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CHAPITRE VIII

L'Empire d'Orient. — Affaires religieuses.

Du milieu du V^ siècle à la fin du VI*".

Le lecteur se souvient qu'à l'époque où Odoacre, roi des Hérules, consommait la chute de l'Empire d'Occident en déposant Romulus Augustule, son dernier fantôme de souverain, TOrient était en proie aux troubles causés par les sectateurs d'Eutychès. Loin de se soumettre au concile de Ghalcédoine, ils s'étaient violemment élevés contre ses définitions, prétendant que l'affirmation de deux \ natures distinctes en Jésus-Christ ramenait à l'hérésie de Nestorius qui poussait cette distinction jusqu'à ruiner en lui l'unité de personne. Leurs efforts vont continuer de tendre à faire condamner ce concile et la lettre du pape saint Léon à l'évêque Flavien, où était admirablement exposée la doctrine de l'Incarnation.

Un de leurs cliefs, Théodose, moine ambitieux et turbulent, s'était installé sur le siège de Jérusalem. Il dut s'enfuir peu après. Un autre, non A moins factieux, Timothée Elure^ s'empara par vio- •■! lence de celui d'Alexandrie, après que le patriar- tj che légitim.e, Protérius, eut été massacré dans le m baptistère où il avait cherché un refug'e. L'empe- l|

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reur Léon I^ (457-474), pi'incc anime de zèle pour la religi-ion, manquait des p^randes qualités de Marcien. Il se défendit cependant contre les exigences des Eutychfens qui réclamaient la convocation d'un nouveau concile, et fort de Tavis du pape et d'un grand nombre d'évêques, il exila Timothée Elure. Malheureusement Léon était mal entouré. Deux hommes néfastes, Zenon, son gendre, et Basiliscus, frère de sa belle-mère, se tenaient près du trône. Zenon, prince difforme et dissolu, était originaire de l'fsaurie, province de TAsie-Mineure, dans les montagnes du ïaurus, qui fournit aux empereurs de Byzance des troupes dont le rôle fut en plus d'un cas analogue à celui de la garde prétorienne en Occident. Nommé gouverneur en Orient, il avait emmené avec lui un moine prêtre, chassé de son monastère et interdit de ses fonctions à cause de son attachement opiniâtre à l'hérésie d'Eutychès. Il se nommait Pierre, dit le Foulon, en souvenir de son premier métier. Cet intrigant devait faire naître de nouveaux désordres. 11 convoita le siège métropolitain d'Antioche, calomnia son titulaire, Tévêquc Martyrius, en l'accusant de nestorianisme, et s'introduisit à sa place. L'empereur Léon, saisi des protestations du peuple Hdèle, le chassa, mais Pierre le Foulon, comme Timothée Elure, devait reparaître. Peu de temps après, Léon ayant dû renoncer à se donner pour successeur Zenon, trop suspect aux catholiques, ht accepter, comme on l'a déjà dit, le jeune fils de son gendre. Le petit prince ne Ht que passer sur le trône, et son père Zenon, qu'on lui avait

fait proclamer Auguste, devint seul maître de l'Em-, pire (474-491)- C'est à l'époque de son avènement^ que reprend notre récit.

Zenon, cruel, jaloux, débauché, se livra sans pudeur à ses hideux penchants. Ses vices, ses exactions le rendirent promptement odieux à tout le monde. Sa belle-mère, Védrine, qui Tavait fait élever au pouvoir, irritée d'un refus de sa part, org'anisa une conspiration en faveur de BasiliscuS, son propre frère. Zenon s'enfuit et Basiliscus s'empara du trône (475). Ce fut pour un temps court. Le nouvel empereur, encore plus dissoluque Zenon, rég^na en tyran. Conseillé par sa femme Zénodie, il se déclara pour les Eulychiens, rétablit Timothée Elure sur le sièg^e d'Alexandrie, Pierre le Foulon à Antioche, et tous les autres évêques exilés à la place des évêques catholiques, chassés à leur tour. I! ordonna à tons, sous peine de déposition, par une lettre circulaire ou encyclique, d'anathémaliser le concile de Chalcédoine et la lettre du pape saint Léon ; cinqs cent évêqucis eurent Tinsig^ne faiblesse de souscrire. Tel était le misérable état de l'Eglise d'Orient, déchirée par les disputes théologiques et relâchée dans l'union avec la papauté. Ce n'est pas toutefois que tous ces évêques fussent également engagés dans l'hérésie d'Eutychôs. Beaucoup d'entre eux conservaient le fond du dogme, sans distinguer ce qu'il y avait de contradictoire dans leurs opinions, mais ils se laisr saient égarer par ceux qui calomniaient le concile, ou troubler par la peur. Le pape Simpiicius écrivit à l'empereur lui-même, au patriarche de Constan-

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linople, Acace, et au clergé, pour la défense du coucile. Plus effîcaceineat encore que la résislance des catholiques à la circulaire du prince et au rétablissement de Timothée Elure, l'approche de Zenon, qui revenait à la tête d'une armée, chang-ea les dispositions de Basiliscus. Il rétracta sa circulaire par une seconde encyclique. Zenon, au pouvoir de qui il tomba, le fit périr cruellement avec sa femme et ses enfants, et remonta sur le trône (477)-

-. Le début de son nouveau règne donna d'abord des espérances. Son premier soin fut de casser tous les actes de Basiliscus et de rétablir sur leurs sièges les évêques orthodoxes. On vit alors ces mômes évêques d'Orient, qui avaient signé la circulaire contre le concile de Chalcédoine, s'excuser de l'avoir fait en donnant pour raison qu'ils avaient cédé à la contrainte. La suite fut bien différente. Timothée Elure étant mort, les Eutjchiens, au lieu de reconnaître l'évêque dépossédé, Solofalcione, donnèrent un successeur à leur chef en Pierre Monge ou le Bègue, ordonné de nuit par un seul évêque. Zenon, qui affectait encore le désir de satisfaire le pape, chassa cet intrus et rétablit Solofalcione. Mais il était dominé par l'inspiration et la passion du patriarche de Constanlinople, Acace, qui, après s'être fortement opposé aux actes de Basiliscus, allait devenir lui-même cause de déplorables troubles. Solofalcione mort, les évêques catholiques avaient élu Jean Talaïa, prêtre-économe des églises d'Alexandrie. Acace, mécontent de l'élection, persuada à Zenon de rétablir Pierre

Moiîge ; Talaïa en appela au pape. Les instances de Simplicîus près de l'empereur et d'Acace pour faire reconnaître le bon droit furent vaines, et les difficultés se compliquèrent d'une question plus grave.

