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CHAPITRE PREMIER L'Œuvre des Apôtres

Les Actes des Apôtres, rédigés par Tévangéliste saint Luc, disciple des apôtres et compagnon de saint Paul, foi:it connaître les faits les plus importants de la fondation et de la propagation de TEglise jusqu'à la captivité de son maître à Rome vers Tan 60, et spécialement ceux qui concernent T^s saints apôtres Pierre et Paul. Ils seront notre guide dans cette partie du récit.

Après l'Ascension de Notre Seigneur, les apôtres, fidèles à sa recommandation, s'étaient retirés dans le cénacle avec les premiers disciples. Ce fut là le berceau de l'Eglise. Pour se préparer à la venue du Saint-Esprit qui leur avait été promise, tous

persévéraientunaDimemeiit dans la prière, en compagnie des saintes femmes, et de Marie, Mère de Jésus, qui était l'âme de cette pieuse assemblée.

Durant cette attente, Pierre se leva au milieu de ses frères. Ils étaient au nombre d'environ centvingt. Pierre les invita à désigner Tun de ceux qui avaient suivi les enseignements du Sauveur pour prendre parmi les Douze la place de Finfâme Judas, afin que s'accomplît la prophétie du psaume qui, en prédisant sa trahison, annonçait aussi son remplacement. Deux d'entre eux furent proposés : Joseph, surnommé le Juste, et Mathias. Après que tous eurent supplié leSiiint-Espritde diriger l'élection, les deux noms furent tirés au sort, et Mathias entra dans le Collège apostolique.

Le dixième jour, coïnme s'accomplissaient les jours de la Pentecôte, l'Esprit de vérité, le Consolateur que Jésus avait promis d'envoyer aux siens pour les confirmer dans toute sa doctrine et les assister jusqu'à la lin des siècles, descendit visiblement sur eux dans le cénacle, en manifestant sa présence par un souffle impétueux qui, venant du ciel, ébranla toute la demeure, et par l'apparition de langues de feu au-dessus de la tête de chacun d'eux, symbole de la lumière divine, du zèle brûlant et de l'ardeur de l'amour dont il remplissait leurs âmes en cet instant. Ignorants jusque-là, i les apôtres se sentent tout à coup illuminés des plus vives clartés de la science et de la foi ; faibles et timides, ils deviennent animés d'un courage invincible, d'une intrépidité à toute épreuve, pour rendre témoignage au Christ qui les envoie

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et prêcher ses enseignements à la face de tous.

Les fêtes de la Pentecôte alliraient chaque année à Jérusalem non seulement un grand nombre de Juifs de Palestine, mais aussi une multitude de ceux qu'on appelait « les juifs de la dispersion », mêlés à la gentilité et habitant les contrées les plus diverses, dont 1a langue était devenue la leur : Parlhes, Elamites, Mésopolamiens, gens de Cappadoce, du Pont, de la Phrygie, de TEgypte, etc..

La foule s'est assemblée au bruit de ce qui se passe. Les apôlrcs, qui s'étaient tenus cachés par crainte pendant ces jours, viennent hardiment à elle, et commencent à lui parler. 0 prodige! Ces obscurs galiléens possèdent toutes les langues dont usent les pèlerins venus de tous pays, et ceuxci en sont frappés de stupeur. Un concours énorme de peuple se produit; on s'agite, on commente. Pierre élève alors la voix au nom de tous ses frères : appuyant chacune de ses paroles sur les prophéties, il montre à celte multitude dans un événement si miraculeux la réalisation des oracles sacrés; il retrace la mission divine que le Christ a reçue de son Père et ses œuvres, il rappelle aux déicides la mort infâme qu'ils lui ont fait subir, et il proclame hautement sa résurrection, dont ses apôtres se déclarent témoins. L'Esprit d'en haut qui enflamme son discours agit en même temps sur ses auditeurs par la grâce. Ou'avons-nous à faire? crie-t-on de toutes parts aux apôlres avec componction. — Faites pénitence, répond leur chef, et recevez le baptême au nom de Jésus- Christ, pour la rémission de vos péchés. Puis, il

exhorte fortement les âmes sincères à se séparer d'une génération perverse. Environ trois mille hommes entendent cet appel et reçoivent le baptême. Le premier noyau de 1 Eglise est formé.

Les apôtres ne craignent plus maintenant de se montrer en public. A quelques jours delà, Pierre et Jean se rendaient au temple. Or, sous un des portiques, se tenait un mendiant, paralysé des jambes depuis sa naissance, et qui se faisait porter là chaque jour, pour demander l'aumône. Comme il sollicitait les deux apôtres, Pierre lui dit : Je n'ai ni or ni argent ; ce que je puis faire pour toi, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève4oi et marche. Il le prit par la main; le paralytique se dressa sur ses pieds et les suivit agilement dans le temple, en bénissant Dieu. Tout le monde connaissait cet infirme. La foule qui remplissait le temple à cette heure de la prière accourut autour du miraculé et des deux apôtres. Ce fut pour Pierre l'occasion d'un nouveau discours de salut. Pourquoi nous regardez-vous, dit-il à ce peuple, comme si ce prodige émanait de notre propre vertu? Le Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et de nos pères a voulu glorifier par ce prodige son Fils que, vous, vous avez crucifié alors que Pilate le jugeait innocent, et à qui vous avez préféré un brigand homicide. Vous avez tué l'auteur de la vie, mais Dieu l'a ressuscité, nous en sommes témoins. Puis, tempérant la vigueur de cette apostrophe, il excuse le crime sur leur ignorance, et presse ce peuple de faire pénitence, de se convertir, d'entrer ainsi en possession du salut dont TolTre s'adres-

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sait d'abord à lui. La divine action de la grâce ne fut pas moins efficace en cette circonstance que le jour de la Pentecôte. A la suite de cette seconde prédication, près de cinq mille hommes se rendirent et vinrent s'adjoindre à l'Eglise.

