en charge.

Constantin supprima les supplices qu^on faisait subir aux débiteurs du fisc et les commua en une simple détention ; il proscrivit l'usage de marquer au front ou sur le visage les condamnés aux mines, et cela par respect pour la dignité de l'homme, et il entreprit même, sans y parvenir complètement, d'interdire les combats de gladiateurs, pour lesquels les Romains étaient si passionnés.

Au milieu de sa décadence, le paganisme, protégé par la majesté du Sénat, se soutenait dans la vieille Rome. Constantin ne pouvait donc aimer les Romains ni en être aimé. Sa politique cherchait un autre lieu plus central d'où il pût exercer son action sur tout l'Empire. Une autre disposition l'y portait : il voulait une ville toute clirétienne pour séjour. Byzance, ville déjà considérable, magnifiquement située sur le Bosphore, fixa son choix et prit ensuite son nom. Heureux si, en lui donnant cet éclat, il n'eut pas fondépour l'avenir le boulevard du schisme et de rhérésie,qui condamneront plus tard l'Orient à une honteuse décadence I Sa politique ne faisait d'ailleurs en ceh qu'exécuter un plan dont Dieu connaissait seul h merveilleuse profondeur : la majesté et le gouver nement du Saint-Siège ne devaient pas souffrir di voisinage et de la tutelle immédiate des empereurs et Rome était destinée à lui appartenir sans par tage. Constantin purifia sa nouvelle capitale d toute trace d'idolâtrie, en étendit l'enceinte, Torn

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de belles cg'Iises, de palais, de places publiques, de statues, lui donna un sénat et les mêmes privilèges qu'à l'ancienne Rome ; il y attira par tous les moyens les familles nobles et d'autres habitants^et n'oublia rien de ce qui pouvait donner à la nouvelle ville le nom de nouvelle Rome (33o).

Constantin compléta ce grand changement politique, qui concordait avec la transformation relir gieuse accomplie, en réorganisant l'administraliou impériale. Dioclétien n'avait qu'ébauché l'œuvre destinée à mettre un terme aux révolutions militaires. Constantin la reprit. L'empire fut divisé en quatre préfectures, et celles-ci en treize diocèses. Les provinces trop grandes inspiraient auxgouverneurs la pensée de monter plus haut, jusqu'à l'empire : il les divisa, et les vingt provinces d'Auguste devinrent les cent seize provinces de Constantin. Un jiQmbreux personnel d'administrateurs, distribué en une longue et savante hiérarchie, fut interposé entre le peuple et rempereur,dont la volonté, transmise par les ministres aux préfets du prétoire, passa de ceux-ci aux présidents des diocèses, pour descendre par les gouverneurs jusqu'aux cités. Les quatre préfets du prétoire, pour l'Orient, l'Illyrie, l'Italie et la Gaule, n'avaient plus les attributions militaires, mais ils publiaient les décrets de l'empereur, rédigeaient le cadastre, surveillaient la perception de l'impôt, jugeaient en appel des chefs de liûcèse, etc. Depuis les derniers règnes, l'armée véritable, celle qui devait arrêter les invasions, était :omposée en grande partie de barbares qui s'étaient aisà la solde des empereurs, surtout de. Germains

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à qui la garde des fronlières était imprudemment confiée. Les lég^ions, réduites de six mille hommes à quinze cents, allèrent tenir garnison dans les villes de Tintérieur, afin qu'elles ne donnassent plus à leurs chefs ces ambitieux désirs qui avaient fait surgir tant d'usurpateurs.

Constantin le Grand, qui avait alors reçu le baptême, tomba dangereusement malade au temps de la fétc de Pâques en SSy, et mourut peu de temps après, laissant à ses fils d'admirables traditions, et aux princes de tous les siècles un grandexemple.il eut la gloire de fonder l'Empire chrétien et de contribuer largement au triomphe de l'Eglise. Désormais les faux dieux étaient détrônés. Bientôt ils n'eurent plus de fidèles que dans les populations des campagnes, dont l'ignorance était plus épaisse, ei que leur disséminement rendait moins faciles è éclairer, si bien que, par suite. Terreur idolâtriqu( fut désignée sous le nom de paganisme {pagus, dis trict rural; pagani^ les ruraux), religion des pay sans. Le règne de Constantin vit aussi se lever l'ai rore du grand siècle des Pères et des Docteurs sus cités par Dieu pour illustrer son Eglise.