Pierre Mong-e, de concert avec Acace, avait rédig'é un symbole particulier : Nestorius et Eutychès y étaient analhématisés, quoique l'erreur d'EutycIiès y fût elle-même en partie dissimulée ; mais le concile de Ghalcédoiney était implicitement rejeté. On déclarait, en effet, que la règ-le de foi ne comprenait que les canons de Nicée, avec les additions qu'y avait faites le concifede Gonstantinople, les douze anathèmes de saint Cyrille et les décisions d'Ephèse. Les Eutychiens étaient même admis dans l'Eg-lise sans aucune rétractation préalable ni profession de foi. Persuadé par eux, Zenon prétendit rétablir l'union et la paix relig-ieuses en imposant cette confession. Il publia donc un Edit de tolérance, célèbre, sous le nom à^Hénotiqae, adressé, en forme de lettre, aux évêques, aux clercs, aux moines et aux peuples d'Alexandrie, d'Egypte, de Lybie, etc. Le vice de son orig"ine n'était pas le moins funeste du formulaire impérial : c'était un acte de flagrante usurpation de l'autorité civile sur le pouvoir spirituel et incommunicable de l'Eglise.

Ce misérable compromis ne satisfit personne et ne servit qu'à accroître les dissensions. Les catholiques le repoussèrent ; les Eutychiens ou monophysites, très nombreux à Alexandrie, n'en furent pas moins mécontents, parce que le concile de' Clialcédoine n'y était pas formellement rejeté, et ils

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ponissèrent roppositioii jusqu'à se séparer de Pierre Monge, ce qui les fit désigner dans la suite sous le nom d'Acéphales (sans tête, sans chef). Acacc demeura sourd aux représentations du pape Simplicius et de son successeur Félix II, comme il l'avait été au sujet de Talaïa. 11 corrompit les légats envoyés par ce pontife Déposé enfin et excommunié lui-même, comme fauteur et protecteur des hérétiques, et usurpateur dé la juridiction ecclésiastique hors de sa province, il ne garda plus de retenue, rompit avec le pape, fit Ôter son nom des diptyques, et, fort de l'appui de Zenon, fit chasser et remplacer les évêques qui refusaient de communiquer avec lui. Pierre le Foulon, lui même, si décrié, se vit réinstallé sur le siège d'Antîoche. Enfin, ce fut un trouble universel et le commencement d'un schisme qui dura trente-cinq ans, les successeurs d'Acace, même exempts d'hérésie, ne se décidant pas à se conformer aux prescriptions disciplinaires des papes et restant hors de leur communion. Acace mourut dans son obstination (489), et,, presque en même temps, disparurent Pierre le Foulon et Pierre Mong-e.

La mort de Zenon (491) ne changea rien à l'état de choses. Ariadune, sa veuve, lui donna pour successeur A-uastase, qu'elle épousa (491-498). Un pape de môme nom, Ariastase II, avait succédée saint Gélase (496). Voulant ramener les Orientaux, il écrivit à l'empereur dans un grand esprit de conciliation. Celui-ci osa demander, comme condition de la paix, que le pape signât i'Hénotique. Saint Symmaque, diacre de l'Eglise romaine, venait

d'être élu par la majorité duclerg"é pour successeur d'Anastase (498). Le patrice Festus, qui avait apporté à Rome la prétention de Tempereur et qui voulait un pape de son choix, disposé à signer TïTénotique, fit élire le prêtre Laurent dans une autre assemblée, ce qui fut une cause dedivisions de tumulte et de meurtres dans Rome. L'élection de Symmaque ayant été reconnue lég^itime,g^râce à Tarbitrage du roi Théodoric, ses ennemis, ne pouvant plus l'attaquer sur ce point, l'accablèrent d'imputations calomnieuses auprès du roi barbare, l'accusant d'adultère et de dilapidation des biens de l'Eglise. Des témoins furent subornés, tout fut mis en jeu. Symmaque, ne pouvant laisser déshonorer le pontificat en sa personne, alla au devant des intentions de Théodoric, en acceptant d'être jugé sur sa conduite par les évêques.

Théodoric les assembla en concile à Rome (5oi). C'est le premier exemple de ce genre. Les actes de cette assemblée, dite concile de la Palme, sont un témoignage éclatant du prestige et de l'autorité du pape à cette époque. Théodoric 's'était défendu de juger lui-même la cause du pape. On voit que les évêques, convoqués par son autorité, refusent de reconnaître cette convocation comme valide, tant qu'elle n'est pas ratifiée par Symmaque. Autorisés par lui-même à prononcer sur sa cause, ils protestent n'avoir pas à le juger, car c'est une chose toute nouvelle, et après avoir cependant fait les informations et reconnu son innocence, ils n'osent émettre une sentence, même pour l'absoudre. Malgré cette réserve, les évêques des Gaules s'é-.

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murent et s'alarmèrent du fait du concile. L'illustre saint Avit, de Vienne, écrivit à ce sujet une fort belle lettre, demandant comment le supérieur pouvaitêtre traduit devant ses inférieurs; attaquer le pape, disait-il, ce n'estpas attaquer un évêque, c'est faire chanceler l'épiscopat tout entier.