Mais les ennemis du Christ, qui l'avaient persécuté vivant, ne pouvaient voir sans un violent dépit que Jérusalem tout entière s'émût à Tannonce de sa résurrection, confirmée par ses miracles. Pierre et Jean parlaient encore au peuple dans le temple, lorsque les princes des prêtres, les officiers du temple et les sadducéens vinrent mettre la main sur eux et les emprisonnèrent, pour les citer le lendemain devant l'assemblée de leurs chefs, des anciens et des scribes. En vertu de quelle puissance et eu quel nom, leur demanda-t-el!e, avezvous opéré cette guérison ? — Que tous sachent, répondit Pierre, rempli de l'Esprit-Saint, que si cet infirme paraît devant vous en parfaite sanlé, c'est par la vertu du nom de Notre Seigneur Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d'entre les morts. Il n'y a de salut pour les hommes qu'en son nom. Déconcertés par l'évidence dii prodige et par l'assurance surprenante avec laquelle parlaient ces apôtres qu'ils connaiss.Ment pour des hommes sans culture ayant vécu avec Jésus, leurs juges les firent sortir de la salle du conseil, pour délibérer sur le moyen de leur fermer la bouche. La grande publicité du miracle et l'enthousiasme qu'il excitait dans le peuple ôtaient toute possil.ulité de les confondre. On s'arrêta au parti de leur interdire toute prédica-

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tion au nom du Christ. Mais, quand cette décision leur fut notifiée : Jugez- vous-mêmes, répondirentils, si l'on ne doit pas obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes; nous ne pouvons pas ne pas professer ce que nous avons vu et entendu. Alors, sentant qu'on n'avait pour l'heure aucune prise sur eux, on les renvoya avec de g^randes menaces. Pierre et Jean revinrent auprès de leurs frères et leur firent part de ce qui s'était passé. Comme tous s'étaient mis en prières pour obtenir la grâce de remplir courageusement leur mission en dépit de ces menaces, ils furent de nouveau remplis du Saint- Esprit, et se mirent à répandre avec confiance la parole de Dieu. La même vertu qui avait opéré ces premiers prodiges les multiplia pour appuyer leur prédication : de tous côtés on apportait à leurs pieds les infirmes, afin, dit saint Luc, qu'au moins l'ombre de Pierre passât sur eux, et tous étaient g-uéris. Aussi les conquêtes de la foi allaient-elles croissant.

Une incroyable ferveur, soufflée par l'Esprit- Saint, rég"nait dans l'assemblée des premiers fidèles, et leur inspirait une charité nf>utuelle, un détachement dont la g-énérosité ne connaissait pas de bornes. De même qu'ils ne formaient entre eux qu'un cœur et une âme, ils mettaient en commun tous leurs biens. Des champs et de la ville, tous les possesseurs venaient apporter aux apôtres le prix de leurs propriétés vendues, afin qu'ils en répartissent le produit selon les besoins de chacun. Rien n'était plus salutaire qu'un tel désintéresse-

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ment pour ces converlis précédemment animés d'un esprit tout charnel. Ils y furent confirmés par le terrible exemple d'Ananie et de Saphire, sa femme, que Pierre foudroya l'un après l'autre à ses pieds, pour avoir usé de fraude dans leur sacrifice en la couvrant d'un mensong-e à l'égard de Dieu. Les croyants se réunissaient dans de fraternelles ag-apes, ordonnancées par les apôtres. Mais, outre le temps que ces soins dérobaient à leur ministère, une autre difficulté s'éleva peu après, née des plaintes de plusieurs Juifs hellénisants, c'est-à-dire de Juifs de la dispersion, au gré desquels les femmes de leurs nations étaient moins bien traitées que les autres. Les apôtres en profitèrent pour se décharg-er. Ils invitèrent l'assemblée à élire sept de ses membres, connus par leur esprit de sagesse et de sainteté, qui, consacrés sous ie nom de diacres, vaqueraient à ce ministère temporel, tandis qu'eux-mêmes se voueraient exclusivement désormais à celui de la prédication. Parmi les diacres élus était Etienne, qui devait cueillir le premier la palme du martyre.

