LES PÈRES ET LES DOCTEURS DE L'ÉGLISE
et surtout la profondeur des ouvrag^es. Après les i^rands docteurs de ce siècle, d'autres s'élèveront à leur tour pour continuer à illuminer le monde selon ses besoins.
Présenter dès maintenant leurs traits en rac- ("ourci scia leur rendre un juste hommag-e, et ce sera aussi alléger d'autant le récit déjà compliqué (les luttes dont ils furent les héros. Suivant l'usMge commun, il y a lieu de les classer en Pères orientaux et Pères latins.
Le premier des Pères grecs qui s'offre est saint Athanase. 11 fut l'invincible athlète de l'orthodoxie dans les luttes contre l'arianisme. Simple diacre, il se révèle tel au concile de Nicée. Porté ensuite au siège d'Alexandrie par les vœux unanimes du {)euple et du patriarche Alexandre, sa vie, par une singulière antithèse, ne fut qu'une défaite douloureuse et un éclatant triomphe; toujours chargé des [)lus atroces calomnies, toujours en vénération auprès du clergé et du peuple fidèles à la foi, cinq fois banni, cinq fois rappelé et accueilli par les démonstrations de joie les plus vives. Depuis le concile de Nicée, il ne cesse plus de répandre sur le dogme attaqué l'éclat de son génie et de sa science. ')ialecticien puissant, esprit subtil autant que proond, souple et vif autant que grave, en même lemps qu'il déjoue lés ruses de l'hérésie les plus liabilement ourdies, il embrasse la vérité catholi- <|ue avec force et ampleur, il exprime les dogmes lans des formules courtes et précises. Celui de l'inarnation du Fils de Dieu, mutilé par les Ariens et
autres hérétiques de sou époque, est admirablement élucidé dans ses ouvrages. Il n'y établit pas avec moins de solidité la Trinité des Personnes divines et l'unité de substance et de nature entre elles. Les sacrements, la règle de foi dans l'Ecriture et la Tradition, ie magistère suprême et infaillible de l'Eglise y sont nettement exposés. Contre les Gentils, il prouve Fexistence de Dieu, la création du monde, la spiritualité et l'immortalité de l'âme, la Providence. Ce grand homme mourut en SyS.
Les trois Pères de Cappadoce, saint Basile le Grand, saitit Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, poursuivirent toute leur vie la même tâche qu'Athanase.
Saint Basile, né vers 829, d'une riche et pieuse famille de Césarée, et plus tard évêque de cette ville, étudia d'abord l'éloquence et la philosophie à Constantiiiople et à Athènes. Il mena la vie solitaire dans le Pont et reçut la prêtrise en 3^62. Evêque, il fit de sa maison un vrai monastère, où il continua de mener la vie ascétique, sans cesser de s'occuper avec activité des besoins de son peuple et des alFaires de la province et de l'Eglise. Moine austère, évêque intrépide, penseur profond, lutteur infatigable, administrateur aussi judicieux qu'actif, homme d'un grand caractère et d'une admirable doclrine ; tel apparaît ce grand docteur. Il s'est peint lui-même, lorsque, mandé par le préfet Modeste, sur l'ordre de Valens, pour s'entendre accuser d'être une cause de troubles et menacer des redoulabies effets de la colère impériale, il brava si liautement la confiscation, le bannissemenît, les
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supplices même et la mort, que le préfet, surpris l'une énerg^ie si fière, s'écria : Jamais un évoque ne m'a parlé de la sorte ! — C'est donc, reprit Basile, que jamais évêque n'a paru devant vous.
Saint Grégoire de Nazianze (328-890) l'inséparable ami de saint Basile, était du même âge» Il avait fait les mêmes études et avait partagé avec lui les délices de la solitude. Moins énergique, moins organisateur, moins homme d'action que l'illustre archevêque de Gésarée, il l'égale par la [trofondeur de la science, qui se joint chez lui au laîcnt de l'orateur et du poète. Ame douce et médiilive, il ne demandait que le calme d'une vie con- >acrée à la prière et à l'étude, quand il fut malgré ui élevé à l'épiscopat par saint Basile (872), et tienlôt après, avec plus de répugnance encoie, ransféré de son Eglise de Sazima au siège patriaral de Gonstantinople. La tempête arienne faisait ilors rage dans cette capitale, et la foi orthodoxe comptait peu de disciples. Grégoire, par le préside de sa parole et l'éclat de sa sainteté, ranima L'iincclle et forma au centre de l'hérésie impéiale une nombreuse et (lorissanle communauté, lire de toute erreur. Ses succès apostoliques souvèrent la persécution contre lui. Le saint patriariic pensa prévenir un plus grand mal en cédant à orage ; il quitta son siège et revint à sa chère re- .ule de Nazianze, où il acheva la composition de s admirables ouvrages.