L'empereur Anastase, trompé dans son espoir de voir l'Hénotique reçu en Occident, se déchaîna contre Symmaque, et publia un libelle d'attaques auquel le pape répondit avec autant de force que de dignité. Croyant n'avoir plus rien à ménager, Anastase prit ouvertement parti pour les monophysites ou acéphales contre le concile de Ghalcédoine. Il mit en œuvre les moyens les plus bas et les plus indignes pour chasser de leurs sièges les métropolitains de Goastantinople et d'Antioche. Ce dernier eut pour successeur intrus le moine Sévère, le plus dangereux des Eutychiens, qui furent ensuite appelés de son nom séoériens, A mesure que les grands sièges succombaient, la persécution devenait générale. L'empereur trouvait une vive résistance de la part des populations fidèles à leurs vrais pasteurs. Plusieurs provinces, lasses de ses violences et deses parjures, mirentà leur tête le général Vitalien, et Anastase se vit cerné deuxfois dansGonstantinople. L'intervention du pape saint Hormisdas et de ses légats aurait pu ramener la paix, mais tout manqua par la perfidie de l'empereur. Dès qu'il se vit hors de péril, il se parjura de nouveau et les Eutychiens, relevant la tête, recommencèrent les violences et les meurtres, surtout en Syrie contre les moines.

Dieu mit enfin lui-même un terme à tant de maux ;

Anaslase mourut subitement (5i8). Il eut poiir successeur le Thrace Jusûiii^^ (5 18-527), qui àcheta| la pourpre aux gardes impériaies et commença une nouvelle dynastie. Son règne fut réparateur. Il chassa les intrus et rétablit les orthodoxes. Il fallait surtout faire cesser le schisme créé par Acace. Les efforts unis de Tempereureidu pape obtinren le retour à l'unité, qui fut salué avec acclamatioft à Gonstantinople et dans tout l'Orient.

Vers le même temps se déroulait un épisode de la grande lutte théologique de ce lt« époque. C'est la controverse qu'on pourrait appeler la question destliéopaschites. Pierre le Foulon avait ajouté au trisagion Sanctus, sanctus, sanctus Dominus, ces mots : (( qui avez été crucifié pour nous » ; et l'empereur Anastase en avait ordonné l'insertion dans la liturgie. Saint Cyrille d'Alexandrie et les évéque$^ catholiques avaient soutenu contre Nestorius qm Dieu le Verbe avait souffert, avait été crucifié dai sa chair : les locutions de ce genre ne lui attribuaient les affections humaines, la souffrance, h m^ort, que par suite de so4i union personnelle ave< la nature humaine. Mais Pierre le Foulon^en attribuant la souffrance au Dieu trois fois saint, et dès lors aux trois personnes divines, faisait la nature diviae passible elle a^éme. Ce n'était pkiâ l'unioa hypostatique des deux natures, mais la. confusion entre elles et l'eutychianisme au sens le plus grossier. Il dépassait même Eutychès eu mêlant les trois personnes divines dans cette absurde concepr tion. L'innovation ne fut pas goûtée des moines de

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Scythie, aaiinés de sentimeats catholiques, qui étaient alors à Gonstantinople. Ils proposèrent de remplacer les mots : « qui avez été crucifié pour nous », parceux-ci: « Tun delà Trinité a été crucifié ». Leur formule pouvait se justifier par la communication des idiomes, mais, orthodoxe en ellemême, elle avait quelque ressemblance matérielle avec celle de Pierre le Foulon etdesthéopaschites, £t son origine dans un milieu monophysile la rendait suspecte. Les moines s'agitèrent pour la faire approuver en Occident. Saint Hormisdas fit d'a- Jbord une réponse évasive. Les évêques africains, auxquels les moines de Scythie s'adressèrent en «'échappant de Rome, la modifièrent, disant qu'il fallait plutôt énoncer qu' « une personne de la Trinité » avait souffert. Mais les Scythes repoussèrent cette proposition comme toute différente de celle qu'ils soutenaient. Hormisdas, frappé du danger présent, à cause des maux causés par le monophysisme, s'expliqua nettement dans sa réponse à Possessor, ëvêque africain. Il y traitait les moines Scythes comme des hommes superbes, opiniâtres, indociles et semeurs de discordes. En effet, cette discussion en souleva d'autres sous Justinien b^,

Justinien (527-565), neveu de Justin, était sincèrement zélé pour la religion et attaché à la foi orthodoxe. 11 s'était frayé le chemin au troue eu flattant les vices dont l'empire de Gonstantinople était travaillé, corrompant les soldats, prodiguant l'or pour les jeux du cirque qui passionnèrent ce peuple dégénéré à l'égal des plus graves intérêts,

et que déshonoraient les querelles sang^lantes des « verts » et des « bleus » (couleurs des cochers du | cirque). Si le règne de Justinien fut grand, ce ne fut point par la moralité, mais par les guerres, les travaux législatifs et par les monuments.

Il fit la guerre de quatre côtés : à l'est, avec les Perses (628-562) ; au sud-ouest, avec les Vandales (534) y à Pouesl, avec les Oslrogoths (532-552), au nord, avec les Bulgares (569). Bélisaire, dont le nom est inséparable de celui de Justinien, fut le grand instrument de ses victoires et s'immortalisa par son génie militaire, ce qui n'empêcha pas l'empereur de le rappeler deux fois au milieu de ses succès, en cédant à ses envieux, et de le disgracier avant de mourir. La longue guerre contre les Perses s'acheva par un traité qui assura à l'Empire la conquête de la Golchide, et aux chrétiens de Perse la liberté de conscience, moyennant un tribut de 3.000 pièces d'or payé par l'empereur, de sorle qu'à rOrient, le règne de Justinien était marqué à la fois par une humiliation matérielle et par l'honneur d'exercer, dans l'empire même de ses ennemis, un protectorat et une influence normale. Des trois autres côtés, sa gloire militaire fut moins contestable. En Afrique, la victoire décisive de Tricaméron (534) uiit fin au royaume des Vandales ; celle de Lottagio (552) amena la chute de celui des Ostrogoths en Italie. Justinien se fit même céder des territoires en Espagne. Ainsi l'empire grec semblait avoir vengé l'Empire d'Occident. Il paraissait avoir reconquis la domination des deux bassins de la Méditerranée ; mais celte extension