Constantin ne s'était pas résolu à un démembra ment définitif de son immense empire. Il le parlfl gea entre ses trois fils, Constantin II, Constant {\ Constance, et leur associa quelques-uns de ses ne! veux. Constantin II et Constant eurent l'Occiden Constance, l'Orient. Il en devait sortir de nouvelU guerres. Les soldats massacrèrent d'abord ses n veux, à l'exception de Gallus et de Julien, le futii

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empereur apostat. Constantin II fut tué clans une bataille contre son frère Constant (34o), qui luimême fut tué en 35o par Magnence, Franc d'ori-^ gine. Restait le troisième, Constance, qui, ayant à contenir les Perses en Orient, et à combattre un usurpateur en Occident, nomma César son cousin Gallus et lui confia le soin de continuer la guerre contre Sapor. Magnence, battu en Pannonie (35i), dut se tuer et la Gaule, l'Espagne, la Bretagne firent leur soumission. Toutes les provinces étaient donc réunies encore une fois sous un seul maître. Constant avait hérité de son père sa soumission sincère aux décisions du Concile de Nicée qui trancha la question arienne, mais Constance n'eut que la faiblesse paternelle, et TEglise eut à subir en lui un dominateur fantasque et entêté, aussi chancelant de croyance et de volonté que violent dans ses mesures, et qui s'érigeait présomptueusement en juge des questions de doctrine. Arien fougueux, il nuisit beaucoup à l'orthodoxie et prépara l'Orient aux hontes prochaines du Bas-Empire. Chose étrange et qui, à elle seule,- montrerait la stérilité de l'hérésie ; ce prince prit contre le paganisme des mesures plus rigoureuses et plus radicales que son père : en 345, il fit fermer les temples des païens, et interdit leur culte; en 356 l'idolâtrie fut interdite sous peine de mort, les temples détruits ou aliénés, leurs trésors confisqués ; et cependant, sous son règne, grâce à ses manies théologiques et à son fanatisme d'hérésie, le christianisme fit peu de progrès dans l'Empire. La foi ardente, le saint enthousiasme .s'étouffaient au milieu de tracasseries

misérables et de mesquines persécutions. Ces faits seront retracés dans le chapitre sur les schismes et les hérésies.

Sur de faux rapports, Constance crut queGallus, le César d'Orient, préparait une révolte ; le jeune prince rappelé d'Asie par de fallacieuses promesses, fat conduit à Pola en îstrie et décapité. On épargna son frère Julien, qui, relégué à Athènes, put suivre son g'oût pour Tétude et se faire initier au:t doctrinespîatoniciennes.Au bout de quatorze mois, il fallut le rappeler pour le charger, comme César, de défendre la Gaule envahie parles Francs et les Alamans. Julien les vainquit à la bataille de Strasbourg (SBy), chassa les barbares de tout le pays conquis entre Bâle et Cologne, franchit le Rhin et ram.enaun grand nombre de captifs gaulois et de légionnaires prisonniers. Par une administration habile, il se rendit populaire auprès des citoyens, comme il l'était près des soldats par ses victoires. Constance, inquiet, voulut lui ôter ses troupes, qui se mutinèrent et le proclamèrent leur chef auguste. C'était une déclaration de guerre. Une marche rapide et hardie avait conduit déjà Julien au milieu de rillyrie, lorsque Constance mourut (octobre 36i). Quand il s'était senti malade, il s'était fait baptiser par un intime ami d'Arius, qu'il avait fait mettre sur le siège d'Antioche, et acheva ainsi sa vie et son règne déplorables entre les bras des hérétiques.

