‹ Histoire populaire de l'EgliseChapitre 23 sur 26 · L EMPIRE D ORIENT · texte numérisé non relu

L EMPIRE D ORIENT

jour sur l'histoire du monothélisme (645). Le saint et illustre abbé ne manqua pas de justifier la foi d'Honorius,et il eut la consolation de voir Pyrrhus rendre enfin hommage à la vérité. Le patriarche, vaincu, se rendit à Rome, où il présenta au pape Théodore son acte d'abjuration. Mais, soit qu'il ait agi hypocritement, soit par inconstance, pressé par l'exarque de Ravenne, et flatté sans doute par l'espoir de remonter un jour sur son siège, il retomba dans son ancienne erreur, sacrifiant ainsi de nouveau sa foi et sa conscience à son ambition.

La victoire de saint Maxime donna aux évêques africains un nouveau zèle pour la foi menacée. Ils assemblèrent leur concile en chaque province, et écrivirent à Paul, patriarche de Constantinople. Pressé par le pape et pareux, ne pouvant plus échapper, celui-ci trouva moyen à son tour de donner au parti monothéliste une nouvelle vie, tout en conservant les apparences de conciliation. Il fit publier par l'empereur, qui était alors l'odieux Constant II, un nouvel édit doctrinal, qu'on nomma le Type (Formulaire). Le Type rapportait les discussions passées, déclarait TEclhèse retirée, condamnait toute innovation dans la doctrine et imposait à tous, sous de graves peines, le silence sur la question controversée. Cette loi n'opprimait en réalité que la foi orthodoxe. Personne ne s'y méprit : tandis que les hérétiques en triomphaient, les catholiques n'eurent qu'une voix pour condamner le Type, cjui devint bientôt contre eux un édit de persécution.

Pendant ce temps, le pape Théodore condamnait 5 à Rome, et déposait les deux patriarches Paul et Pyrrhus, Pun obstiné, Tautre relaps. Le Type arriva sur ces entrefaites et souleva une opposition générale. Théodore mourut en 649, et fut remplacé par le pape saint Martin, né à Todi, en Toscane, et ancien légat à Constanlinople. L'empereur Constant avait espéré le g"agner en facilitant son élection, mais il en fut tout autrement. A peine installé, le saint pape réunit un concile de cent cinq évêques,dans la sacristie de la basilique de Latran. Dans les cinq sessions de ce concile on lut toutes les pièces concernant Taffaire du monolhélisme, on y discuta les textes des Pères qui attestent la tradition, enfin on dressa vingt canons de doctrine, dans lesquels les dogmes catholiques sur la Trinité et l'Incarnation furent de nouveau exposés et les anciens hérétiques frappés d'une nouvelle condamnation. Les Pères de Latran insistent à la fin sur les dernières erreurs, sur celle des monothélisles, qu'ils condamnent plus spécialement, et nommément en Sergius, Paul, Pyrrhus, Gyrus et l'évêque Théodore de Pharan, avec TEcihèse et le Type. Saint Martin, dans une lettre encyclique adressée au clergé et aux moines, aux fidèles de toute l'Eglise catholique, promulgua cette sentence solennelle, et donna ainsi le coup mortel à la nouvelle hérésie. Il écrivit lui-même à l'empereur Constant une lettre sage et respectueuse, pour l'engager à retirer le Type et à condamner les hérétiques qui avaientabusé de son nom, et de son autorité.

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Constant, loin d'élre touché de cette démarche, entra en fureur contre le généreux pontife. Il fit arracher de Latran le pape malade, par une violence aussi brutale que sacrilèg^e, le fit embarquer comme un malfaiteur et conduire à Constantinople. Là, saint Martin subit, sous les yeux de l'empereur, les traitements les plus indignes et les plus cruels. Après un simulacre de jugement, dans lequel il fit éclater autant d'intrépidité que de doueur^ l'illustre et saint pontife, plus grand encore dans les fers que sur la chaire de Pierre, alla mourir martyr dans la Chersonèse Taurique, son dernier exil (655). Le patriarche Paul était mort l'année précédente, l'âme déchirée de remords, et Pyrrhus, rentré sur son siège, le suivit six mois après au jugement de Dieu.