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de puissance, excessive pour sa faiblesse, dura peu de temps. Les Bulgares, qu'on croit être des Tartares, et qui tirent leur nom du Volg-a, s'étaient établis en Dacie, tandis que les armées impériales combattaient en Asie, en Afrique, en Italie. Ils franchirent le Danube sur la glace et vinrent se montrer sous Constantinople. La capitale fut sauvée par Bélisaire, qui les rejeta au delà du fleuve. Pour la défense de l'Empire, Justinien construisit ou répara 80 forteresses le long du Danube, 600 dans la Dacie, l'Epire, la Thessalie, la Macédoine et la Thrace,et hérissa de forts la frontière de TEuphrate, comme celle du Danube. Les autres constructions eurent pour objet l'ornement de la capitale. La plus célèbre est la magnifique basilique de Sainte-Sophie.

Les premiers soins de Justinien s'étaient portés sur la justice et les lois. Il fit rédiger par Trébonien et d'autres jurisconsultes un corps de droit qui suffirait seul à immortaliser son nom. Il se composait de quatre r^c«^//5 différents, savoir : 1° le Code ou recueil de lois choisies parmi les lois faites antérieurement depuis l'empereur Adrien (534) ; 2° le Digeste et les Pandectes, recueil des meilleures décisions extraites des écrits des anciens jurisconsultes, publié en 533 ; 3° les Institutes, ou recueil "de principes tirés, comme le Digeste, des écrits antérieurs, et présentés en forme d'éléments du droit pour les jeunes gens : les Institutes parurent dans l'année 533 ; 4° enfin les Nooelles, ou recueil des lois de Justinien depuis la publication du Gode, dont ''Iles sont le complément. Elles furent publiées

HISTOIRB POPtJLAinS DB L'ÉaUSE, I. — 33,

après sa mort. Tel fut le corps du droit romaii qui constitua toute la législation del'empired'Orient durant trois siècles, et s'altéra ensuite sous les empereurs grecs. En Occident, il fut adopté en quelques régions, se combina presque partout avec les lois barbares, et demeura enfin comme la haute législation des sociétés modernes.

Législateur avec ses jurisconsultes, conquérant par ses capitaines, Justinien se piquait encore d'être théoiogien : heureux s^il ne Feût été qu'en accord avec le pape et les évêques. En outre, près de lui était l'impératrice Théodora, ancienne comédienne, fille d'un gardien des ours, fameuse par ses désordres avant que Justinien Teût épousée, et favorable aux monophysites. Pour réduire ceux-ci, Justinien ordonna une conférence de six évêques catholiques contre six évêques sévériens ou acéphales à Constantinople (532). Elle eut pour résultat la conversion delà plupart des clercs et des moines présents. L'année suivante, dans un édit qu'il envoya partout comme sa profession de foi, il condamna les hérésies de Nestorius et d'Eutychès. En l'adressant au pape Jean II, il lui dénonça les moines Acémètes de Gonstantinople qui, vivement opposés auxmoines de Scythie, prétendaient que leur proposition : « Un de la Trinité a souffert » était hérétique, et, prenant le contre-pied, niaient « que le Christ qui avait souffert fût un de la Trinité ». Le pape as* sembla son Concile (534), approuva comme orthodoxe la proposition des Scythes et condamna les i moines Acémètes. Et il ne faut pas voir une contra- • diction entre la sentence d'Hormisdas et celle de

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Jean II : la proposition des Scythes, quoique orthodoxe en elle-même, avait néanmoins avec l'hérésie des monophysites une certaine analogie que les circonstances rendaient dangereuse au temps d'Hormisdas, et nulle au temps de Jean IL

Dans les premières années de Juslinien, les Eutychiens s'étaient encore divisés. On a vu les Acéphales, séparés de Sévère. Discutant sur la nature passible du Christ, les uns reconnurent qu'elle avait été « corruptible », sujette à la soufFrance, parce qu'autrement il aurait fallu nier sa passion et lui donner un corps imaginaire, comme les manichéens. Leurs adversaires leur reprochaient d'adorer la corruption, d'où le nom de « corrupticoles », et, }lus logiques dans l'hérésie, soutenaient le contraire, pour ne pas être obligés de reconnaître deux natures dans le Christ. On les désignait sous le nom d' (( incorruptibles ». Justinien, à la fin de son règne, finit par tomber lui-même dans cette erreur et prétendit l'imposer par des mesures de rigueur que sa mort prévint. Vers 538, un autre acéphale, Jean le Grammairien, dit Philopon, s'avisa de soutenir trois natures en Dieu, confondant la substance avec la personne dans la Trinité ; ce qui fit donner à ses disciples le nom de Trithéites. Le fanatisme et l'orgueil jetait dans des aberrations, trop longues à énumérer toutes, des esprits que l'autorité de l'Eglise ne dirigeait plus.

Triomphants sous l'empereur Anastase, poursuivis sous Justin, les monophysites se trouvaient, au temps dont nous parlons, dans une situation mixte, iccablés par les édits de Justinien, et cependant

puissants par Tappui de l'impératrice Théodora. Celle-ci était même parvenue par ses intrigues à| faire élever sur le siège de Gonstantinople le pa^ triarche Anlhyme, monophysite dissimulé (535). L( dernier acte du courageux pape saint Agapet 1* avait été delà démasquer et de l'excommunier. Maii affaiblis par leurs divisions intestines, les mono-l physites retrouvaient au dehors une sorte d'unit( et une force réelle, en réduisant presque toute la controverse avec les orthodoxes à la question du concile de Ghalcédoine, qu'ils étaient unanimes à combattre comme fauteur du nestorianisme. Ce fut précisément sur ce'terrain du concile de Ghalcédoine, et par la plus habile intrigue, qu'ils engagèrent la grande querelle des Trois Ghapitres qui agita l'Orient et l'Occident durant plusieurs années.