Julien se trouvait maître de tout l'Empire. Il était depuis longtemps partisan secret du pagâ^ iiisme. Les cruautés de Constance, en dévastant sa

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famille, avaient ulcéré ce cœur déjà enclin à la violence et à la haine ; et cette haine, il ne tarda pas à l'étendre de Constance au christianisme. Une éducation toute païenne, confiée dans Athènes aux païens Maxime, Tibère, Libanius, acheva de développer en lui les instincts du persécuteur. Ses qualités brillantes étaient aussi gâtées par une profonde hypocrisie. Saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, qui étudiaient avec lui à Athènes, avaient pressenti ce qu'il serait : « Quelle vipère l'Empire nourrit dans son sein ! » Empereur^ Julien, que Ihistoire fiétrit du nom d'apostat, abjura la religion chrétienne et devint son persécuteur. Mais ce n'était pas dans ses parties corrompues qu'il la haïssait, c'était contre le catholicisme, contre l'Eglise, que cette haine le poussait. Plusieurs chefs hérétiques et des représentants du schisme trouvèrent près de lui un accueil très favorable ; il commença même par rappeler les évoques ariens exilés de leurs sièges, dans l'espoir que leur présence serait le signal de nouveaux désordres dans ! l'Eglise.

I Sa persécution ne tendait pas à renouveler les ! anciens massacres, quoiqu'elle ait fait verser du ; sang. Elle fut un modèle de fourberie, sur lequel on pourrait croire que certains Etats de notre .époque ont pris modèle.

I Julien l'Apostat poursuivait deux buts : la ruine [de l'Eglise et le relèvement du paganisme. Afin d'atteindre le premier, il révoqua toutes les immunités du clergé et des Eglises, supprima les distributions faites aux veuves et aux vierges, ruina les

Eglises de toutes manières, et oblig-ea les cbréliens à réparer tous les dommag-es causés à l'ancien culte. Les chrétiens furent écartés de tous les emplois publics. Le menu peuple ne fut même pas oublié dans cette guerre de mesquines tyrannies. Julien s'abaissa jusqu'à entraver pour les chrétiens les transactions commerciales et à leur rendre impossible l'accès des marchés publics. De temps à autre il faisait verser de Teau lustrale dans les fontaines publiques, pour en écarter les fidèles et les priver de l'eau commune, etc. Frappé de l'admirable floraison de talents et de grands esprits que l'éducation chrétienne, donnée par des maîtres fameux, produisait dans l'Eglise, il eut l'instinct qu'il fallait frapper là. Non seulement il fit fermer les écoles chrétiennes et poussa les foules aux écoles païennes de l'Etat, mais, outrant l'oppression jusqu'à une sorte de sauvagerie, il prétendit interdire aux chrétiens l'étude des beaux modèles de l'antiquité, et même de la médecine. Les livres de Mathieu, de Luc, etc., doivent leur suffire, disait-il, et, s'il les dépouillait de leurs biens, c'était, disait-il encore, pour leur faire pratiquer la pauvreté évan-' gélique. Car cet ennemi du Christ se plaisait à join-" dre le sarcasme insultant à ses mesures iniques. Lui-même écrivait des pamphlets contre les « Galiléens ». On fut inondé de pièces bouffonnes, de satires mordantes contre le « fils du charpentier )i et ses grossiers apôtres, le « rustre » Mathieu etk « bonhomme Jean n. Pour enlever aux chrétiens la gloire du martyre, Julien n'en faisait périr au-i cun que sous quelque prétexte étranger à la reli-

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gion, mais sa politique, en encourageant par l'impunité, et même par l'approbation formelle, tous les excès des païens contre les chrétiens, fit revivre en beaucoup d'endroits les plus cruels souvenirs des persécutions passées.