Le peuple glorifiait les disciples du Christ en voyant les merveilles qu'ils opéraient, et le nombre des fidèles s'augmentait de plus en plus. Il devenait urgent pour les membres du sanhédrin d'enrayer ces conversions. Le prince dos prêtres, de concert avec les sadducéens, fit arrêter les apôtres et les jeta on prison. Mais un ange vint les délivrer pendant la nuit, et leur manda de retourner au temple pour y prêcher la parole de vie. C'est là que leurs

ennemis les découvraient le lendemain, après avoir constaté avec stupear que la prison était vide. La crainte d'être lapidés par le peuple empêcha les sanhédrites d'user de violence à leur égard, mais les apôtres ne refusèrent pas de comparaître devant le Conseil. Alors on leur reprocha d'avoir enfreint la défense portée. Voilà, leur cria-t-on, que vous remplissez tout Jérusalem de ce nom et de votre doctrine, et que vous faites retomber sur nous le sang- du Christ. Pierre et les autres apôtres répétèrent qu'il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Le Dieu de nos pères, dirent-ils encore, a ressuscité ce Jésus que vous avez mis en croix ; il l'a établi à sa droite pour être le Sauveur d'Israël par la pénitence et la rémission des péchés ; nous sommes les témoins de ces vérités. En les entendant, les sanhédrites suiToquaient de fureur et voulaient condamner les apôtres à mort. Mais l'un d'eux, Gamaliel, réputé pour sa science profonde de la loi et pour sa sagesse, intervint. Il rappela que plusieurs tentatives faites précédemment pour détourner le peuple s'étaient terminées par un avortement complet : laissez aller ces hommes, conseilla-t-il, si leur entreprise est humaine, elle échouera ; si elle vient de Dieu, vous ne pourrez rien contre elle et vous vous trouveriez en opposition avec lui. Sur cet avis, on renonça au projet de sentence capitale, mais les apôtres, introduits de nouveau, furent condamnés à une honteuse flagellation, après laquelle on les renvoya en leur intimant de nouveau la défense de prêcher au nom de Jésus. Ils se retirèrent pleins de joie d'avoir

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souffert pour ce nom sacré, et ils ne cessaient de l'annoncer chaque jour dans le temple et dans les demeures particulières.

Ils avaient de zélés coopërateurs dans les ministres qu'ils s'étaient attachés. Entre tous les autres, le diacre Etienne, plein de grâce aux yeux de Dieu et de couraj^e, multipliait devant le peuple les prodiges qui accompagnaient ses paroles. Les membres d'une synagogue composée de juifs hellénisants tentèrent d'entrer en discussion avec lui, mais ils ne pouvaient résister à la sagesse que TEsprit-Saint lui donnait. Alors ils subornèrent de faux témoins pour l'accuser devant le sanhédrin de blasphémer contre le temple, contre la loi de Moïse, et de vouloir abojir les traditions du grand législateur d'Israël. Ainsi mis en cause devant le Grand Conseil, saint Etienne retrace à longs traits devant ses juges l'histoire du peuple choisi qui leur donne tant d'orgueil, la mission de Moïse, ses grandes œuvres, l'ingratitude dont il a été payé, les longues infidélités d'Israël envers Dieu, l'érection par Salomon d'un temple dont le Seigneur a fini par répudier les sacrifices, et s'élevant tout d'un coup à l'apostrophe véhémente : Hommes à la tète dure, leur cria-t-il, incirconcis de cœur et d'oreilles, comme vos pères ont toujours résisté au Saint-Esprit, vous lui résistez aussi. Quels prophètes n'ont-ils pas mis à mort ? Ils ont fait périr ceux qui leur annonçaient la venue du Juste, et vous, vous l'avez trahi et vous êtes rendus coupables d'homicide sur lui. La Loi ! vous l'aviez

reçue de la main de Dieu, et vous ne Tavez pas observée. A ce discours, les Juifs séchaient de fureur et grinçaient des dents. Soudain, Etienne leva les yeux au ciel et s'ccria : Je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme qui se tient à la droite de Dieu. Sur ces mots, tous poussèrent des cris et se bouchèrent les oreilles, comme si c'était un blasphème épouvantable^ et se levant en tumulte, ils entraînèrent le saint diacre hors de la ville, où ils le firent périr par lapidation, tandis qu'il priait Dieu de recevoir son âme et de pardonner à ses bourreaux.

Cette exécution tragique, qui montre à quel degré les progrès de l'Evangile avaient excité la haine des Juifs, devint le signal d'une persécution violente à Jérusalem et dans toute la région. Pendant qu'on lapidait saint Etienne, un jeune juif, nommé Saul, originaire de Tarse, en Cilicie, s'était constitué avec empressement gardien des vêtements dont ces impies s'étaient dépouillés pour remplir plus à l'aise leur besogne sinistre. Dans le déchaînement qui suivit, nul ne surpassa son ardeur à pourchasser les disciples du Christ. Il pénétrait dans les maisons et faisait arrêter tous ceux qu'il pouvait y découvrir ; aussi nombre d'entre eux s'éloignèrent pour un temps de la cité sainte. Bientôt Saul, ne respirant que haine et carnage, demanda au prince des prêtres des lettres l'accréditant près de la synagogue de Damas, afin que s'il trouvait dans cette ville des hommes ou des femmes gagnés à Jésus, il pût les amener, chargés de chaînes, à Jérusalem. L'Eglise, en effet, étendait

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ses premières conquêtes dans tout le pays. C'était vers l'an 35.