Le pape Vigile occupait alors la chaire de Pierre (537-555). Les historiens ont souvent raconté qu'il y était arrivé par l'intrigue, et en prenant des engagements avec Théodora, qui avait conçu le projet d'implanter l'hérésie en Occident et de la faire prévaloir en l'asseyant sur le trône pontifical. Dieu n'aurait permis l'élévation de Vigile que pour montrer, mêmes aux plus incrédules, l'effet des promesses faites par le Ghrist au chef des apôtres et à ses successeurs. Vigile fut, au vrai, un pape intrépide, et ne se laissa abattre par au-1 cune violence. L'accusation portée contre lui estj de nulle valeur. Trois chroniqueurs lui ont donné cours. Les deux premiers, Victor, évêque de Tut-] loue, et le diacre Labat, deux Africains qui écri-

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valent dans un pays fort éloigné de Rome, étaient des partisans déclarés des Trois Chapitres contre lesquels le pape Vig-ile s'eng^ag-ea jusqu'à subir l'exil. Ils élaicnl donc 1res prévenus contre lui ; ils auraient pu le discréditer au temps de cette controverse et l'accabler en révélant l'histoire de son intrusion ; cependant ils n'en parlèrent que trente ans après sa mort. Le troisième, Anastase le Bibliothécaire, n'écrivait qu'au ix® siècle. Il est toutefois exact que l'élection du pape Vigile fut entachée d'irrégularité par le fait que Silvère, successeur d'Agapet, était encore vivant. L'élection de celui-ci avait été, elle aussi, viciée par la violence. Théodat, roi des Goths, craignant de voir élire un pape favorable aux Byzantins, l'avait imposée, sans aucune liberté de suffrages. Il avait même menacé de mort tout clerc qui n'y consentirait point. Lorsque saint Silvère, suspect d'être favorable aux Goths, eut été arraché de Rome par Bélisaire et traîné en exil à Patare, en Lycie, les évêques assemblés par ce général furent invités à déposer ce pontife malheureux, et à lui donner un successeur. Aux uns, il , paraissait légitime de prononcer sa déposition, à cause de l'irrégularité de son élection; d'autres en doutaient. Enfin ils se décidèrent à élire l'archidiacre Vigile, né à Rome d'unpère consul. Silvère étant mort(537), l'élection de Vigile fut reconnue, confirmée, comme celle de Silvère l'avait été, après l'événement.

La querelle des Trois Chapitres commença par un renouvellement de celle desOrigénistes. Il n'est

plus question ici des g^énéreux disciples du grand alexandrin qu'on a vus dévoués à sa personne, et non aux erreurs répandues dans ses écrits. Les Orij^énistes du vie siècle n'étaient plus que des moines fanatiques et la plupart ignorants, parmi lesquels s'était perpétuée en Palestine une passion aveugle pour sa doctrine, ou plutôt pour ses opinions. Ils avaient réussi à faire monter deux des plus habiles d'entre eux, Démétrius et Théodore Ascidas, sur les sièges métropolitains d'Aucyre et de Gésarée de Gappadoce. Ascidas de Gésarée surtout gagna la confiance de Justinien, et mérita celle de Théodora en protégeant de tout son crédit les Acéphales. 11 ne put toutefois empêcher Pelage, apocrisiaire de Vigile, et le patriarche Mennas, de Constantinople, pressés par les moines orthodoxes de Palestine, de tourner l'empereur contre les Ori^ génistes. Justinien ne pouvait manquerune si belle occasion de se poser en théologien : il rédigea un long édit, où, après avoir exposé et réfuté leserreurg d'Origène, il portait contre elles neuf anathèmes et un dixième contre Ori^ène et ses sectateurs. Tous les autres patriarches d'Orient y souscrivirent ; le pape Vigile accepta aussi cet édit, mais on ne sait pas exactement en quels termes.

Théodore Ascidas, vivement blessé de ce coup, ne tarda pas à se venger. Ce fut en préparant unQ condamnation, au moins indirecte, du concile de Ghalcédoine, contre lequel le parti des monophy^ sites acéphales, qui avait toute sa faveur, demeurait toujours acharné. On se souvient qu'à la fin du concile d'Ephèse s'était posée la question de

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condamner Théodore de Mopsueste,dont les écrits inspirèrent l'hérésie de Nestorius, et que saint Cyrille d'Alexandrie fit écarter cette question pour ne pas accroître l'agitation des esprits. Plus tard, le concile de ChalcéJoine avait entendu louer, sans s'émouvoir, ce savant évêque, mort en grande réputation de vertu. Deux autres évêques, également réputés, Théodoret de Gyr et Ibas, évêque d'Edesse, avaient injurieusement critiqué saint Cyrille et ses douze anathèmes proposés à Nestorius, à cause d'expressions qui pouvaient prêter à une interprétation douteuse. La paix et l'union s'étaient ensuite rétablies entre eux et le saint patriarche, à la suite d'explications ; et ses deux adversaires avaient professé reconnaître la même foi que lui. Aussi le concile de Ghalcédoine les avait-il reconnus orthodoxes, il pouvait donc passer pour avoir accepté la doctrine de ces trois évoques avec leurs écrits, qui constituaient trois chefs distincts qu'on appelait Tria Capitula^ les Trois Chapitres. En les faisant condamner comme favorables au nestorîanisme, on atteindrait ce concile lui-même.