Rien n'égalait d'autre part le zèle avec lequel il travaillait à relever le paganisme de ses ruines. Il prêchait partout, de parole et d'exemple, le culte des dieux ; il rétablissait leurs temples et ne craignait pas d'y faire lui-même l'office de prêtre et de sacrificateur. Trop habile pour changer le culte populaire, il laissait le paganisme néoplatonicien aux philosophes et aux mages qui l'entouraient, mais il organisait des cortèges sacrés, des cérémonies dont la pompe théâtrale en l'honneur des idoles n'excitait plus que le rire de ceux qu'il y traînait. Ce qu'il voulait surtout c'était de reconstruire une société païenne avec les institutions môme de l'Eglise ; et en cela son vain effort rendait à la rc'ligion chrétienne un hommage forcé. Il s'humilia jusqu'à recommander à ses pontifes d'imiter ces « Galiléens » si méprisables à ses yeux, et de reproduire, dans cette réorganisation, leurs mœurs, leurs lois et leurs institutions. Il signale, entre autres points, la charité des chrétiens, leur soin des pauvres-, des voyageurs, des malades et des morts, leurs hospices et hôpitaux, la fuite des spectacles et des cabarets pour les prêtres, la bonne tenue des temples et les lettres testimoniales pour les miiïistres du culte, les prières, lectures et exhortations publiques, la pénitence pour ceux qui ont commis des fautes, l'érection de monastères

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d'hommes et de femmes pour ceux qui voudraient se livrer à une plus haute contemplation. C'est un dès cas les plus frappants où l'on volt le diable se faire le singe de Dieu ; mais le sing-e ne sait que faire des grimaces, et celles-ci devaient s'^éteindre dans un cri dé rage.

Non content decombattre les chrétiens en tyran, Julien TApostat voulut les combattre aussi en sophiste, lllut les sainte» Ecritures, en fit une critique perpétuelle, s'etTorçant d'v trouver des contradictions, des difficultés. Une prophétie le frappa surtout : celle de Jésus-Christ sur la ruine du Temple de Jérusalem. 11 conçut le projet d'en donner le démenti public au Christ, en rétablissant le Temple et la ville. I^e sophiste tout puissant s'adressa aux Juifs, enflamma leur zèle et mit d'immiCnses ressources à leur disposition. Son ami Alypius prit la direction des travaux ; les Juifs accourus de toutes parts, se mirent à l'œuvre avec acharnement. On en sait l'issue. Les témoig'nao'es concordants d'historiens païens et chrétiens établissent, comme un des faits les mieux prouvés de l'histoire, qu'à peine les premiers fondements creusés, des orages, des tourbillons et un tremblement de terre emportèrent ces préparatifs, et, qu'à la reprise obstinée des travaux, des globes de feu, sortis des fondements, s'élancèrent sur les \ travailleurs, en brûlèrent un grand nombre, consumèrent les outils et les matériaux, et rendirent, en se renouvelant, le lieu inaccessible. Il avait plu à Dieu de prouver, en cette circonstance, d'une manière sensible et éclatante que, selon une parolô

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de l'Ecriture, on ne se moqne pas de kii. Et ee fait miraculeux, d'une authenticité irrcfraçabte, est, parlui-même, une preuve de la divinité du christianisme.

Irrité au delà de toute mesure de cet échec humitiant, Julien l'Apostat jura d'exterminer les chrétiens et leur religion à son retour de la guerre des Perses. Ambitionnant, en effet, de venger sur ceux-ci les longues injures qu'ils avaient faites à l'Empire, il gagna avec son armée la Syrie, pénétra jusqu'à Ctésiphon, où il franchit le Tigre et brûla sa flotte pour ne laisser à ses soldats d'espérance que dans la victoire. C'est dans cette expédition que Dieu l'attendait. Vainqueur dans un premier combat, il fut ensuite mortellement frappé d'une flèclie (363). Son règne n'avait duré que trois ans. Il n'est pas historiquement prouvé que l'Apostat mourant ait recueilli dans sa main le sang qui coulait de sa plaie et l'ait lancé vers le ciel, en criant : Tu es Vaincu, Galiléen I mais sa fin déplorable, qui marquait l'écroulement de son œuvre impie, a toujours été regardée comme une éclatante punition du ciel.

L'armée proclama Jovien (363-364), qtii, pour

la sauver, dut conclure avec Sapor un traité lui

ivrant des territoires et plusieurs places fortes, bou-

evards de l'Empire. Ce princechrétienct catholique

! ^'empressa de réparer les maux du règne précédent, Ml rendant auxchrétiens lapaix et la liberté, et aux i^liscs, au clergé, aux veuves et aux vierges leurs mmunités et les distributions d'usage; il prit égale-

ment des mesures pour rétablir la foi catholique en Orient. Mais il ne règ"na que huit mois.

