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CHAPITRE IX

L*Empire d'Orient. — Le Monothélisme.

A l'avènement d'Héraclius, Tempire d'Orient était dans une effrayante détresse. Phocas, en s'emparant du trône, avait demandé la paix à Chosroès, mais le roi des Perses, sous prétexte dç venger Maurice, son bienfaiteur, commença aussitôt contre les Grecs une guerre sanglante qui dura vingt-quatre ans, et dont les dix-huit premières années furent pour l'Empire une suite de désastres. Depuis les ruines de Babylone jusqu'au détroit de Constantinople, les villes furent brûlées, les campagnes ravagées et laissées sans culture, les habitants égorgés ou emmenés captifs. A Jérusalem, les églises, même celle du Saint-Sépulcre, avaient été livrées aux flammes; les Perses emportèrent tout ce qu'il y avait de précieux, en particulier le bois de la vraie croix. Revenus en Asie- Mineure, ils avaient poussé jusqu'à Ghalcédoine (61 3) et s'installèrent, pour dix ans, en face de Constantinople affamée par la perte de l'Egypte. En 616, ils pénétrèrent en Egypte, prirent et pillèrent Alexandrie, et poussèrent leurs ravages jusqu'aux frontières d'Ethiopie. Héraclius demeu-

rait dans une fatale inaction, livré aux plaisirs. Il se bornait à envoyer à Ghosroès des lettres suppliantes. « J'accorderai la paix aux romains, avait répondu son ennemi, quand ils auront abjuré leur crucifié pour adorer le soleil ». C'était presque une guerre religieuse. L'Empire était réduit à peu près aux murs de sa capitale, et déjà Héraclius songeait à en transporter le siège à Garthage, lorsque le patriarche Sergius le retint et mit à sa disposition les richesses de l'Eglise de Gonstantinople. Un autre grand danger pressait l'empire par le nord. Les Avars s'avançaient de nouveau (619), faisaient un butin immense et emmenaient près de trois cent mille captifs.

Héraclius sortit enfin de sa torpeur. Il fit la paix avec les Avars au prix de concessions et résolut de porter la guerre chez ses ennemis. Ge prince, mou et indécis jusque-là, se révéla grand capitaine. 11 attaqua d'abord l'Asie-Mineure par le sud (622), débarqua en Gilicie,et gagna une bataille à Issus. Il l'attaqua ensuite par le sud (623), débarqua à Trébizonde, entraîna l'Arménie dans son alliance et pénétra jusqu'en Perse. Gette audacieuse entreprise délivra l'Asie-Mineure et l'Egypte, comme autrefois celle de Scipion, en Afrique, avait délivré l'Italie. Les armées persanes furent rappelées derrière l'Euphrate. Les Perses, s'alliant avec les Avars, Héraclius s'allia avec les Turcs Khasars du Volga, qui étaient pour la Perse ce que les barbares du Danube étaient pour l'empire grec. Les Avars ayant échoué' dans une grande attaque contre Gonstantinople (626), l'empereur, soutenu parles

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Turcs, alla si loin qu'il fit trembler le roi de Perse à son tour dans sa capitale (627). Vainqueur à Mossoul, sur les rives de Ninive, il pilla les villes et les palais de la Perse, pénétra jusqu'àCtésiphon, dont il n'osa pourtant faire le siège, et reconquit 3oo drapeaux. Chosroès fut détrôné et mis à mort par son propre fils Siroès, et le traité qui fut alors conclu rendit aux deux empires leurs anciennes limites, aux chrétiens le bois de la vraie croix qu'Héraclius rapporta triomphalement à Jérusalem (628).

Ici se termine la période heureuse de son règ-ne et la prospérité passagère de l'empire grec, épuisé par les attaques des Perses et par ses victoires mêmes, accablé d^impôls, ruiné dans son commerce et son ifidustrie. Cet empire vit tout à coup s'élancer du fond de l'Arabie un peuple bien autrement redoutable que les Perses, un véritable torrent qui renversa tout devant lui. La longue guerre entre les Grecs et les Perses avait favorisé l'accroissement de l'empire des Arabes, qui trouvèrent dans Mahomet un grand prophète guerrier. Ils enlevèrent àHéraclius,en six années, la Mésopotamie, la Syrie et l'Egypte. Il mourut en 64i, et avec lui s'ensevelit dans la tombe le peu de gloire et de force qui restait à l'Empire.