Saul partit donc, mais le Seigneur l'attendait là. Dieu, maître des coeurs et aux yeux de qui l'impétuosité des passions ne dérobe pas la vue du bien que de riches et puissantes natures pourraient accomplir une fois conquises par sa grâce, avait prédestiné ce persécuteur à devenir une colonne de son Eglise. Aux approches de Damas, Saul fut terrassé par l'éclat d'une lumière fulgurante qui l'enveloppa, et, en même temps, il entendit une voix venant du ciel qui lui disait : Saul, Saul pourquoi me persécutes-tu ? — Qui êtes-vous. Seigneur ? — Je suis Jésus, que tu persécutes. Il t'est difficile de regimber contre l'aiguillon qui te presse. C'était l'aiguillon de la grâce, stimulant peut-être les doutes secrets de Saul et les remords qu'il étouffait. Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? dit-il, stupéfait et tremblant. — Lève-toi, entre dans la ville, là on te dira ce que tu dois faire. Saul se releva, mais il avait perdu la vue. Ses compagnons le prirent par la main pour le conduire. Pendant trois jours il demeura aveugle et ne prit aucune nourriture. A Damas, un disciple du Sauveur, nommé Ananie, venait d'avoir une vision dans laquelle Jésus lui ordonna de se rendre près de Saul dans la maison qu'il lui indiqua ; et comme ce pieux homme représentait à son Maître la terreur que ce nom seul inspirait : Va, lui fut-il répondu, car celui-là est pour moi un vase d'élection ; il doit porter mon nom devant les Gentils, devant les rois et devant les fils d'Israël. Au même

moment, une autre vision montrait à Saul Ananie entrant près de lui, et lui imposant les mains pour lui rendre la vue. Ananie accomplit sa mission : Saul, mon frère, dit-il, le Seigneur Jésus qui vous est apparu sur le chemin, m^envoie pour que la vue vous soit rendue et que vous soyez rempli de TEsprit-Saint. Aussitôt une sorte d'écaill^se détacha des yeux de Paul, il recouvra la lumière, et, docile à se faire instruire, il reçut le baptême.

Le persécuteur était transformé en apôtre. Il demeura quelques jours à Damas avec les autres disciples et se mit bientôt à parcourir les synagogues, y soutenant partout que Jésus est Fils de Dieu. Les auditeurs, se rappelant ce qu'il avait été jusque-là et pourquoi il était venu à Damas, n'en pouvaient croire leurs oreilles. Mais Saul les pressait avec insistance, confondait leurs arguments, et répétait avec encore plus de force que Jésus était ie Christ. A la longue, leur colère s'enflamma ; ils complotèrent de le faire mourir. Les portes de la ville étaient gardées de jour et de nuit pour s'empareitde sa personne, mais ses frères parvinrent à le faire échapper en le descendant la nuit des remparts dans une grande corbeille.

Saul vint à Jérusalem et chercha à s'adjoindre aux disciples, mais le souvenir de ses sévices empêchait ceux-ci de croire à sa conversion. Barnabe, l'un des plus zélés, et qui devait être plus tard le compagnon de FApôtre des Gentils dans ses missions, le prit et le conduisit aux apôtres. Saul leur raconta comment le Seigneur lui était apparu et quelle avait été sa conduite à Damas. A partir de

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ce jour, Saul se joigriit à eux; il circulait avec eux dans Jérusalem pour annoncer le Christ ; il se mit aussi à le prêcher avec force aux païens ; mais comme ceux-ci cherchaient à le faire mourir, ses frères l'emmenèrent à Césarée et le firent partir de là pour Tarse.

Ceux que la persécution avait dispersés portaient ailleurs la parole de Dieu. Le diacre Philippe s'était rendu à Samarie. Sa prédication, accompagnée de miracles nombreux, y produisait des fruits étonnants. Toute la ville était dans l'allég-resse, et Philippe gag"nait si bien les cœurs qu'un magicien fameux, nommé Simon, qui, par ses artifices, se faisait passer jusque-là pour un homme extraordinaire et avait fasciné le peuple, se vit abandonné par une foule d'hommes et de femmes qui demandaient le baptême. Lui-même, ébranlé par les merveilles dont il était témoin, adhéra au Christ et fut baptisé. La nouvelle de si nombreuses conversions étant parvenue aux apôtres, Pierre et Jean vinrent à Samarie imposer les mains aux nouveaux fidèles et leur donner le Saint -Esprit. Simon le magicien, qui regrettait son prestige perdu, ambitionna le pouvoir de communiquer ce don comme eux, et, tout charnel encore, osa leur proposer de l'acheter à prix d'argent. C'est d'un pareil trafic des choses saintes qu'est venu le nom de simonie. Qu'à cause de cela ton argent soit en perdition avec toi, répondit Pierre, car ton cœur n'est pas sincère devant Dieu, fais pénitence pour qu'il te pardonne. Simon s'humilia, mais, plus tard, l'or-

gueil Tentraîna [de nouveau. Pierre le retrouvera en face de lui à Rome.

Les apôtres revinrent à Jérusalem en évangélisant le pays des Samaritains. Philippe, sur Tordre de Dieu, prit la route qui, de cette ville, descendait à Gaza, et quand passa, sur son char, un eunuque de Gandace, reine d'Ethiopie, intendant de ses trésors, Philippe fut averti de Taborder. L'eunuque, qui revenait de la cité sainte où il s'était rendu pour adorer le Seigneur, tenait entre ses mains le livre d'Isaïe, ouvert à ses prophéties sur le Christ, mais elles demeuraient pour lui lettre fermée. Philippe, prenant place sur le char, lui en révèle Texplication, l'instruit de la foi, et, séance tenante, sur la demande de cet homme droit, le baptise dans un cours d'eau qu'ils rencontrent sur leur chemin.