Les g-énéraux proclamèrent Valentinien(354-3 76). Ce prince donna l'Orient à son frère Valens (364- 378) et prit pour lui l'Occident. Empereur catholique, autant que valeureux chef, Valentinien continua la conduite de Jovien. Comme lui, il évita de porter des édits contre le paganisme et se contenta d'assurer la liberté des cultes, mais toute sa faveur était pour le catholicisme. Un de ses derniers actes fut d'intervenir auprès de son frère Valens, pour obtenir qu'il mît fin aux cruelles vexations que les Ariens faisaient subir aux catholiques en Orient. Valens, au contraire, était arien déclaré et grand protecteur des hérétiques, dont il ne cessa d'appuyer, comme on le verra, les menées scandaleuses. La mort de son frère lui laissait le champ libre, mais la Providence l'arrêta, et sa fin fut tragique comme celle de plusieurs persécuteurs. Des hordes de Huns ayant franchi l'Oural, subjugué les Alains et refoulélesGothssurleDanube,Valensavail! eu l'imprudence d'accueillirparmi ses troupes deux cent mille hommes de ces vaincus qui tendaient les, mains vers lui. Ils se révoltèrent bientôt contre: lui, lui infligèrent à Andrinople une défaite désastreuse (378). L'empereur, blessé, s'était réfugié] dans une cabane. Les vainqueurs, ignorant sa pré-] sence, y mirent le feu et il périt dans les flammes.!

A Valentinien P'", tué dans une expédition contre les Quades, avait succédé son fils, Gratien, sur le

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trône d'Occident (375-383). Gratien abandonna à son jeune frère, Valentinien II, les préfectures d'illyrie et d'Italie (375-392). Celui-ci n'avait alors que treize ans, et sa mère, Justine, favorable aux ariens, gouverna d'abord à sa place. Gratien suivit courageusement les traditions de Constantin, de Constant et deJovien, et poursuivit la lutte contre le paganisme. 11 déclina le titre et les insignes de Grand Pontife que Constantin n'avait pu rejeter, supprima les subsides accordés par l'Etat pour le culte des idoles, confisqua les revenus de leurs prêtres et des vestales et les terres appartenant aux temples, et il fitôter de la curie du sénat l'autel de la déesse Victoire. Ces mesures, et surtout la dernière, surexcitèrent vivement les païens. Une députation, conduite par le sénateur Sjmmaque, se rendit au camp impérial de Milan pour en implorer le retrait. Gratien ne daigna môme pas l'admettre à l'audience. Plus tard, quand, ce prince eut été tué, la supplique présentée de nouveau à Valentinien II fut agréée, sous l'influence de sa mère et de ses conseillers. Mais saint Ambroise^ évêque de Milan, s'opposa à cette concession avec tant de force et d'éloquence,que Valentinien maintint les décrets de Gratien,et, avec d'autant plus déraison queleschrétiens étaient en majorité dans le sénat. En Occident, le paganisme touchait à sa ruine définitive.

Son sort n'allait pas tarder à être le même en Orient, grâce au clioix que fit Gratien d'un habile général, Théodose, pour lui donner un chef à la place de Valens. Le nouvel empereur d'Orient réorganisa l'armée très éprouvée par les revers de

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Valens, lui ménagea nombre de succès par«tiels sans l'engager dans de grandes batailles, et finit par amener les Goths à traiter (382). Mais en Gaule, Gratien, en combattant la révolte de Maxime, qui gouvernait la Grande-Bretagne, fut trahi et tué pas ses soldats (383). L'usurpateur n'entendait même pas partager la puissance avec Valentinien II. Profitant des troubles excités en Italie par l'arianisme, il franchit les Alpes et força ce prince à s'enfuir près de Théodosc. Celui-ci le ramena en Italie, après une victoire sur Maxime, que ses propres soldats mirent à mort dans Aquilée^ ^t lui donna comme principal ministre le franc Ar^ hogaste, qui venait de délivrer la Gaule des Germains, mais qui remplit de barbares tous les offices civils et militaires. Valentinien, ayant voulu secouer sa tutelle et lui retirer ses emplois, fut trouvé mort dans son lit (Sqi).

