CHAPITRE lï
Diffusion du Christianisme
dans rem pire romain et dans le monde
au cours des II°^e 'et III»ie siècles.
.^/Eg^lise eut à soujTnrdeux grâJliiâ-iBaux-dttPigrnt la première période de l'Antiquité chrétienne : les persécution s extérieuTeS'el le décîijrem ent intéri eu£ de l'hérésie. Mais, avant de les décrire, achevons le tableau de sa diffusion, et traçons ensuite une esquisse de ses institutions.
Le seul itinéraire des voyag-es de saint Paul montre assez que le christianisme s'était implanté, dès les temps apostoliques, dans la plupart des provinces de l'empire romiain. Les autres contrées ne tardèrent pas à recevoir les semences de la foi, après la mort des apôtres. Les ouvriers évangéliques formés par eux et ceux députés par leurs successeurs se répandirent par tout dans le monde connu. Eusèbe, le père de l'histoire ecclésiastique, écrivant au milieu d'une société païenne, sous le contrôle de laquelle l'affirmation mensongère d'un fait immense eut été impossible, décrivait en ces termes l'œuvre de ces auxiliaires de la parole divine. « La plupart de ces fervents disciples, le cœur enflammé, la parole brûlante, s'en allaient après
avoir, selon le précepte du Seig-neur, distribué leurs biens aux pauvres, et, dég^ag-és des liens terrestres, ils quittaient joyeusement leur patrie, se faisaient cvang-élistes danif les pays lointains, instruisaient les peuples qui n'avaient pas reçu encore la divine lumière, leur enseig-naient le Christ et leur faisaient connaître les divins Evangiles. Ces apôtres infatigables, après avoir fondé la foi chrétienne dans les contrées les plus lointaines et les plus barbares, y établissaient des pasteurs charg-és de. prendre soin de la nouvelle plantation, puis eux-mêmes, la joie dans l'àmc, tournaient leurs pas vers d'autres régions. Remplis de la puissance divine, ils accomplissaient d'innombrables miracles, à la vue desquels d'immenses multitudes embrassaient avec un élan et unejoie sans mesure le culte du vrai Dieu ». Le nom d'apôtres ne fut pas réservé aux Douze : il fut aussi donné à leurs premiers auxiliaires et à leurs compagnons, comme Barnabe, ainsi qu'aux premiers messagers de la foi, prédicateurs, missionnaires, qu'on appelait aussi évangélistes. Un autre apologiste, saint JustiFi, vivant au ii*"'^ siècle, écrivait : « 11 n'est pas une seule race, soit chez les Grecs, soit chez les Barbares, de quelque nom qu'on les appelle, soit même chez les Hamaxobiens, qui vivent errants sur leurs chars, chez les peuplades nomades sans patrie ni demeure fixe, les peuples pasteurs sous leurs tentes, pas une seule de ces races chez laquelle, au nom de Jésus crucifié, des prières et des actions de grâces ne s'élèvent vers le Dieu créateur de toutes choses ». Tertullien, voulant convaincre
les Juifs que les prophéties qui annonçaient la catholicité de la vraie Eg-lise, sont accomplies, s'écrie à son tour ; « Qu'ont écouté les peuples ? En qui les nations ont-elles cru ? N'est-ce pas à Celui que les Psaumes nous montrent annoncé par les apôtres dans le monde entier ? A qui ont ajouté foi les autres peuples énumérés dans les Actes ? A qui se soumettent encore toutes les autres nations, les Gétules et les branches multiples de cette race barbare, les tribus nombreuses qui habitent les confins de la Mauritanie, les diverses parties desEspag-n^s, les nations des Gaules, les contrées de la Bretagne restées inaccessibles aux Romains, soumises maintenant au Christ, sans compter les Sarmates, les Daces, les Germains, les Scythes et une multitude de tribus ignorées, de provinces, d'îles inconnues et innombrables? Dans tous ces lieux règne le nom du Christ ». On connaît ces autres paroles fameuses du même, jetant cette universelle diffusion de l'Eglise comme un défi à l'Empire romain : « Si nous voulions prendre les armes et vous déclarer la guerre, sans besoin de conspirer dans l'ombre, ce ne sont plus les ressources de la force et du nombre qui nous feraient défaut. Des Maures, des Marcomans, des Parthes et des nations limitrophes, nous tirerions plus que vous de tout votre Empire. Nous sommes d'hier, et nous remplissons tout VOTRE DOMAINE ; VOS viUcs, VOS îlcs, VOS fortcrcsscs, vos municipes, vos assemblées, les armées, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum : nous ne vous laissons que vos temples. Nous pouvons compter vos forces militaires. Nous pourrions,
sans armes, sans révoltes, vous vaincre en nous séparant de vous. Mais non I Si aujourd'hui vous n*avez plus que de rares ennennis, c'est que la multitude des chrétiens forme la g-rande majorité dans presque toutes vos villes. »
Les faits attestés par l'histoire sont là pour confirmer la véracité de ces témoignages. Si l'on regarde l'Occident, il n'est plus besoin d'insister sur la multitude des chrétiens dans Rome même. On a vu que, dès le temps des apôtres, l'Eglise y avait fait, dafrS''ianhai]l£l5nsTDrr»tk; de hriHantes— el nombfeiïses conquêtes, en mêmë^temps qu'elT^^ëiOâïilZ tipliait dVutres dans les^]ctâsses inférieures de la sociiîfé. La tanïïlT^impériale des Flaviens ellemême^ qui prend possession du trône en la personne de Vespasien, après la mort du cruel Néron et les règnes éphémère de Galba, d'Othon et de Vitellius (69), compte dans son sein, à côté d'une branche de persécuteurs, une autre branche de la gens Flavia, d'abord travaillée par l'intrépide chrétienne Pompenia Graecina, puis conquise à l'Evangile, et qui donne desmartyrsà l'Eglise sous Domitien. Sainte Flavie Domitille, qui avait épousé Flavius Glemens, chrétien comme elle, et qui fit aux chrétiens de riches donations, était petite fille de Vespasien. Telle était déjà l'importance de la communauté chrétienne dans la capitale, que le pape saint Clément (91-100), pour régulariser le service religieux, dut fondre les quatorzes régions de la ville en sept, et plaça à la tête de chacune l'un des sept diacres qui jusque-là étaient chargés d'aider les prêtres dans le soin des pauvres et l'administration
des sacrements. Mais l'Italie entière était org-anisée. Les pogi même, centres ruraux, avaient ieiirs évêques comme les villes importantes. Elle en envoyait soixante au concile que le pape saint Corneille réunit à Rome, à l'occasion du schisme de Donatien (26 1-252).