La dynastie d'Héraclius régna pendant 70 ans, pour le malheur de l'Orient. Du sang,de la démence, un raffinement inouï de basse cruauté, donnent à celte période un caractère hideux. De son premier mariage avec Eudoxie Héraclius laissait un fils âgé de 28 ans, Constantin, et d'une seconde union avec

une femme ambitieuse, Martine, un autre fils de 19 ans, Héracléonas. HéracUus avait réglé qu'ils régneraient avec une autorité pareille, en honorant Martine comme impératrice. Celle-ci, qui avait] dicté le testament, tenta d'en recueillir seule Tavan-j tag-ê, mais le peuple réclama ses empereurs. Gons-Î tantin mourut après trois mois, empoisonné par elle. Peu après, une sédition des troupes obligeai Martine et Héracléonas à couronner Constant, fili de Constantin. Une sentence du Sénat, devant lequel ils furent eux-mêmes traduits, fit couper laj langue à Martine et le nez à Héracléonas ; tous] deux furent envoyés en exil. Le règne de Constant II' (641-668) est digne de ce commencement. L'empereur avait un frère, Théodose ; il le contraint de recevoir le diaconat, puis le fait mourir en 669. Poursuivi par la vision sanglante de sa victime, détesté par le peuple de Constantinople pour ses vices et aussi comme fauteur de l'hérésie nouvelle et persécuteur de l'Eglise, il abandonne sa capitalej avec mépris, sous le prétexte d'aller combattre lej Lombards en Italie, v commet toute sorte d'exactiens, pille les églises de Rome, et enfin meurt as-j sâssiné dans le bain par un de ses officiers.

Constantin IV, surnomme Pogonat (le Barbu),' occupele trône de 668 â 685. Il fait hautement profession de la foi catholique, s'efforce de procurer à TEmpire la paix extérieure et travaille à lui procurer aussi la paix au dedans, en se mettant d'accord avec l'Eglise romaine sur la question du monothélisme. On rapporte qu'il fit couper le nez à «es deux frères, coupables de vouloir partager la

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puissance impériale avec lui. Son fils, Jnstinien II, . qui règne d'abord de 685 à 696, fait des embellis-, sements d'un faste inouï, en même temps qu'il joue un rôle perfide contre la foi. Il a pour favoris un eunuque et un moine, dont le premier fait donner des coups de fouets à la mère de l'empereur, et l'autre fait pendre la tête en bas et brûler à petit feu les débiteurs insolvables. Le fils de Justinien, Léonce, le chasse du pouvoir, mais obtient qu'on lui laisse la vie sauve : on se contente de lui couper le nez et la langue, et de l'exiler dans la Chersonèse taurique. Léonce (696-698) est renversé à son tour par ses troupes qui, craignant d'être punies pour leur lâcheté dans la lutte contre les Arabes en Afrique, élisent, en revenant à Gonstantinople, un nommé Absimare, qui prend le nom de Tibère III. Léonce a le nez coupé et est enfermé dans un monastère. Tibère lll (698-705), souillé de sang, voit reparaître Justinien II, appuyé par les Turcs et qu'on appellera désormais Justinien Rinotmète (Nez-coupé). Il pénètre dans Gonstantinople. Tibère et Léonce, traînés devant lui, chargés de fer, aux jeux du cirque, y sont piétines par lui avec une joie de cannibale, puis décapités. Leurs partisans sont jetés à la mer ou livrés à des supplices qui font l'amusement de l'empereur. Ce second règne de Justinien (706-711) prend fin par une révolte quiporte sur le trônel'Arménien Philippe Bardesanès, qu'il avait exilé. Justinien, saisi avant de s'enfuir, périt de la main de l'écuyer Elie ; son jeune fils, Tibère, âgé de six ans, réfugié dans une église, et qui embrassait l'autel et le bois ue la vraie croix

pour se rendre inviolable, est ég'org'é dans ce lieu saint comme un animal de boucherie. Philippe Bardesanès (711-71 3) donne comme Justinien toute sa faveur à l'hérésie, se livre à d'infâmes débauches, il est surpris dans Tivresse par une révolution de palais : on lui crève les yeux.