L'année précédente, Théodose et Valentinien avaient publié un édit commun pour défendre, sous .peine d'amende très élevée, toutes les pratiques de l'ancien culte païen, et non seulement les sacri* fices, mais la fréquentation des temples et la véné" ration des dieux. La mort de Valentinien sembla compromettre l'exécution do ce décret. Pour remiplacer sa victime, Arbogaste avait jeté la pourpre sur les épaules d'un secrétaire du palais, le rhéteur Eugène, et il tâcha de rallier à sa cause ce qui restait de païens. Mais, en une seule bataille, livrée près d'Aquilée, l'empereur d'Orient, qui était accou" j-u, mit fin à cette domination éphémère. Eugène, fait prisonnier,fut mis à mort, Arbogaste se tua lui-

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même (394). Celte fois le vainqueur garda sa conquête. Celui que l'histoire salue du nom de Tliéodose le Grand restait maître de tout l'empire.

Ledit de 391, dont Théodose eut l'initiative, n'était qu'un pas de plus dans la marche qu'il n'avait cessé de suivre poiir arriver à Textirpalion de l'idolâtrie. Son zèle ne se bornait d'ailleurs pas à détruire les erreurs païennes ; la protection et la défense de la religion catholique contre les audacieuses entreprises de l'hérésie ne l'occupèrent pas moins. Avec Théodose, comme avec Constantin, s'affirme la tendance des premiers empereurs chrétiens à faire de la religion chrétienne; malgré la ténacité du paganisme officiel, une religion d'Etat. Leur coup d'œil avait pénétré cette vérité fondamentale, que l'unité de croyance dans un •empire est la plus solide garantie de Tunité politique et de la force d'une nation. L'indifférentisme des Etats modernes leur eût paru, politiquement môme, une aberration. Ce n'est pas qu'ils aient refusé à Terreur toute tolérance, car autre chose est d'accorder à la vraie religion une reconnaissance et une protection officielles, et autre chose de nier toute liberté aux dissidents quand ils ont une certaine possession d'état, sinon quand ils compromettent la sécurité publique par leurs entreprises, et seulement dans cette mesure. Ces empereurs chrétiens s'efforçaient de faire cesser, par l'unité de croyance, la cause la plus efficace de dissolution sociale, dont les effets étaient alors effrayants. Mais la prudence, la longanimité, une temporisation ha-

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bile leur firent rarement défaut, et, dans les cas] d'abus, on vit les évêques, l'Eglise elle-même, intervenir pour s'y opposer.

Dès 38o, Théodose, au nom des trois empereur régnants alors, avait affirmé dans la loi Cunctos populos la nécessité de l'unité de foi dans l'Empire, et ce fut désormais cette nécessité que la politique impériale eut en vue dans tous ses actes.

L'insolence des hérétiques fut réprimée par l'interdiction de leurs assemblées, où le vice s'alliait souvent aux extravagances, et où les principes les plus subversifs de l'ordre et de la morale s'étalaient effrontément. Afin de faire cesser les tumultes, Théodose interdit les discussions publiques sur la religion, et, pour tarir l'hérésie dans ses sources, il défendit les ordinations hérétiques. Les mouvements séditieux qui éclataient parfois parmi les païens devenaient une occasion de fermer ou de détruire leurs temples. Des lois avaient été déjà portées contre la divination : elles servirent aussi à frapper les pratiques idolâtriques auxquelles elle était souvent mêlée. De jour en jour le paganisme se sentait refoulé davantage. Une autre classe, celle des chrétiens apostats, race aussi dangereuse que les hérétiques et les païens, supporta les sévérités du prince. Ils perdirent successivement le droit de tester, de succéder, de témoigner, et se virent chassés de toutes les dignités. Théodose le Jeune, petit-fils du grand empereur, réunit plus tard, sous le titre de Code ihéodosien, toutes les lois édictées depuis Constantin en faveur de la religion catholique, dans lesquelles son grand-père

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