L^ŒUVRE DES APOTRES
Une autre tradition nationale attribue à Sergius Paulus, le proconsul de Chypre converti par saint Paul, la fondation de Tégiise de iNarbonne. Une autre encore, que la critique n'a pu détruire, est celle de Tévang-élisation de la Provence par saint Lazare, le ressuscité de Bétlianie, par ses compagnons et ses sœurs, Marthe et Marie, chassés de Palestine par les juifs/ Saint Lazare devint évêque de Marseille, et saint Maximin l'un des soixantedouze disciples, le premier évêque d'Aix.
Quant aux résultats positifs de Tceuvre accomplie par les apôtres et par leurs aides, voici ce qu'en dit Eusèbe, le plus ancien des historiens ecclésiastiques : « Soutenue par la vérité céleste, la parole de Jésus-Christ, rapide comme un rayon de soleil^ illumina l'univers entier, et, selon qu'il avait été prédit par les Saintes Ecritures, dans toute la terre se fit entendre la parole des évangélistes et des apôtres, et leur prédication retentit jusqu'aux confins du monde ».
Ge^ndant Ja transformation du vieux monde sous le souffle de la parole apostolique- n'allait pas sans de sérieuses difficultés, nées principaleinent dû'4r€H 8-Gaus e s .
Une première cause de difficultés était l'état des inl^lli^encesjiujiii£)incnt où le christianisme apparut. De redoutables ténèbres les obscurcissaient et cÏÏez les g-entils et chez les juifs, elles mettaient obstacle à la lumière et occasionnaient de dangereux
f a ite s^iiiifiûsau^-4Jbur es^ii^^
u Ils cherchent là sagesse », écrivait saint Paul. !^épudi.auLLaJbi-€4,-lcs-j«^:5ières, ils voyaient dans l'Eglise une sorte d'école philosophique. Cette tendance rationaliste se glissa jusque dans la communauté chrétienne, et y fit naître des hérésies dont le germe pernicieux devait porter plus tard les fruits les plus amers. L'élévation de l'homme à une destinée surnaturelle et les moyens qu'elle comporte ne les dépassaient pas moins, et pour transfigurer ces âmes toutes matérialisées, il fallait les plus énergiques efforts. Çnfin, « la parole de la €i:aix-a^ si grosse de sacrifices, si opposée à tous les instincts de la nature, éi^ilpauiL eiix-iLJU44£^ar^ ro4e-d.e folie ». La doctrine salutaire de l'expiation souleva des résistances jusqu'au sein des Eglises les plus prospères et fit se lever des hommes « qui marchaient en ennemis de la croix ».
Chez les Juifs, c'était autre chose. Ils ne pouvaient se résigner à voir Moïse s'eîFacer devant Jésus-Christ. Leur obstination sur ce point dressait une barrière contre la parole apostolique, (\enonceir à Moïse était pour eux une impiété. Même convertis, ils n'acceptaient la LoT^nouvelle qu'avec une sorte de frayeur ; même alors ils retenaient, avec Moïse, les pratiques tout extérieures de la Loi et y attachaient opiniâtrement le salut. On a vu cette question réglée par le Concile de Jérusalem. Mais il se rencontrait encore des esprits entêtés à préférer « la lettre qui tue à l'esprit qui vivifie ». Saint Paul eut beaucoup à lutter contre eux. Les uns se
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rendirent, mais beaucoup versèrent dans les sectes judaïsantes qui désolèreîit les chrétientés dès le temps des apôtres.
TJne autre cause de ces difficultés.pravena44-4u
mélange des juifs et des gentils^au sein dluiig
miêmeJEglise. Gès~~deux eTéments si hétérogènes avaient une grande peine à fusionner. De part et d'autre le même orgueil soulevait les dissensions. Les juifs prétendaient soumettre les païens convertis à leurs rites mosaïques : ceux-ci les repoussaient*JL£LS-UJL£L ei lfî5. autres-^.aje..méprisaient et se dénigraient mutuellement : les Juifs reprochaient à leurs^frèresles folies et les turpitudes de la Gentilité, et ceux-ci leur jetaient à la face le crime du déicide. On voit saint Paul déployer dans ses épîtres toute son énergie pour faire cesser cette scandaleuse rivalité, confondre les uns et les autres en dressant r le tableau de leurs iniquités à tous, et proclamer j que les uns et les autres sont appelés au salut par la foi dans le Sauveur, voie unique, et sans les œuvres de la loi mosaïque.