Saint Basile avait un frère puîné, nommé aussi régoire, qui étudia sous sa direction, puis passa i monde à la vie sacerdotale^ et fut, en 871, con-
sacré évêque de Nysse. Chassé de sou siège sous Valens, saint Grégoire de Nysse, défenseur intrépide de Torthodoxie, subit de la part des hérétiques de longues et cruelles persécutions. 11 joua un rôle considérable dans la défense de la foi. Ses traités dogmatiques, ses travaux d'exégèse et d'ascétisme, ses homélies, ses lettres montrent que s'il n'égale pas saint Grégoire de Nazianze comme orateur, ni saint Basile comme homme d'action, il les surpasse tous deux par un don puissant d'exposition et par l'ampleur de la méthode. Il mourut à peu près en même temps que Théodose I®''.
A côté de ces grandes figures s'en dresse une autre que le génie, la science et la sainteté ornent de la plus brillante auréole. Saint Jean, à qui son incomparable éloquence, a fait donner le surnom de Ghrjsostome (Bouche d'Or), naquit à Antioche vers 347. Depuis tant de siècles l'Eglise le regarde comme un de ses plus admirables docteurs. Homme d'ailleurs extraordinaire, en qui toutes les perfections et tous les dons s'accumulent. C'est le moine dans l'austérité de sa solitude, l'évèque dans la force et l'intrépidité de son administration au milieu des circonstances les plus critiques, le martyr dans la gloire de sa confession et sa majesté dans la souffrance. 11 est à lui seul le bienfaiteur de la société tout entière ; il délivre les petits, soutient les pauvres, tient tête à l'orgueil capricieux des souverains ; il lui arrive de relever à Antioche tout un peuple qui s'abandonne, il forme à la vertu l'immense cité de Constantinople que le vice avait envahie. Partout il fait sentir son irrésistible
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inlliience. Orateur toujours populaire, saint Jean Chrysostome reste élevé en s'abaissant, il se fait entendre de la foule sans cesser d'être magnifique ; toujours il instruit, toujours il entraîne. A la science divine il joint une connaissance approfondie des hommes, à le lire nous croirions qu'il parle pour notre siècle. Chaque péripétie de son existence, chaque phase de la vie de son peuple, chaque joie ou chaque détresse offre à son infatigable parole une occasion de retentir ; et le torrent de cette éloquence, supérieure peut-être à celle de Cicéron par la souplesse, la variété, et même la véhémence, roule le large flot de la doctrine, des invectives écrasantes contre Terreur, contre les vices, des saillies impétueuses, mais aussi des effusions de tendresse et de compassion pour ceux qui souffrent ; il sort de l'âme, du cœur le plus ferme et le plus tendre. Prêtre à Antioche, puis appelé au siège de Gonsj lantinople en 898, saint Jean Chrysostome en fut I banni par les intrigues de l'impératrice Eudoxie, ■ unies à celles des évêques ariens. La majeure partie ' de ses œuvres se compose d'homélies. Sous ce nom viennent tantôt des explications de l'Ecriture sainte, ' tantôt des discours dogmatiques et polémiques avec ' des exhortations morales, ou bien des discours de circonstance prononcés à l'occasion d'événements particuliers, ou bien encore des sermons pour les fêtes du Sauveur et des saints.
Si les autres Pères grecs du iv» siècle n'égalent pas tout à fait les précédents, quelques-uns d'entre eux ne leur sont que peu inférieurs.
Saint Cyrille de Jérusalem, mort en 386, a laissé
des catéchèses, instructions faites aux néophytes, quand il n'était encore que prêtre dans cette ville. Elles roulent sur toutes les vérités chrétiennes et sur le baptême et l'Eucharistie, forment une sorte de cours complet de dog-matique, admir&ble de lucidité et d'éloquence apostolique. Il eut une vie toute militante, mêlée constamment aux commotions et aux violences des luttes ariennes. Chassé plusieurs fois de son sièg"e épiscopal par les ariens, en butte à de perpétuelles tracasseries d'administration, ce saint pontife ne connut guère que les combats et les douleurs.
Saint Ephrem, né à Nisibe, en Mésopotamie, n'était pas élevé à l'épiscopat. Dans la ville d'B«J desse, en Syrie, où il fixa son séjour, il occupait les simples fonctions de diacre. Poète, exégète e orateur, il fut célébré comme la g-loire de l'Eglis syrienne. Ses œuvres renferment des explication sur l'Ecriture presque entière. Les teintes doucei et charmantes, les couleurs sombres, les tableau]^] effrayants se succèdent sous sa plume, habile instruire et à émouvoir tout ensemble, selon qu*i décrit les tendresses de l'Incarnation, les suavités de la Vierge, la terreur du péché, les angoisses de la conscience et les grandes visions de la foi. Saini Ephrem mourut vers 876.
Didyme l'Aveugle, qui termina sa carrière quelques années plus fard, restera comme un prodige d'érudition acquise par la force de la voîonlé, conlr( tous les obstacles de la nature. Aveugle dès l'âge de quatre ans, il ne se livra pas moins à de pro fondes études et dirigea avec un grand éclat l'écoI<