Saint Maxime, le plus docte et redoutable adi^ersaire des monothélistes, avait mérité, lui aussi, a couronne du martyre. Conduit de Rome à Consantinople, il eut à y soutenir tous les assauts et es repoussa victorieusement. Pour l'en punir, on ui signifia une sentence qui le condamnait à être biietté avec des nerfs de bœuf, à avoir la main Iroile coupée et la langue arrachée, et après avoir :té promené dans cet état à travers la ville, à aller Qourir dans une forteresse, au pays des Larses.Ce ui fut aussitôt exécuté (662).

La tyrannie de l'empereur Constant, couronnée, ômme on l'a vu, par ses exactions et ses violences Q Italie et à Rome, après sa fuite à Constantiople, prit fin par sa mort tragique (668). Son fils,

Constantin Pogonat, suivait une meilleure voie. L'hérésie des monothélistes avait perdu plutôt que g'dgaé du terrain en Orient, grâce à la fermeté des pontifes romains; toutefois, elle y comptait encore de nombreux et puissants défenseurs. Voulant en finir, Constantin demanda au pape des hommes instruits et sages pour conférer avec les patriar" ches orientaux dans une assemblée d'évêques aussi nombreux que possible. Afin de préparer cettj réunion solennelle, le pape saint Agathon demandî aux évèques des trois grandes puissances d'Oc^ cident de se réunir et d'envoyer à Rome des cW puté» avec leurs décisions, au concile préparatoire qu'il convoquait lui-même à Rome, et qui devint comme le concile de tout l'Occident (679V A la suite de ce grand synode, saint Agathon écrivit deux lettres à rempereur,rune au nom du concile romain, et remise à ses députés, représentant TEglise d'Occident, l'autre en son propre nom, dans laquelle il exposait longuement la doctrine catholique, notamment sur l'article des deux volontés et des deux opérations. Il la remit à ses propres députés ou légats, en leur enjoignant de s'y conformer en tout.

Le concile s'ouvrit enfin à Constantinople, sous la présidence des trois légats du siège apostolique, dans une des pièces du palais impérial dite salle du Dôme, d'où son nom de concile m TruKo (680-682). C'était le troisième concile œcuméniqiie tenu dans cette ville. Les premières sessi ons furertt consacrées à Tcxamen de toutes les piè(5es, à la

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lecture des tettres de saint Agathon, qui furent acclamées, et à l'audition des monothélistes, ayant ;\ leur tête Macaire, patriarche d'Antioche. Dans la huitième session et les suivantes, Macaire fut déposé, dég'radé et exclu du concile, ainsi que les monothélistes qui le suivaient ; les patriarches Serg'ius, Pyrrhus, Paul et Pierre, évêques de Constantinople. Cyrus d'Alexandrie, Tévêque Théodore de Pharan, furent anathématisés, et aussi le pape Honorius, pour le motif qu'on a dit plus haut. Dans la dernière session, les Pères consacrèrent de nouveau la foi catholique renfermée dans les symboles de Nicée et de Constantinople, et définirent spécialement, contre les monothélistes, dans les termes mêmes du pape Ag-athon : « qu'il y a en Jésus-Christ deux volontés distinctes, mais non contraires , et deux opérations naturelles , sans confusion et sans division ». Ils envoyèrent les actes du concile au pape, avec une lettre synodale, pour lui demander la confirmation, en même temps qu'ils prièrent l'empereur d'appuyer l'exécution de leurs décrets par un édit. Saint Agathon étant mort vers la fin du concile, ce fut son successeur, saint Léon II, qui reçut la lettre synodale et qui confirma les décisions des Pères de Constantinople.