Eni«v-ia».sjliiatJon m^ l'Eglise au milieu
d'une^odété païenne^é^^ et
de dangers, kes questions les plus délicafes et les pi iig^vajiées s'ûi]^ient^à jjgjer^Z£JLja^ol^^ étaiturg-ente. Il fallait décider dans quejle mesure le païen baptisé pouvait seréfiajidredan&la société^ prèndre part aux emplois pjibëesy-paiialti:fî dans l^sjetes, et, tout d'abord, comment il jj^xalLse conxjuiredans la vie^uotidiean£^,^ligé qu^U^ait de yiyix-^w milieu d'rdoiRiP#»-j- dans quels cas le ctîfetien pouvait dissimuler sa foi et dans quels
' devait la produire et la défendre publiquement. L'organisation de la famille chrétienne, le soin de faiie surgir ces fleurs de virginité qui embaumèrent l'Eglise dès les premiers temps, mais aussi celui de modérer les ardeurs intempestives d'immolation, l'éducation de l'enfant qui végétait jusqu'alors comme une plante desséchée sur une terre corrompue, le sort môme des esclaves, dont l'émancipation prématurée aurait causé un immense désordre social, mais que la charité et la doctrine du Christ pressaient de relever de son ignominie, enfin la question particulièrement difficile des rapports des chrétiens avec un Etat païen, du devoir de rendre à César ce qui était à César en rendant à Dieu ce qui était à Dieu, et la manière dont ce devoir devait être rempli : teti4---x:£la exigeait, de la pâlLdesapj^tres, des instructions, des déclarations précises, des redressements de conduite, et une grande vigilance pour en asattpef Texécutîon ^-auxquels ils n'auraient pu suRife par le seul ministère de la prédication orale.
Dans ce ministère, ils fondaient des Eglises, les évangélisaient, les remplissaient du souvenir de la Rédemption, inculquaient à leurs membres les préceptes de la loi nouvelle et les leçons reçues de THomme-Dieu. Tant que leur présence la garantissait, l'intégrité de ces enseignements ne courait pas de risques. Mais, eux disparus, leurs successeurs auraient besoin d'un mémorial de leur doctrine pour la bien conserver. En outre, l'Eglise jiaisaante ne tarda pas être ravagéejar..]3h<gesiej[ui^ la
pertOrbation pàTint' lès fidèles, il importait d,erf
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j)i-é\T.nir les - effetg jdi«4*«4cgux. Enfin les chrétiens, dans leurs épreuves, attendaient de leurs pères dans la foi des consolations et des cncourag-ements pour soutenir leur persévérance. Ces divers motifs portèren t les^ apôtres à consignerjeurs ensei^nemènïsTTïuï's conseiLâjel-le4jr*-avfs^tla»s~de&-écrits dont l'ensemble forme le Noiwenii Testament, ainsi nomme' pour distinguer de l'Ancien le code du christianisme. Mais il est à remarquer que la prédication orale précéda cette rédaction écrite, dont le but était seulement d'en conserver la mémoire et d'en guider l'exercice. Ce fait incontestable établit la valeur de la Tradition par laquelle la doctrine révélée devait se transmettre selon la volonté du Christ ; il ruine la théorie protestante de l'Ecriture unique règle de foi.
La pi^nière chose nécessaire était de consjo-ner H a n^ 1 c sonvpii i r d 0-5U^ojnm£sX£sscntrei desœuvjes , des disçours^es verius-JiLdes J3î]^^ me-DieuT sur ks^ptf^^fr-iant reposait. Ijf^.SjEnçnr/r'lpx furent ce divin mémori^J^-JLes trois premiers furent écrits par saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, de l'an 45 à l'an 65. Plus tard, à la fin du premier siècle, saint Jean écrivit le quatrième, pour mettre dans une plus abondante lumière la divinité de Jésus-Christ queles hérétiques s'efforçaient de voiler.
Le second souvenir qu'il importaiVde conserver était celui de la formation, des débuts, des miraculeuses conquêtes de l'Eglise dès cette époque, et aussi de ses luttes et de ses premières persécutions :
saint Luc en rédigea l'histoire dans les Acle<i des Apôtres, écrils à Rome, pendant la captivité de stiint Paul. Son récit s'arrête à l'an 62.
