L'EMPIRE CHRÉTIEN
avait eu une part notable : c'est un monument de foi autant que de prudente sag^esse.
Ces nobles dispositions, à la vérité, n'empêchèrent point Théodose de payer tribut aux passions humaines. Mais s'il fut assez faible pour se laisser entraîner à un acte de vengeance qu'aucune raison d'Etat ne peut excuser, il eut l'âme assez grande pour réparer humblement sa faute par la pénitence publique que saint Ambroise lui imposa. La ville de Thessalonique,dans une sédition, avait fait périr son gouverneur. Cédant au premier emportement de la colère, l'empereur ordonna le massacre des habitants ; sept mille d'entre eux furent passés au fil de l'épée. Peu de temps après, Théodose, étant à Milan, se rendit à l'église avec toute sa cour pour assister à l'Office divin. Saint Ambroise vint l'arrêter sur le seuil: « Prince, lui dit-il, comment oseriez-vous paraître dans le temple de Dieu, encore couvert du sang des chrétiens? — J'ai péché, confessa l'empereur, mais David avait péché aussi. — Puisque vous l'avez imité dans son crime, repartit l'intrépide évêque, imitez-le dans sa pénitence. » Théodose se soumit sans résistance à la pénitence publique que saint Ambroise lui fixa. Une des conditions du pardon et l'un des fruits de cette pénitence fut la sage loi qui suspendait les exécutions capitales pendant trente jours. Après de longs mois, ' saint Ambroise réconcilia l'impérial pénitent avec l'Eglise. Du reste, toute la vie de Théodose montre en lui beaucoup de piété, de bravoure, de modération, d'habileté et dejustice,un ensemble remarquable de vertus qui fit de lui un prince vraiment grand.
HISTOIRE POPULAIRE DE l'ÉGLISE. I. — ig