Théodore Ascidas, de Césarée, mettant à son tour à profil la passion théologique de Justinien, lui persuada insidieusement qu'un excellent moyen de ramener les Acéphales à l'unité serait de les satisfaire en frappant les Trois Chapitres, puisque Teutychianisme était né de la réaction contre Nestorius. L'empereur n'y vit que l'occasion de s'immiscer dans une nouvelle question de doctrine, et il se mit sans délai à rédiger un édit qui anathématisait

Théodore de Mopsueste, Théodoret de Gyr et leui écrits, Ibas et sa lettre au persan Maris, qui contenait ses attaques contre saint Cyrille (544^' Les patriarches et autres évoques orientaux se soumirent de gré ou de force, mais tout l'Occident se souleva contre Tédit impérial, comme gravement injurieux au concile de Chalcédoine. Il semblait d'ailleurs excessif de lancer Tanathème contre des personnages morts en paix avec l'Eglise. Invité par Tempereur à venir régler la question à Gonstantinople, le pape Vigile s'y trouva dans la position la plus difficile. Pressé par Justinien d'approuver son édit, et sommé par Ascidas de rétablir les évêques acéphales, il répondit en condamnant de nouveau ceux-ci, et en séparant de sa communion le patriarche Mennas, pour avoir entraîné plusieurs évêques à signer l'édit (547).

Cependant l'embarras demeurait extrême pour lui, car il y avait danger de voir se produire un grave schisme, soit en Orient, s'il défendait les Trois Chapitres et leurs auteurs, soit en Occident, s'il les frappait. Une situation si critique explique que sa conduite ait varié, selon les circonstances au cours de ces années de trouble, dans une question où la foi n'était pas en cause, mais seulement les personnes. Pour conserver la paix avec les Orientaux, il consentit enfin à condamner les Trois Chapitres par son décret Jadicalum (548), mais en réservant expressément le respect dû au concile de Chalcédoine, salua lanien reverentia synodi Chaicedonensis. Cette clause n'empêcha pas TOccident de pousser un cri de surprise et de douleur,

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comme si Vig^ile eût abandonné le concile. Les évêques d'Illyrie séparèrent de leur communion ceux qui adhéraient au Jadicatum ; les Africains osèrent même prononcer analhème contre le pape, tandis que plusieurs l'attaquèrent par leurs écrits. L'acte pontifical fut combattu même dans le clergé romain et y souleva des troubles violents. Les Gaulois, ég'alement alarmés, agirent plus sagement : ils écrivirent à Vigile lui-même, par Aurélien d'Arles, son vicaire dans les Gaules, et lui envoyèrent des députés pour connaître plus exactement ce qu'il avait fait. Le pape, dans sa réponse, rassura Aurélien, mais il crut devoir frapper de censures ecclésiastiques ceux qui s'étaient insurgés contre lui.

Pour remédier à ce trouble universel, le pape et l'empereur songèrent à un concile œcuménique qui se tiendrait à Constantinople. Afin de laisser libres les décisions de cette assemblée. Vigile retirait son Jadicatum, mais il avait posé comme condition que les évêques latins et les évêques grecs siégeraient en nombre égal. Ce n'était pas seulement une question de convenance, mais de nécessité, puisque, sans elle, le pape manquait son but principal, et que, loin de ramener les Occidentaux, en leur prouvant dans une discussion pacifique qu'on pouvait condamner les Trois Chapitres sans porter atteinte au concile de Chalcédoine, un concile où domineraient les Orientaux ne pouvait que les aigrir et les exaspérer davantage. Le concile était convoqué pour l'année 55o; le pape défendait, sous peine d'anathème, toute discussion sur les Trois Chapitres avant sa réunion.

Les évêques latins lardant à arriver, Vigile différait d'agir. Justinien, impatient de ce retard, et d'ailleurs sans cesse aiguillonné par Théodore Ascidas, publia un nouvel édit contre les Trois Chapitres. C'était prévenir le concile et manquer au pape. Vigile ne se manqua pas à lui-même : il prononça une sentence d'excommunication contre quiconque souscrirait l'édit, et refusa de communiquer avec ceux des Orientaux qui soutenaient l'empereur. Cette fermeté de l'intrépide pontife irrita tellement Justinien que le pape, pour se dérober à sa colère, dut chercher un refuge dans l'église de Saint-Pierre, d'où on essaya de l'arracher par la violence, et ensuite dans celle de Sainte- Euphémie à Chalcédoine. Justinien ne put se venger que sur quelques évêques d'Occident, qu'il exila (55 1). Vaincu enfin par la résistance inébranlable du pape, l'empereur retira son édit. Mennas, Théodore Ascidas et les autres évêques qui avaient été contraires à V^igile firent leur soumission, et il put quiter son asile.

Tout ayant été renvoyé au concile. Vigile maintint invariablement la condition posée : que Latins et Grecs y siégeraient en nombre égal. Mais Justinien, n'écoutant que son impatience, le fit ouvrir par ses ordres (55 3). Ce deuxième concile de Constantinople, auquel la ratification du pape Vigile, donnée quelques mois après, confirma le caractère d'œcuménicité, se tint sans sa présence. Il refusa d'y paraître, maigre les sollicftations et les instances des envoyés. Il se contenta de répondre qu'il donnerait son avis par écrit, et qu'il le ferait con-

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naître à rempereur. Le concile condamna Théodore de Mopsuesle et ses écrits, les livres de Théodoret de Gyr contre saint Cyrille et la lettre d'Ibas à Maris ; puis il renouvela l'anatlième contre Arius, Macédonius, Apollinaire, Nestorius, Eutyehès et contre les erreurs d'Origène.

Pendant ce temps, Vigile donnait aussi son juge-» nient dans le décret appelé Consiîlutum, qu'il adressa à Juslinien, H frappait les erreurs contenues dans les Trois Chapitres, en s'abstenant de condamner personnellement leurs auteurs, et il appuyait sur plusieurs exemples celte réserve à l'égard des morts. Les propositions de Théodore de Mopsuesle, exposées et discutées, étaient frap* pées d'anathème dans leur sens mauvais. Le pape condamnait les erreurs des écrits de Théodoret de Cyr, mais dél^endait du reproclie de nestorianisme un évèque qui s'était présenté, cent ans plus tôt, au jugement du concile de Chalcédoine, y avait souscrit sans hésiter, ainsi qu'à la lettre de saint Léon. Quant à la lettre d'Ibas, le concile de Chalcédoine l'avait reconnue injurieuse pour saint Cyrille, mais conforme à la foi ; et Ibas l'avait rétractée après explications. Rien ne devait être changé h ce que ce concile avait statué à ce sujet, comme pour le reste. Ainsi le pape maintenait l'autorité du concile et, en remplissant ce devoir, rassurait les Occidentaux ; les Orientaux, eux aussi, devaient trouver une satisfaction dans la sentence qu'il portait sur les Trois Chapitres.