Les ^/)/7/'^5 des apôtres répondent à ce besoin, I mentionné plus liaut,de himière, de direction, d'encouragement et de consolation, à la nécessité-de s'opposer au travail de décomposition fait par l'erreur, et qu'elle poursuivra dans tous les siècles. Dans C1ÊS écrits les apôtres parlent pour tous les âges; ils fixent pour les générations à venir, comme pour leurs contemporains, les points les plus importants du dogme et de la morale, en illustrant la vérité, et ils éclaircissent les difficultés dont on a vu tout à l'heure une partie.
Les épîtres de saint Paul tiennent une place considérable dans ce conimenlaire de la doctrine chrétienne écrit par les apôtres. A la différence de celles adressées par saint Pierre et quelques autres à toutes les Eglises chrétiennes répandues dans le monde, et appelées à cause de cela les Epîtres catholiques, celles de l'Apôtre des Gentils sont destinées à des Eglises particulières, l'une ou l'autre, même, à quelqu'un de ses disciples.
U Epître aux Romains, écrite en 58, et VEpîira aux Hébreux, écrite en 63, sont les plus considérables et les plus importantes au point de vue dogmatique et moral.
U Epître aux Romains est le développement de cette thèse : la foi en Jésus-Christ est indispensable pour les Juifs et pour les Gentils; elle est Tunique condition de la justification et du salut. L'apôtre y traite les profondes questions de la
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Rédemption, de l'appel des peuples à la foi, des mystères insondables de la grâce. Il y donne de nombreux enseignements sur l'organisation de la société chrétienne.
VEpître aux Hébreux établit la supériorité du Christianisme sur le Judaïsme par Texcellence incomparable de Jésus-Christ au-dessus de Moïse et de tout autre prophète, comme législateur et comme prêtre. Les Hébreux étaient doublement éprouvés par Terreur et la persécution : saint Paul console et fortifie leur Eglise, et les exhorte à la persévérance dans la foi, et aussi dans les bonnes œuvres dont la nécessité subsiste toujours.
L'Eglise de Corinthe avait été Tun des grands théâtres de son apostolat, et restait un des principaux objets de sa sollicitude, mais les maux qu'il avait annoncés en la quittant n'avaient pas tardé à se produire. H lui écrivit deux lettres pour y remédier. Dans la L^ Epître aux Corinthiens . écrite en 56. il s'élève d aBor(r~gTec une grande" éneroje contre les rivalités et les désunions causées par l'esprit d'orgueil, contre le rationalisme qui
lu^~iEasëumêmênt doctrinal de la révélation.
toints^dVx^^^^TriP! ipipnrtance sur Pëtat de niaria^rpjpf lVf|^^.ci^ V'rgjnit^, H^v^^^pp^ PY*'^ une admirable lu^iditéJaLthèse de l'union de l'Eglise^ déjà vie et de ses dons surnaturels . Puis il établit tortement le dogme de la résurrection des corps et ouvre des perspectives profondes sur le drame de la résurrection générale. La IP Epître aux Corinthiens complète les enseignements de la précédente, et en ajoute d'autres sur le sacerdoce de
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la Loi nouvelle, sur ses grandeurs et ses puissances, et aussi sur les luttes et les persécutions qui lui sont réservées. L'apôtre traite longuement de Taumône. La fin de cette épître est une véhémente apologie de son apostolat, contre les hérétiques qui ne cessaient de le dénigrer.
Pour les Galates, tombés presque tous dans les erreurs des judaïsants, il fait l'apologie de la doctrine qu'il a reçue de Jésus-Christ, puis il établit le dogme fondamental du salut par ce divin Sauveur, et par lui seul, et, comme conséquence, l'inutilité de la loi mosaïque dans le royaume qu'il est venu fonder. Cette lettre est de l'an 55.
IDansVEpitre aux EphésienSy qui date de 62, époque de la captivité de saint Paul, on trouve une partie dogmatique, où il énumère les richesses de la Rédemption, et parle magnifiquement de l'Eglise, dont il fait ressortir la divinité et la vitalité indéfectible; et une partie morale, riche de précieux conseils sur la vie chrétienne^ de règles de conduite pour les époux, les enfants, les serviteurs et leurs maîtres.
Aux Phllippiens (même année), Paul, prisonnier, révèle toute la tendresse de son cœur. Il envoie ses félicitations à cette chrétienté fidèle ; il la prémunit contre les faux apôtres, et joint de touchantes exhortations à la joie, à la prière et à la sainteté.