Telle est la série des princes sous lesquels se déroule l'histoire du monothélisme. Cette nouvelle hérésie, cause de maux aussi déplorables que la précédente, se fit jour au moment où Héraclius montait sur le trône (610). Son premier auteur fut Sergius, patriarche de Constantinople. Cette nouvelle Rome, ainsi qu'elle aimait à s'appeler, semble avoir reçu de l'enfer la mission d'inventer, tout au moins d'accréditer toutes les hérésies, comme l'ancienne Rome a reçu du ciel la mission de lutter contre elles et de les abattre. L'arianisme y est naturalisé par Eusèbe de Nicomédie, devenu évêque de la capitale, et, de là, il a infecté toutes les nations barbares. Macédonius, évêque de Constantinople, susciie une autre hérésie contre la divinité du Saint-Esprit. Nestorius, évêque de Constantinople, divise Jésus-Christ en deux personnes. Eutychès, archimandrite de Constantinople, confond en Jésus-Christ les deux natures. Enfin, Serg-ius, évêque de Constantinople, reproduit frauduleusement l'hérésie d'Eutychès, en insinuant qu'en Jésus-Christ il n'y a pas deux volontés, la volonté divine et la volonté humaine, comme il y a la nature divine et la nature humaine, mais une seule volonté, d'où est venu à cette hé-j

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résie le nom de monolhélisme, formé du grec. On a vu, dans le siècle précédent, les monophysites, contraints par les deux puissances, ecclésiastique et séculière, à anathématiser Eutychcs, s'ag^iter en tout sens pour échapper à la foi catholique et au concile de Chalcédoine. On les a vus reprendre une nouvelle vie et s'organiser en église particulière sous le nom de Jacobites. Ces sectaires, dont Topiniâtreté et Tactivité étaient également infatigables, ne devaient pas s'endormir durant les troubles politiques. Il se fit en effet un travail occulte qui se révéla sous Héraclius. Leur plan était de pousser quelques-uns des leurs aux principaux sièges épiscopaux et de ramener équivalemment l'erreur principale au moyen de questions secondaires. Outre le génie héréditaire des empereurs de Gonstantinople,qui les portait à se mêler à tout propos des questions religieuses, et à chercher, sous prétexte d'accommodement, des conciliations que la foi ne pouvait admettre, la raison politique les porta aussi en faveur des monophysites.Chosroès, l'ennemi mortel de l'Empire, favorisait hautement les nestoriens. Héraclius et son gouvernement devaient donc incliner du côté des Jacobites leurs adversaires, et s'efforcer de les remettre au niveau des catholiques. Cette pensée de conciliation domina les premiers mouvements de la nouvelle hérésie, et en fut le principal ressort.

Sergius, né de famille jacobite, et infecté du you'm de la secte, possédait tonte la confiance d'Hé-

radius. Avec lui, Cyrus, évêque de Phasis, et Théodore, évêque de Pharan, en Arabie, engag-èj rent l'emperenr dans la fausse voie, par des confé^ renées habilement ménagées. Héraclius, charmé d trouver dans l'opinion, que Sergius lui fit présenter, un moyen d'opérer l'union, se livra aveuglé* ment aux inspirations du patriarche. Cyrus fui transféré au siège patriarcal d'Alexandrie (63o),et ainsi l'Eglise orientale se trouva livrée aux deux chefs des monophysites.

Le piège tendu dans ces conférences était celuici : il y fut question non seulement des deux natures que les Eutychiens mitigés ne refusaient pas d'admettre, mais encore des deux opérations et des deux volontés en Jésus-Christ, où ils placèrent toute la difficulté. Héraclius, embarrassé par cette question, consulta successivement Sergius et Cyrus. Ceux-ci lui persuadèrent qu'on ne pouvait admettre qu'une opération et une volonté, de même qu'il n'y avait en Jésus-Christ qu'une seule personne, qu'un opérant. Mais, de cette manière, la volonté humaine se trouvait absorbée dans le Verbe, et avec elle l'âme humaine, que Ton ne regardait plus dès lors que comme un instrument passif de la personne divine. C'était là évidemment retomber dans l'erreur tant de fois anathématisée d'Eutychès. Toutefois tous les esprits ne voyaient pas cette liaison. L'empereur y fut trompé' le premier.