Jésus avait annoncé qu'il avait d'autres brebis que celles d'Israël, et qu'il voulait les amener à son bercail. Leur admission ne pouvait manquer de jeter le désarroi parmi les Juifs qui y avaient déjà fait leur entrée. Il était réservé au Ghef des Apôtres d'y procéder le premier, dans une circonstance solennelle, avant que Saul, devenu l'apôtre saint Paul, se fît celui des Gentils. La persécution apaisée pour le moment, l'Eglise se propageait dans toute la Judée, en Galilée et en Samarie, et elle s'accroissait dans les consolations du Saint-Esprit. Pierre passait partout, semant les conversions el les prodiges sous ses pas. Parmi les fidèles d( Lydda, il avait rencontré un paralytique, nommt

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(EnéCj cloué depuis huit ans sur sonlit.Œnëe, lui dit-il, le Seigneur Jésus vous guérit ; levez-vous. Et ce miracle provoqua d'autres conversions nombreuses dans la ville et aux environs. A Joppé, une femme pieuse, appelée Dorcas, toute dévouée à de bonnes œuvres, venait de mourir. On accourut chercher Pierre à Lydda. 11 vint, fit sortir de la pièce, où reposait le corps de la défunte, les parents, les^; pleureuses, s'agenouilla pour prier, puis il commanda à la morte : Ma fille, levez-vous. Elle ouvrit les yeux, et, à la vue de Pierre, se redressa vivante. Ce jour-là, l'Eglise recruta encore nombre de fidèles parmi les Juifs.

Ce fut à Joppé que Pierre eut la révélation de l'appel des Gentils. 11 avait fixé pour un temps sa demeure chez un corroyeur nommé Simon. Un jour, il était monté sur la terrasse de la maison pour y prier à l'heure de sexte — car les disciples du Christ observaient encore beaucoup de prescriptions mosaïques, — etquand, après avoir prié, il demanda son repas, il fut ravi en extase pendant qu'on le lui préparait. Le ciel s'ouvrit à ses yeux, et il en vit descendre un voile immense, retenu par lesquatre coins, et contenant une foule de quadrupèdes, d'oiseaux et de reptiles. En même temps, une voix d'en haut lui disait : Pierre, lève-toi et mange. — Je m'en garderai bien^ Seigneur, répondit-il, car jamais je n'ai touché à ce que la Loi dé- I clare impur. Selon la Loi, en effet, on contractait souillure en mangeant certains animaux ; mais la I vision, dont le sens échappait alors à l'apôtre, J symbolisait une autre souillure légale, celle qui ré-

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sultait du contact avec les païens. N'appelle pas impur, reprit la voix, ce que Dieu a purifié. Trois fois le voile descendit et la voix se fit entendre, puis il fut remonté au ciel. Pierre demeurait incertain et anxieux, mais aussitôt Texplication lui vint.

A Gésarée de Palestine se trouvait un centurion de la cohorte appelée Italique, nommé Cornélius. Cet homme, quoique païen, vivait dans la crainte de Dieu, y tenait toute sa maison, priait et faisait beaucoup d'aumônes. Le Seigneur l'en récompensa en Fappelant à entrer, le premier des Gentils, dans son Eglise. La veille du jour où Pierre eut sa vision énigmatique, un ange apparut à ce centurion et lui dit d'envoyer quérir Pierre à Joppé chez son hôte, pour apprendre de lui ce qu'il avait à faire. Les deux soldats de sa maison qu'il lui délégua arrivèrent au moment où l'on a vu l'apôtre tenu en suspens, et comme ils s'informaient de sa présence, l'Esprit-Saint lui dit : Allez avec eux en confiance, car c'est moi qui les ai fait venir. Pierre descendit à leur rencontre, et ils lui firent connaître la vision de leur maître. Pierre, accompagné de plusieurs disciples, les suivit à Gésarée. Il trouva Gornélius qui l'attendait, entouré de tout son monde et de ses amis. Le païen se prosterna à ses pieds et lui fil le récit de l'apparition et des paroles de l'ange.! Nous sommes prêts, ajouta-t-il, à entendre tout ce que le Seigneur vous inspirera. — Je constate en vérité, s'exclama Pierre, que Dieu ignore les acceptions de personnes. Devant Juifs et païens réunis, il rappela la mission, la vie et les œuvres

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du Fils de Dieu envoyé sur la terre pour le salut de tous par la foi en lui et la pénitence qui obtient la rémission des péchés, la résurrection du Christ, souverain jug-e des vivants et des morts ; et il renouvela le témoignage que les apôtres rendaient partout à Jésus sorti du tombeau. A ce moment, l'Esprit-Saint descendit sous une forme sensible sur tous ses auditeurs indistinctement: les juifs, parmi eux, furent dans la stupéfaction en voyant que la même faveur céleste était impartie à des païens. Oui pourrait s'opposer à ce qu'ils soient baptisés, dit alors Pierre, quand le Saint-Esprit est descendu sur eux comme sur nous ? Et il les fit participer au sacrement de régénération. Un acte d'une portée immense venait- de s'accomplir. Lorsque les autres apôtres et les fidèles de Judée l'eurent appris, l'émotion fut très vive chez eux. Pierre, de retour à Jérusalem après avoir passé quelques jours à Césarée, eut à subir les contestations des circoncis, qui lui reprochaient d'avoir frayé avec ceux dont la loi interdisait le contact. Mais il leur fit en détail le récit de tout ce qui était arrivé; l'évidence s'imposa et tous conclurent : Dieu appelle donc aussi les Gentils à la pénitence et a la vie. Ils l'en glorifièrent. Néanmoins cette coexistence d'éléments si opposés dans le sein de l'Eglise ne devait pas tarder à soulever des questions délicates sur les prescriptions de la loi qui, aux yeux des Juifs, conservaient encore leur force obligatoire pour tout serviteur du vrai Dieu.