Dans les Gaules, saint Denis, qu'on a cru être le même que Denis l'Arcopagite, envoyé par le pape saint Cléjnent, fondait et org-anisait l'Eglise de Paris et faisait rayonner l'Evangile sur les régions voisines. Dès le milieu du second siècle, les Églises de Lyon et de Vienne apparaissent très prospères et essaiment au loin. Saint Pothin, disciple de saint Polycarpe, le célèbre évêque de Smyrne qui avait connu saint Jean, et après lui saint Irénée, un autre de ses disciples, illustrent le siège de Lyon, Les nombreux martyrs que la persécution fait dans cette ville, à Autun, à Ghâlons et ailleurs, témoignent de la vitalité de la foi en ces contrées^ en communion avec celle de toutes les autres. « Nie Germanie, écrivait saint Irénce, contre les hérétiques, ni chez les Celtes et les ibères, ni en Egypte, et en Lybie, et dans toutes les parties du monde, les Eglises ne croient et n'enseignent autrement que nous. » La tradition assigne le commencement du second siècle comme époque de la fondation d'Eglises nombreuses par des hommes apostoliques qu'on croit avoir été envoyés par saint Denis, par exemple, celles d'Evreux par saint Turin, de Senlis par saint Rieule, de Beauvais par saint Lucien, de Meaux et de Verdun par saint Sanctin, de Saintes par saint Eutrope. On voit par le nombre d'évêques
njj
réunis au Concile d'Arles, en 3i4, que les sièges épiscopaux remplissaient la Gaule.
En Afrique, de nombreux conciles d'évêques se tenaientdès letempsdu pape saint Victor(i 86-187). Plus tard, saint Cjprien, cvêque de Garthage, en ouvrait une série, pour s'opposer au schisme de Novatien (25x^256) ; le dernier de ces synodes en réunit qnatre-ving" sept. Les ciirétiens étaient en si grand nombre, notait Tertullien, peut-être avec quelque exagération, qu'ils composaient la majeure partie de la population des villes.
Le mouvement fut plus lent en Espagne, où saint Pierre et saint Paul avaient, comme on le croit, répandu les premiers la lumière de l'Evangile. 11 y a cependant des lettres de saint Gyprien aux évoques de Tune ou l'autre Eglise, et l'on voit, vers 3oo, un concile qui se tient à Elvire.
Les progrès n'avaient pas été moins remar-f quables en Orient. En Asie, et surtout en Asie Mineure ils sont très rapides. L'institution des évechés ruraux était commune à toutes ces provinces, ce qui indique la multiplicité des sièges. La Phrygie voit se réunir des synodes (170-180) à l'occasion des troubles des montanistes. En Bythinie, le nombre des ciirétiens effrayait tellement Pline, gouverneur de la province, qu'il en référait à l'empereur Trajan avant d'exécuter les édits de persécution. L'Arménie romaine et l'Arabie même furent éclairées par l'Evangile. Le patriarcat d'Antioche était à ce point rempli de sièges épiscopaux quc^ dès 270, Eusèbe parle de conciles « où se réunissaient des mullitiules d'évêques avec leurs prêtres et leurs
diacres ». Dès la même époque, les évêques « de toute la Grèce » s'assemblent pour traiter des affaires les plus importantes. En Ejg-ypte, l'Eglise d'Alexandrie fut la première à prospérer. Sous l'autorité de son siège, un grand nombre d'autres églises se formèrent. 11 y eut dans ce pays jusqu'à cent diocèses environ, dans le cours du iii'^ siècle. Tel est à peu près le nombre des évêques siégeant au synode d'Alexandrie, en 820.
La Palestine avait eu sa part dans cette germination féconde, mais un effroyable châtiment de Dieu tomba sur le peuple juif. Ce fut la ruine et la destruction de Jérusalem et du temple, sous Vespasien, en l'an 70, après un siège rempli d'horreurs épouvantables, et la dispersion irrémissible de ce peuple déicide et obstiné dans son aveuglement. Le récit détaillé de cette horrible catastrophe qui a déjà été fait dans le Cours populaire d'Histoire sainte^ dont le présent ouvrage est une suite, dispense d'y revenir ici.