Cyrus assembla son concile (633) et y obtint la réunion à son Eglise d'une secte nombreuse d'eutychiens, grâce à un anathème lancé contre qui-

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(îonqiic ne Hit pas que le même Christ et le même Fils opère les choses divines et les choses humaines par une seule opération théandrique nu déivirile, on sorte que la distinction. n'est qne de la part de notre entendement. Les catholiques admettent bien dans le Christ un seul opérant, et doué d'une opération théandrique (divino -humaine), mais dans laquelle se combinent deux volontés distinctes. Le concile de Cyrus g"lissait par une équivoque, dans son canon, tout le venin de l'erreur, en spécifiant un seul opérant, tandis qu'il gardait le silence sur le fait d'une ou de deux opérations. Au sens où l'entendaient les fauteurs du monothélisme, cette définition était inconciliable avec la distinction réelle des deux natures qui se confondaient dans une seule opération, ou bien on supposait une de ces natures imparfaite et tronquée.

L'illustre saint Sophrone, moine déjà célèbre, supplia en vain Cvrus de retirer cette déclaration ; le patriarche s'obstina. Sophrone ne réussit pas mieux auprès de Serg-ius. Elu patriarche de Jérusalem (633), il assembla lui-même son concile et envoya sa lettre synodale à Rome. Plus tard il y députa Etienne, évêque de Dore, pour y défendre le dog-me catholique, que les deux patriarches monolhélites continuaient d'attaquer. Mais Sereins l'avait devancé.

Le sièg^e de Pierre était alors occupé par le pape Honorius, originaire de la Gampanie, et fils du consul Pétrone. II régna douze uns (0'i5-

638). Ce qu'il fit, et avec succès, pour ramener àj Tunité toute l'islrie séparée par le schisme de Trois Chapitres, ses Lettres aux Irlandais sur 1 Pâque, à Edwin, roi des Northumbriens, etc., le dons considérables qu'il fit aux églises, les élog'e que lui ont donnés les hommes éminents de so époque, tant Grecs que Latins, et notamment le papes, ses premiers successeurs, font voir en lui un pape zélé et digne du rang suprême. Dans l'affaire du monothélisme il manqua de perspicacité et de vigilance ; il ne sut se faire instruire par ses représentants de ce qui se tramait en Orient depuis dix années, et fut victime de l'hypocrisie et des fourberies de Sergius. Honorius ne prononça aucune définition sur la difficulté soulevée, et Ton verra même qu'il s'en défendit expressément. C'est donc bien en vain que les adversaires de l'infaillibilité pontificale ont cherché à tirer de la conduite de ce pape un argument contre elle. Son erreur fat justement de juger inutile et oiseuse une décision nouvelle de l'Eglise, alors qu'elle était rendue indispensable ; de répondre à Sergius en des termes que le rusé patriarche et ses adeptes pouvaient interpréter dans leur sens, et de prescrire à tous sur la question controversée un silence dont tout l'avantage était pour l'hérésie. Cette erreur de conduite a fait marquer le nom du pape Honorius d'une flétrissure. La nécessité d'abattre une hérésie dont Taudace allait croissant obligea l'Eglise de porter anathème, non seulement contre ses chefs, mais aussi contre tous ses fauteurs. Honorius se trouvait malheureusement, et contre ses intentions,

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compter parmi eux. Les hérétiques faisaient sonner bien haut quelques-unes de ses propositions. Loué par ses successeurs immédiats, Honorius fut ensuite anathématisé par d'autres et par plusieurs conciles, non pour avoir euseig^né l'hérésie, mais pour l'avoir, en fait, favorisée, ce qui n'était que trop certain. C'est du fait que ces conciles jugeaient, non de la pensée ni des intentions du pontife. Il faut, d'ailleurs, ajouter que des critiques très sérieux croient trouver, visibles et palpables, des traces d'interpolation dans les lettres d'Honorius à Sergius. Les falsifications des actes des conciles, des lettres des papes et des écrits des Pères, étaient familières aux Grecs. Au surplus, les lettres d'Honorius, qui l'ont fait condamner, n'ont aucun des caractères d'un décret ex cathedra,