La même année encore, il écrit aux Colossiens, en développant les vérités dogmatiques qui lui sont chères : les grandeurs de Jésus-Christ et les fruits de la Rédemption, et traite des devoirs de
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morale ayant rapport aux ordonnances mosaïques, à la mortification chrétienne, à la charité, à Tobéissance.
Les deux Epîtres aux Thessaloniciens (62 et 53) sont les premières que saint Paul ait écrites. L'une joint à des félicitations pour la persécution courageusement soufferte, des leçons de chasteté, de piété, et soutient leurs espérances par la pensée de la résurrection. La seconde détrompe ceux qui croyaient à la proximité du jugement dernier et de la venue de l'Antéchrist. On y trouve de précieux détails prophétiques sur la fin du monde. L'apôtre engage donc les Thessaloniciens à la fidélité et à la persévérance.
Deux Epi 1res à Timothéeei une autre^à Titêy disciples" de Tapôtre (64-66) forment, dansjeiir ensemble^jinjïiagJM^qH(^ traité dn^ A^eHtis' éprseopales fiL^sacerdotales et^[es jihliga^ du ministère. '^^zJlj}^Cûii^pU^--^LpUreà Phiîentcrft-coîîX'Wit un éjoaugiit^plaidoyer en lareuf^d^rT ^clave
^ Saint Pierre a écrit deux Epîtres adressées à toutes les Eglises, dont la premièj^e (vers 45) est antérieure à toutes celles de saint Paul. Elle a pour objet de rappeler aux fidèles la sainteté de leur vocation, la nécessité de tout souffrir plutôt que de perdre la foi; elle contient aussi des préceptes de morale chrétienne pour tous les états et : toutes les conditions. C'est la première des ency- \cliques papales. La seconde tend à prémunir les Ifidèles contre les faux docteurs et les hérétiques qui, dès ce temps-là, s'élevaient dans PEglise, et
principalement contre ceux qui niaient le dernier avènement de Jésus- Christ.
Saint Jean, sur la fin de sa vie, écrivit trois Epîtres, La première, la plus importante (vers l'an 10^), fut pour combattre différents hérétiques qui sapaient, les uns la divinité de Notre Seigneur, les autres son Incarnation, d'autres la nécessité des bonnes œuvres. La seconde, dédiée à Electa, et la troisième, écrite à Gaïus, contiennent une exhortation à la persévérance dans la vérité et la charité.
Une Epître de saint Jacques le Mineur, écrite de Jérusalem vers l'an 62, établit la nécessité des bonnes œuvres pour le salut, et renferme de précieux enseignements sur l'Extrême-Onction, la Confession, sur la puissance de la prière, etc.
L^ipôtre saint Jade a laissé une épître où il dénonce certains hérétiques qui déshonoraient l'Eglise naissante, et exhorte les fidèles à la fermeté dans la foi et à la pratique des bonnes œuvres.
Enfin, le Nouveau Testament se complète et se clôt par le livre prophétique de VApocali/pse, écrit par saint Jean dans son exil de Pathmos. Dieu, sans déchirer les voiles de Tavenir, voulut tracer à l'avance pour l'instruction et la consolation de ses enfants les grandes lignes de l'histoire de l'Eglise. Les fidèles des premiers temps lisaient dans ce livre les arrêts de la justice divine contre Home païenne et persécutrice. Ceux de nos jours peuvent y voir décrits les dernières catastrophes du monde et le suprême triomphe de l'Eglise de Jésus- Christ.
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On voit, quel splendicle et complet ensemble forment la prédication orale et les enseignements écrits des apôtres.
Ils ont livré à l'Egiise par cette double voie toute la doctrine de leur divin Maître ; ce qu'ils n'ont pas consigné dans ces écrits, la Tradition en perpétuera la transmission. A la mort des apôtres la révélation est clo^e^ c'est-à-dire que Dieu n'a plus rien à apprendre aux hommes des vérités de la foi nécessaires au salut. Ces vérités pourront avoir besoin de précisions nouvelles pour dissiper les nuages accumulés sur elles par l'esprit d'orgueil ou d'ignorance; elles seront susceptibles de développements nouveaux, mais chaque fois que l'Eglise sera dans la nécessité de fixer la croyance chrétienne sur quelque point du dogme, c'est en scrutant la Tradition léguée par les apôtres et le trésor de l'Ecriture qu'elle le fera, pour déterminer ce que Jésus-Christ et ses apôtres ont enseigné comme la vrai foi dès le commencement, et ce qui a toujours été cru parmi les fidèles.