D'autres fidèles, dispersés par la persécution,

avaient porté la parole de Dieu jusqu'en Phcnicie, dans l'île de Chypre et à Antioche de Syrie, ne prêchant toutefois qu'aux Juifs. Quelques Gyprioles et Gyrcnéens s'adressèrent cependant ensuite aux Grecs d'Antioche. L'Evang-ile fit de si grands progrès dans cette Aille, que les apôtres y envoyèrent Barnabe pour y développer son esprit. Une grande multitude embrassa la doctrine du Christ, et c'est là qu'on commença à appeler ses disciples d'un nom dérivé du sien, celui de chrétiens. Barnabe voyant la moisson exceptionnellement féconde, alla chercher Saul à Tarse dans sa retraite, et tous deux passèrent ensemble une année à cultiver une si excellente terre.

Cependant l'Eglise ne devait pas s'endormir dans cette prospérité naissante. Vers l'an 43, la persécution fut renouvelée par le roi Hérode-Agrippa I^^", guidé par le souci de flatter la nation juive. L'apôtre Jacques le Majeur, frère de saint Jean, arrêté par son ordre, fut décapité, précédant ainsi les autres dans le témoignage du sang. Pierre lui-môme, étant venu à Jérusalem, fut saisi, jeté en prison et étroitement gardé. On était dans les jours de la Pâque ; le roi attendait qu'il fussent écoulés, pour instruire solennellement devant le peuple le procès du chef de la nouvelle doctrine. Mais dans la nuit qui précéda l'heure de cette comparution, et tandis que l'Eglise tout entière ne cessait de prier poun que son Pasteur lui fût rendu, un ange apparut à i Pierre dans sa prison, détacha les liens qui le tenaient enchaîné à ses geôliers, lui fit prendre ses

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habits, ses sandales, puis lui dit de se lever et de le suivre. Les portes de fer s'ouvrirent devant eux, et Tano-e Taccompa^na jusqu'à ce qu'il fut en sécurité. L'heure du martyre étail encore éloignée pour Pierre. Celle de la veng-eance divine sonnait déjà pour le persécuteur. Descendu à Césarée, Hérode- Agrippay recevait les basses adulations d'un peuple qui attendait de lui des subsides et Tacclamait comme un Dieu, quand l'ang-e du Seigneur le frappa, et il mourut dévoré vivant par les vers. Avec lui prit fin l'antique royaume de Juda.

Pierre avait d'abord transféré son siège épiscopal dans le centre florissant d'Antioche.Mais, quelques années plus tard, il vint planter la croix de Jésus-Christ en face du Capitole. Dieu avait destiné la capitale de l'empire romain, reine du monde et centre de l'idolâtrie, à devenir la capitale du monde chrétien. Le Chef des Apôtres y maintint désormais le siège de son gouvernement. La tradition fixe à vingt-cinq années la durée du pontificat qu'il y exerça (42-07).

Les Juifs avaient à Rome une colonie prospère, comme en beaucoup de villes de l'empire ; elle fournit biantôt à l'apôtre un noyau de fidèles. Cette colonie occupait principalement le quartier du Tibre. La familled'Aquila et de Priscille, hôtes de l'apôtre qu'il convertit, le mit en relations avec Pudens, sénateur de la famille ou ffens des Cornelii, l'une des branches les plus antiques et les plus illustres de l'aristocratie romaine. De proche en proche, par les affinités de cette famille avec la ^ens Çœcilia et

la gens Pomponia, le christianisme gagna rapidement dans le patriciat romain. On voit une jeune fîlio de la gens Flavia, Pétronilla, initiée à la foi par saint Pierre et vouée à ce père par un inviolable attachement. L'apostolat de saint Paul développa encore ces conquêtes ; bientôt les plus nobles familles donnèrent leurs fils et leurs filles à l'Eglise, la cour impériale se remplit secrètement de chrétiens, la maison de César elle-même en compta dans son sein. A de si hautes adhésions se joignirent celles d'une foule de gens de la classe moyenne et du peuple. Les monuments historiques attestent que du temps même des apôtres les chrétiens étaient en très grand nombre à Rome. Les historiens païens eux-mêmes en témoignent. 11 suffit de citer Tacite, disant que la persécution de Néron, dont saint Pierre et saint Paul furent victimes, en fit périr « une grande multitude » .