Sergius avait donc pris les devants sur saint Sophrone. Dans sa lettre à Honorius, où il semble ivoir épuisé toutes les ressources et les subtilités lu génie grec, le perfide évêque s'appliquait à préjenter la nouvelle discussion survenue en Orient îomme une dispute de mots, mais dispute déplorapie qui allait devenir un obstacle à la réunion mminente de toutes les sectes acéphales, heureuement commencée par Cyrus. Il présentait les leux volontés, soutenues par l'un des partis, omme deux volontés contraires: la volonté divine t la volonté humaine telle que nous l'avons reçue près le péché, ce qui était incompatible dans le !hrist, avec l'unité de personne et à la perfecon même de la nature humaine, unie à la per-

nne divine. Sergius mentait en imputant aux

catholiques et à Sophrone d'entendre ainsi la volonté humaine dans le Christ; et c'est en admettant ce faux supposé qu'Honorius lui donnera raison. Les défenseurs de celte opinion, exposait l'hypocrite, n'étaient donc que des gens égarés et ennemis de la paix des églises. El toutefois lui, Sergius, n'avait demandé qu'une seule chose aux deux partis, savoir: de garder le silence sur une ou sur deux opérations, et de parler seulement d'un seul opérant.

Honorius fut pris au dépourvu, et, si Pon pouvait employer celte expression sans un manque de respect, donna complètement dans le panneau. Il approuva hautement la conduite en apparence si pacifique, si prudente et surtout si impartiale de Sergius. Les deux volontés « contraires », dont celui-ci prêtait l'affirmation à Sophrone et aux autres, firent penser au pape qu'il s'agissait des deux tendances opposées de la concupiscence et de la raison qui se manifestent dans l'homme déchu ; en ce sens, il répondit qu'on ne devait reconnaître en Jésus-Christ qu'une seule volonté, et il en donnait cette raison que le verbe « a pris, non pas notre péché, mais notre nature telle qu'elle a été créée, avant que le péché l'ait corrompue » ce qui ne permet pas de doute sur l'orthodoxie d» sa pensée, quoique la profession d'une seule volottfci dans le Christ pût paraître matériellement hérétij que si on faisait abstraction du motif qui dict la réponse. Honorius ne vit donc en tout ci selon l'avis insidieux de Sergius, qu'une queslii de mots et le félicita d'avoir écarté celle notl

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veauté. « Si quelques-uns, écrivait-il, ont dit une ou deux opérations, il ne faut pas en faire un dog^me de l'Eg-lise, car ni l'Ecriture ni les conciles ne paraissent l'avoir défini... De savoir si, à cause des œuvres de la divinité et de l'humanité, on doit dire une opération ou deux, c'est ce qui ne doit pas nous importer, et nous le laissons aux grammairiens... Nous devons rejeter ces mots qui scandalisent les Eg^lises, de peur que les simples, choqués du terme de deux opérations, ne nous croient nestoriens, ou qu'ils nous croient eutychiens si nous ne reconnaissons en Jésus-Christ qu'une seule opération... Confessons avec simplicité que le même Jésus-Christ opère dans la nature divine et dans la nature humaine... Nous vous exhortons à éviter l'expression nouvelle d'une ou deux opérations, et à prêcher avec nous, dans la foi orthodoxe et dans l'unité de l'Eglise, un seul Jésus-Christ opérant dans les deux natures ce qui est de la divinité et ce qui est de l'humanité. »

La défense présentée par Sophrone n'empêcha pas Honorius prévenu de persister dans sa première résolution d'imposer silence aux deux partis. Il écrivit en ce sens au patriarche de Jérusalem à Sergius et à Cyrus. Sa lettre à Sergius disait : «... Ecartant donc le scandale de l'inaovation nouvelle, il ne nous faut définir ni prêcher une opération, ou deux, mais au lieu d'une opération, comme disent quelques-uns, confesser sincèrement un seul Seigneur, opérant dans Tune et l'autre nature ; et, au lieu de deux opérations, il faut

plutôt prêcher avec nous que les deux natures, la divinité et l'humanité, dans la seule et même personne du Fils de Dieu, opèrent, sans confusion, sans division, sans altération, chacune ce qui lui est propre... » On voit que, sauf le terme de deu: opérations, qu'Honorius supprimait pour ne paî scandaliser les simples, le pape pensait et s'exprimait d'une manière absolument orthodoxe. Maiî on voit aussi quel succès c'était pour les hérétiques qu'on parlât seulement d'un seul opérant, e( que le silence fût prescrit sur une ou sur deu: opérations.