Arrivé au trône, l'empereur Justinien II, dont les deux règnes furent à l'envi fastueux et sanglants, avait promis au pape de faire respecter les décisions du concile. Cependant l'esprit sophistique et irréfléchi des Orientaux, leur peu d'intelligence

et d'amour de ranité calholique les pousscrcnl à agir encore contre cette unité d'une nouvelle manière. En 691 ou 692 s'assembla dans la môme salle du Dôme (m Trullo) un concile de leurs évêques, convoqué par le même empereur. Le pape n'y avait point envoyé de légats, et les Occidentaux n'y prirent aucune part. Cela n'empêcha pas les Grecs de dénommer sixième concile œcuménique cette assemblée, comme si elle ne faisait qu'une avec le concile tenu dix ans auparavant. Il y avait eu cela le dessein de justifier leurs innovations, qui renversaient l'antique discipline sur plus d'un point capital, et de faire croire que l'Eglise universelle censurait les Pontifes romains qui lui étaient invariablement fidèles. Quoi qu'il en soit de certaines décisions de cette assemblée conformes à la doctrine de l'Eglise, elle prépara l'éternel asservissement des Eglises d'Orient et l'irrémédiable avilissement de leur clergé.

Le prétexte de cette réunion , que les Grecs appelèrent aussi concile qninisexie, comme étant le complément des cinquième et sixième conciles œcuméniques, futque ces conciles ne s'étaient occupés que des questions de foi, et avaient omis de restaurer la discipline ecclésiastique. On dressa donc nombre de canons sur cette matière. L'un d'eux interdisait l'entrée du sanctuaire dans l'église à tout laïque, excepté l'empereur. Un commentateur grec de ce canon dit que les empereurs chrétiens entrent dans le sanctuaire quand ils veulent, et qu'ils encensent comme les pontifes. Un autre canon porte que l'ordre ecclésiastique

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doit suivre, pour Fordre des cités, les ordonnances de l'empereur. Le même commentateur expose que, par là^ est donné à l'empereur le droit de créer des évêchés, d'en ériger d'autres en métropoles, d'en régler les élections et l'administration selon son bon plaisir. En même temps que les Grecs asservissaient ainsi l'Eglise au pouvoir impérial, ils consacraient l'ambition des patriarches de Hyzance, en déclarant que le siège de cette ville aurait, les mêmes privilèges que celui de Home, comme étant le second après lui. On décrétait que le jeûne du samedi, observé depuis longtemps à Rome, devait y être proscrit sous peine d'excommunication pour les laïques et de déposition pour les clercs. Un autre canon, qui devait choquer davantage les Latins, parce qu'il était formellement contraire au célibat ecclésiastique, tel qu'il était pratiqué dans l'Eglise latine, permettait aux prêtres, diacres, mariés avant leur ordination, de vivre maritalement avec leurs femmes, et n'exigeait la continence que des seuls évêques.

Juslinien II voulait à tout prix que le pape, qui était alors Sergius, reconnût et confirmât ce concile. Sergius ne voulut pas même en recevoir les actes ni permettre qu'on les lui lût : il déclara qu'il souffrirait plutôt la mort que de consentir à de nouvelles erreurs. Justinien voulut le faire enlever de Rome par son grand écuyer, Zacharie; mais toute la milice, même celle de Ravenne, et le peuple accoururent à la défense du généreux pontife. Zacharie, sauvé de leur colère par Sergius, se rembarqua et alla dire à son maître que le pape

était plus puissant que lui en Italie (698). Justinien^ n'eut pas le temps de se venger. Son fils Léonce le détrôna et le fit mutiler, ainsi qu'on l'a vu plui haut. L'Orient achevait le septième siècle au miliei des sano^lantes tragédies de palais, et en se précipitant désormais dans les hontes et les excès di Bas-Empire.

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