Cependant, Pierre n'enfermait pas dans la capitale l'exercice de son apostolat. D'Antioche, il avaii rayonné dans toute la Palestine et entrepris la conquête des provinces d'Asie. Le Pont, la Cappadoce, la Bythinie avaient reçu de lui la semence de l'Evangile. De Rome, après y avoir consolidé sor œuvre, ces voyages le conduisirent à travers l'Italit et les Gaules jusque dans la Grande-Bretagne L'Espagne le vit aussi, et il est probable qu'avani de rentrer à Rome, il visita les côtes d'Afrique.

Les Actes des Apôtres donnent naturellement plui de précisions et de détails sur les travaux de sain Paul, parce que saint Luc^ leur auteur, y fut asso

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cié. Nous avons laissé Saiil à Antioche, où Barnabe l'avait fait venir. C/est là, que tous deux reçurent la consécration sacerdotale et épiscopale, et que, sur Tordre du Saint-Esprit, ils furent députés pour exercer l'apostolat auquel était destiné celui qui devait porter le nom du Christ « devant les païens et les princes, aussi bien que devant les enfants d'Israël », d'où lui vient le nom d'apôtre des Gentils. Les Actes nous font connaître principalement trois missions apostoliques qu'il remplit, et dont Antioche fut le centre.

Dans son premier vojag"e, de l'an 44 à Tan 49 environ, ildescend évangéliser l'île de Chypre, puis remonte vers rAsie-Mineure,où les principales stations de son itinéraire sont les villes de Perge en Pamphylie, Antioche de Pisidie, Iconium, Lystre, et Derbé en Lycaonie.

Leur ministère en Chypre amène Saul et Barnabe à Paphos, où le proconsul romain Sergius Paulus lui-môme prête Toreille à leur prédication. Mais un juif, magicien imposteur, Barjésù, jaloux de leur influence, s'efforce de le détourner de la foi. Saul le frappe de cécité en présence du proconsul, et •Sergius Paulus reçoit le baptême. C'est à la suite et en souvenir d'une conversion si éclatante que saint Luc, et l'histoire après lui, ne donne plus à Saul que le nom de Paul. L'illustre néophyte sera plus tard fort utile à l'apôtre dans|Rome.

A Perge, Paul entre avec Barnabe dans la synagogue, un jour de sabbat, et y tient aux Juifs un long discours où il rappelle la vocation de leur peuple, la conduite de Dieu sur lui, ses promesses

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à David. Il en montre l'accomplissemenl dans l'apparition du Christ, précède de son Précurseur ; ; il dit la mort cruelle qu'on lui a infligée, et prêche i avec force la réalité de sa résurrection. Prenez i donc g'arde, conclut-il, de tomber par votre incrédulité sous les menaces des prophètes à Tégard de ceux qui lui refusent leur foi. On pria les missionnaires de parier encore le sabbat suivant, mais déjà nombre d'adhérents leur vinrent et ils pas sèrent la semaine à les fortifier. Toute la vi s'était assemblée pour la seconde nîunion. Cett affluence excita le dépit des Juifs que la prédication de Paul avait déjà fort émus, et ils se mirenten opposition violente avec lui, l'accusant de blasphème. Alors Paul et Barnabe leur déclarèrent : c'est à vous d'abord qu'était due la parole de Dieu, mais, puisque vous la refusez, nous nous tournons désormais vers les Gentils dont le Christ doit être aussi la lumière. Cette lumière fut accueillie par eux avec joie dans la région. Alors les Juifs soulevèrent les femmes les plus considérées et les principaux de la cité contre les apôtres, et les expulsèrent. Ils partirent en secouant la poussière de leurs pieds- Arrivés à Iconium, et entrant dans la synago gue, ils y gagnèrent nombre de Juifs et reçurent aussi l'adhésion de plusieurs païens. D'autres, au contraire, et en plus grand nombre, s'élevèrent con- | tre eux, et comme leur prédication, soutenue par les miracles, devenait de plus en plus efficace, juif et païens voulurent les lapider. Ils s'enfuirent en Lycaonie.A Lystre, l'accueil fut d'abord triomphal, parce que Paul, rencontrant un paralytique qu'il

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vit disposé à embrasser la foi, lui rendit d'un mot l'usage de ses membres. Les Gentils virent dans les apôtres des dieux sous forme humaine ; pour eux, Paul, qui portait la parole, était Mercure, et Barnabe, Jupiter. Ce fut à g-rand'peine que les serviteurs du Christ empêchèrent le peuple de les couronner et de leur offrir des sacrifices. Il lui prêchèrent le Dieu du ciel. Mais, peu après arrivèrent d'Antioche de Pisidie et d'Iconium des juifs qui excitèrent contre eux de telles violences, que Paul, entraîné hors de la ville, fiU accablé de pierres et laissé pour mort.

Ce n'était pas de quoi refroidir le zèle de celui dont le Seig^neur avait dit à Ananie: Je lui révélerai que de choses il doit souffrir pour mon nom. Relevé par ses disciples, Paul partit avec Barnabe pour Derbé. Après y avoir porté l'Evangile, ilsre- ()assèrent par Lystre, Iconium et Antioche, exhortant les fidèles à persévérer dans la foi, et leur inculquant qu'ils devaient parvenir au royaume de Dieu par de grandes tribulations. Dans chaque p]i^lise ils établirent des prêtres, mirent en honneur les jeûnes et les prières assidues, enfin, après d'autres pérégrinations, revinrent enfin à Antioche de Palestine, où le récit des fruits abondants de leur ministère remplit l'Eglise de joie et lui fit bénir la grâce de Dieu qui les avait produits.