Justinien, ne pouvant se résigner à une demi défaite, relusa de recevoir le Conslitutuni^ qui lui

fut adressé par Vigile pendant les sessions du concile. D'autre part, le pape se refusait à donner une approbation plus complète aux sentences portées contre Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cjr et Ibas. Il fut jeté en prison, réduit à un peu de pain et d'eau, puis envoyé en exil. L'empereur avait fait rayer son nom de tous les diptyques. Cependant, six mois après, les esprits se trouvaient généralement apaisés en Occident par la sagesse et la fermeté de la conduite de Vigile. En ce même temps, Narsès, qui venait de défaire Totila,roi des Goths, et de rendre Rome à l'empereur, lui transmettait les supplications des Romains pour que le pape leur fût rendu. Le succès de ses armes inclina Justinien à se montrer plus conciliant. Sôit pour sortir de ses mains, soit plutôt pour parer au danger de schisme qui restait imminent dans TEglise d'Orient, Vigile confirma indirectement le concile de Gonstantinople, sans le nommer, en anathématisant Théodore de Mopsuesteet les Trois Chapitres, tant dans une lettre au patriarche Eutychius, successeur de Mennas, que dans une constitution plus étendue, publiée Tannée suivante (554). Il lui fut enfin permis de reprendre le chemin de l'Italie, où il ne put arriver, car il mourut de la pierre à Syracuse (555).

La condamnation des Trois Chapitres aurait dû satisfaire les Orientaux et les réconcilier avec le concile de Chalcédoine. 11 eut sans doute ce résultat à l'égard de plusieurs, mais les ennemis de ce grand concile, les vrais Acéphales, ne furent vain-

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eus ni par le décret des Pères de Constantinople, ni par les mesures rigoureuses de Justinien contre les récalcitrants. Pour le malheur de l'Orient, Terreur, qui avait déjà pris ses mesures, s'était relevée plus forte que jamais. Sévère d'Antioche et les autres chefs monophysites, voyant leur parti traqué au dehors et en proie à des divisions intestines, avaient compris qu'il fallait le reconstituer, s'ils ne voulaient périr. Ils résolurent de rompre tout lien avec les catholiques, pour former une société distincte, une église à part. Ils trouvèrent l'apôtre et le chef qu'il leur fallait en Jacques Baradaï, moine syrien, homme simple et ignorant^mais d'une activité infatigable et d'un zèle poussé jusqu'au fanatisme. Les chefs acéphales l'avaient sacré évêque d'Edesse, en 54 1, avec le titre de métropolitain universel. Baradaï releva partout le courage des monophysites, en Syrie, en Mésopotamie, et dans les régions voisines. La défection de l'Arménie paraît aussi se rattacher à ce mouvement. Les Jacobites, ainsi nommés du nom de leur chef, se répandirent aussi dans la Perse, refuge de toutes les sectes proscrites. Les Egyptiens entrèrent dans l'Eglise jacobite : les monophysites prirent dans ce pays le nom de cophtes, c'est-à-dire chrétiens primitifs d'Egypte, et y furent en vive opposition avec les orthodoxes qui suivaient la foi de Chalcédoine, la foi de Tempereur, d'où ceux-ci furent appelés Melchites (Impériaux). Les églises d'Ethiopie et d'Abyssinie, dépendantes du patriarche d'Alexandrie, se trouvèrent naturellement entraînées aussi dans ce malheureux schisme, et reçurent des

mains du patriarche cophte des évêques jacobites. : Telle fut la puissante organisation de la secte mo- M nophysite par Jacques Baradaï. La doctrine des Jacobites est le semi-eutychianisme des acéphales. Ils repoussent celle d'Eutychès qui absorbait la nature humaine dans la nature divine par suite de l'Incarnation ; eux, par une contradiction déconcertante, n'admettent aussi qu'une nature, mais formée des deux natures divine et humaine, subsistant sans mélange ni confusion. El voilà à quoi aboutirent tant He disputes, de subtilités et de nouveautés sans cesse renaissantes dans l'Eglise orientale.

Justinien était mort en 565, à l'âge de quatrevingt-quatre ans, après quarante ans de règne. Il eut pour successeur Justin II, son neveu (565-578). Le nouvel empereur débuta heureusement ; il fit des efforts pour ramener les monophysites à Tunité, et gagna Taffection de ses sujets en remédiant aux exactions que son oncle leur avait fait subir pour les dépenses énormes de ses constructions. Mais, plus tard, il se livra à d'extravagantes débauches et tomba par intervalles dans la démence. Cependant il souffrait des misères de son peuple. Voyant Tétat déplorable où il était réduit, il se chercha un successeur, non dans sa famille, mais dans l'empire. Son choix tomba sur un commandant de la garde impériale, Thrace d'origine, nommé Tibère. -Il l'adopta et le déclara césar. Tibère II (578-582) fut un excellent prince, aimant ses peuples, charitable pour tous, et zélé pour