Honorius n'en vit pas les effets. Il mourut ei 638. L'année suivante, Héraclius publia, sous h nom à^Ecthèse ou exposition, un édit composé par Sergius, où se retrouve toute l'habileté et la perfidie du patriarche g'rec. Celui-ci, après avoir enlacé Honorius, voulait profiter de la vacance du Saint-Siège pour faire du monothélisme une loi de l'Etat et oblig^er le nouveau pape à y souscrire, s'il voulait obtenir de l'empereur que son élection fdt reconnue. Il est superflu de signaler le vice fondamental du nouvel édit impérial en matière de foi : on a déjà vu assez d'exemples des usurpations sacrilèges des empereurs de Bjzance, avec la connivence, plus coupable encore, des patriarches de cette ville. L'Ecthèse d'Héraclius reproduisait le fond de la lettre de Sergius au pape, elle soutenait, mais cette fois au sens formel de l'hérésie, l'existence d'une seule volonté dans le Christ, et imposait à tous un silence qui n'était

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évidemment qu'un moyen de fermer la bouche aux catholiques. Sergius l'approuva officiellement, et les évoques orientaux, en bons courtisans, saluèrent d'applaudissements la profession de foi de leur empereiu".

Sergius mourut quelques mois après. Saint Sophrone l'avait déjà précédé au tombeau. Pyrrhus, lié d'amilié avec Sergius et devenu son successeur, assembla son concile où, après avoir donné de grandes louanges à Héraclius,il ordonna que TEctlièse serait souscrite par tous les évêques, tant absents que présents, sous peine d'excommunication. Un nouveau pape, Séverin, venait d'être élu. Quand ses envoyés sollicitèrent d'Héraclius la liberté de le consacrer, le clergé de Constanlinople mit comme condition à son appui qu'il souscrirait FEcthèse. Ils refusèrent. L'exarque de Ravenne vint à Rome, exila les prêtres opposants, enleva le trésor du palais de Latran, mais ne put vaincre la fermeté du pontife. Le pape Séverin ne régna d'ailleurs guère plus de deux mois. Son successeur, Jean IV (G40-642), ayant appris que Constantin III était élevé au trône par la mort de son père lléraclius, lui écrivit pour l'encourager dans la vraie foi, pour protester contre les agissements de Pyrrhus, et contre sa prétention de tirer Honorius à son sentiment. Constantin n'hésita pas à retirer l'Ecthèse. Mais on a vu que son règne fut éphémère. Pyrrhus, se croyant en péril par la déposition de Timpératrice Martine et d'Héracléoiias , se démit et s'enfuit secrètement à Ghalcé-

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doine. On le remplaça par un autre hérétique, le prêtre Paul. Un des premiers soins de Paul fut d'envoyer ses lettres synodales au pape, qui était alors le pape Théodore 1er (642-649). Il cherchait à le surprendre par une profession de foi en apparence orthodoxe. Théodore, tout en louant ce que les déclarations du nouveau patriarche avaient di conforme à la foi, lui reprocha vivement d'y garde^ le silence sur les scandales de Pyrrhus, sur rEc| thèse elle-même, de n'avoir pas fait enlever cej édit que Pyrrhus avait fait afficher ; et il envoyî à Gonstantinople un décret qui anathématisait ce] acte.

Dans ce péril de la foi les évêques orthodoxes s'étaient tournés vers Rome ; les uns s'v rendirent en personne, les autres écrivirent. Déjà le pape Théodore avait envoyé en Orient des apocrisiaires ou visiteurs, pour soutenir la fidélité des églisesa Il investit notamment de son autorité apostoj lique Etienne de Dore, l'ancien député de saii Sophrone, et le renvoya en Palestine avec ordd de déposer les évêques monothélistes.

Dieu avait aussi suscité à la saine doctrine un nouveau défenseur. Saint Maxime, né à Gons« tantinople, et ancien secrétaire d'Héraclius, avait embrassé la vie monastique. Devenu abbé d'un monastère près de Ghalcédoine, il s'était retiré en Afrique, tant pour échapper aux persécutions deÉ monothélistes que pour se soustraire aux incur? sions des Arabes. H s'y rencontra avec Pyrrhus^ et ils eurent sur le dogme des deux volontés uiç conférence célèbre, dont les actes jettent un grai

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