De graves questions de discipline s'agitaient à Antioche. Elles avaient ramené Pierre de Rome en Judée. On a vu qu'il avait fait entrer le centurion Cornélius de plain-pied, avec ses gens, dans la

communouté clirëtienne, sans faire dans le judaïsme le stag-e jusque-là réputé obligatoire ; et ce fut désormais un point acquis. Mais il restait à affranchir complètement les Gentils néophytes du joug- de la synagogue. On pouvait se demander si leur admission immédiate les dispensait des obligations de la loi juive. Il ne manquait pas à Antioche de chrétiens, arrivés de Palestine, qui soutenaient, que les Gentils convertis, pour se sauver, devaient subir la circoncision et pratiquer les observances de la loi mosaïque. Aux nouveaux convertis dont la liberté était menacée, cette prétention paraissait exorbitante. De là un conflit aigu de part et d'autre. On résolut d'envoyer Paul et Barnabe à Jérusalem pour soumettre la question aux apôtres. Là se trouvèrent des pharisiens convertis qui soutenaient ardemment, eux aussi, la nécessité de la circoncision et des observances légales. Les apôtres s'assemblèrent en concile avec les prêtres (l'an 62), et, comme la discussion y était vive, Pierre se leva pour la trancher en faveur de la liberté. Tous s'inclinèrent. Dans ce concile l'ancienne loi fut abolie. Toutefois, en vue déménager les judaïsants, on étendit aux Gentils un de ses préceptes les plus anciens, facile à observer : « Il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous, fut-il déclaré pour les Gentils, de ne rien vous imposer au delà de ce (|ui est nécessaire, à savoir : que vous vous absteniez de ce qui aura été sacrifié aux idoles, du sang et des chairs étouffées, ainsi que de la fornication ». La conduite de saint Paul à l'égard des païens convertis se trouvait ainsi ratifiée.

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Les juifs devenus chrétiens ne devaient pas tarder, eux-mêmes, à secouer le joug de la loi dont" les Gentils venaient d'être délivrés par le Concile. La loi mosaïque ne pouvait, en effet, passer partout, comme en Palestine, pour une loi nationale ; aussi les juifs d'Antioche, la métropole du christianisme gentil, fnrent-ils les premiers à s'en affranchir. Pierre lui-même, pendant son séjour à Antioche, donna l'exemple, en allant s'asseoir à la table commune, avec les Gentils venus à la foi, sans prendre souci, par égard pour eux, des prescriptions légales sur les mets défendus ou permis. Mais, peu après, il changea de conduite, mû par une semblable condescendance envers les judaïsants, quand plusieurs d'entre eux, venus de Judée, se montrèrent scandalisés de la manière dont il agissait. L'espèce d'infériorité à laquelle ce changement réduisait les Gentils, et l'exhortation tacite à observer la loi qu'il contenait, provoquèrent de la part de Paul une opposition franche sur ce point des observances, et fit admettre définitivement la liberté formelle à leur égard.

Le second voyage de saint Paul eut lieu peu après le concile de Jérusalem, et il dura environ trois ans, de 5i à 53. Barnabe se sépara de lui et se rendit à Chypre. L'Apôtre des nations, accompagné de Silas, et, un peu plus tard, de Luc et de Timothée, visita les communautés d'Asie Mineure, passa ensuite de Troas en Macédoineet enGrèce,oùil évangélisa Philippes, Thessalonique, Béroé, Athènes. Enfin, après un séjour d'un an et demi à Corin-

Ihe, il revint parEplièse à Jérusalem et à Antioclie.

Passant à Lystre et à Derbé, Tapôtre trouva un chrétien, nomme Timothée, dont tous honoraient la haute vertu. 11 le prit pour compagnon, et, plus tard, le sacra évèque. Mais comme Timothée, né de mère juive, était fils d'un père païen, Paul, imitant la sag'esse et la prudence de Pierre à Tég'ard des judaïsants, qui étaient nombreux dans la région, le fît circoncire. Il allait partout, enseignant les décisions du concile, et confirmant dans la foi les Eglises, dont la prospérité était croissante.

Une vision du Seigneur l'appela en Macédoine. A Philippes, un jour que les apôtres enseignaient un groupe de femmes assemblées autour d'eux, une marchande de pourpre, nommée Lydie, ouvrit ardemment son cœur à l'Evangile et les pressa de prendre demeure chez. elle. Sur ces eritiefaites, ils furent rencontrés par une jeune pythonisse, dont l'art faisait la fortune de ses maîtres, et qui, poussée par la malignité de l'esprit dont elle était possédée, les suivait ensuite partout, en criant : Voilà les serviteurs de Dieu, qui vous annoncent la voie du salut 1 Paul, fatigué de cette obsession, se retourna vers elle, et commanda au démon, au nom de Jésus-Christ, de sortir de cette femme. Ses maîtres, voyant la source de leurs gains perdue, s'emparèrent de Paul et de Silas et les traînèrent devant les magistrats, en disant : Ces Juifs troublent la cité, ils y apportent une religioii que nous, sujets romains, nous ne devons pas supporter. Le peuple se souleva. Les juges les firent dépouiller

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