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Tunité de la foi. A là fin de son rèo-ne, procédant aussi par adoption, il fit césar Maurice, un de ses généraux qui avait vaincu les Perses, et lui fiança sa fille aînée. Maurice (682*602) était d'une famille orig"inaire de Rome. Sans ég-aler Tibère, il était pieux, chaste et attaché à ses devoirs. Sous lui, la guerre se poursuivit avec succès contre les Perses, l'empire grec devint même le protecteur de Ghosroès II chassé de ses Etats par une révolte. Malheureusement, vers la fin de son règ^ne, les Avars, nation scythique, poussés par d'autres peuples, quittèrent l'Asie centrale et se jetèrent en Europe. Ils ravagèrent tout, depuis Belgrade jusqu'à la mer Noire. A ces bandes redoutables, Maurice n'avait à opposer qu'une armée dégénérée, sensible seulement à l'appât de l'or. La tentative qu'il fit d'y rétablir la discipline lui coûta la vie. Une révolte éclata dans les camps. Phocas, proclamé empereur, le fit égorger avec tous ses enfants. Son règne fut celui d'un tyran et s'abrégea par ses propres excès : on appela pour y mettre fin Héraclius, fils de l'exarque d'Afrique (6ro), qui lui fit subir d'horribles mutilations, sous les yeux d'une foule nombreuse, avant de livrer ses restes à la fureur populaire.

Sous ces princes, les papes eurent encore beaucoup à faire pour effacer les traces des divisions produites par l'hérésie et par la question des Trois Chapitres. De graves démêlés naquirent aussi des prétentions des patriarches de Constantinoplc et des empereurs. On a vu précédemment des évoques de la ville impériale prendre ou recevoir le

le titre de patriarche œcuménique ou universel. Par ce titre fastueux, ils ne prétendaient pas s'élever au-dessus de la primauté romaine, qu'ils reconnaissaient sans difficulté, mais se mettre, au moins dans l'Eglise orientale, au niveau de la dignité patriarcale des papes en Occident. C'était évidemment un nouveau pas vers le schisme, et les papes durent s'opposer à cette prétention. Un concile, assemblé à Constantinople pour jug^er un différend entre évêques (689), servit de prétexte à celui de cette ville, Jean le jeûneur, prélat éminent d'ailleurs par ses vertus, pour s'arroger le titre d'évêque universel. Le pape Pelage II, qui gouvernait alors l'Eglise, cassa les actes de ce concile et défendit à son représentant d'assister à la messe avec le patriarche. L'année suivante, saint Grégoire le Grand succédait à Pelage. Le pape, qui corrig-eait les abus dans tout le monde chrétien avec une énergie égale à la mansuétude de sa charité, ne pouvait fermer les jeux sur celui-là. Jean le jetlneur lui ayant envoyé le compte rendu d'un jugement contre un prêtre accusé d'hérésie, dans lequel il afl'ectait à plusieurs reprises de se donner la qualité d'évêque universel, Grégoire lui rappela la protestation de Pelage et lui fit de nouvelles remontrances sur cette prétention injustifiée et si peu conforme à l'humilité apostolique, propre surtout à flatter l'ambition et l'orgueil. 11 écrivit aussi à ce sujet à l'empereur Maurice et aux autres patriarches intéressés. Tout fut inutile : l'empereur faisait cause commune avec l'évêque de sa ville impériale, et les évêques orientaux ne sureiit que ménager et flat-

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ter le coUèg^ae qui pouvait les servir à la cour. Gyriaque, qui succéda à Jean le jeûneur, suivit la même voie et prit le même titre dans les lettres qu'il envoya au pape pour lui faire part de son élévation. Saint Grégoire ne voulut pas rompre l'unité de l'Eglise en refusant de les recevoir, mais il avertit Gyriaque qu'il devait renoncer à ce titre profane et superbe. Cette contestation servit à relever l'humilité des pontifes romains. Ce fut alors que saint Grégoire signa ses lettres « serviteur des serviteurs de Dieu », formule qui est demeurée celle de tous ses successeurs. Sous Phocas, le pape Boniface III obtint que l'empereur intimât à l'évêque de Gonstantinople de renoncer au titre d'éveque universel ; les patriarches y renoncèrent en effet, mais pour le reprendre plus tard.

Une autre prétention, non moins pernicieuse pour l'Eglise, existait chez les empereurs euxmêmes. Jusqu'à Théodoric, l'élection des papes avait été indépendante du pouvoir civil. A la mort de Jean U^, le roi des Ostrogoths, après avoir fait mourir ce pape en prison, imposa Félix IV au clergé romain, qui résista longtemps et finit par accepter le candidat, à cause de ses mérites. Depuis cette époque, les rois Goths, et, après l'extinction de leur royaume en Italie, l'empereur Justinien et ses successeurs, s'arrogèrent tyranniquement le droit de confirmer l'élection du pontife romain. L'Eglise ne recouvra qu'avec beaucoup de peines et de temps la liberté de choix dont elle jouissait sous les empereurs idolâtres. Les empereurs en vin-

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rent jusqu'à exiger une somme d'argent chaque fois] qu'ils exerçaient ce prétendu droit. L'abus ne pouvait que s'étendre ; Juslinien régla par un tarif ce que les évêques des plus grands sièges devaient payer pour l'élection. 11 y avait là tout ensemble usurpation et exaction, et, en outre, un danger de simonie exposant l'épiscopat à se laisser corrompre et l'Eglise à subir les conséquences d'élections] ainsi faites. Saint Grégoire, qui poursuivait la simonie avec tant de zèle, tant en Orient qu'en Occi-j dent, ne pouvait demeurer indifférent à ce danger] et s'en plaignit amèrement.

Il eut aussi à protester contre une ordonnancé] de l'empereur Maurice interdisant à ceux qui étaient dans les charges publiques ou qui servaient dans l'armée d'embrasser la vie monastique. Poui ces derniers surtout cette exclusion créait une^ impossibilité à peu près absolue, car la durée du service militaire était alors de vingt ans. Saint Grégoire fit observer au prince que c'était leur fermer le chemin du ciel, car plusieurs ne sauveraient leur âme qu'en quittant tout, et il ne craignit pas de rapprocher de telles mesures de celles prises par Julien TApostat pour étouffer la vie de TEglise. L'empereur laissa tomber son ordonnance.

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