CHAPITRE m Les institutions de l'Eglise
Les chapitres précédents ont surtout décrit la propag'ation de l'Eglise et son histoire externe qui reste à compléter par le récit sommaire des grandes persécutions durant les trois premiers siècles. Mais sa vie interne pendant cette première période n'est pas moins indispensable et intéressante à connaître. Le sujet embrasse saçoJlSiiiution, c'està-dire son organisation Jiérarchiq^ue et le mode dont elle seTorme et se recrute, Ja„composition de ses menTBî'es, les éléments de sa vie surnaturelle et t^joeurs^-jfes^-Ghjjéliens..Les déchirements intérieurs que lui font éprouver le schisme et Thérésie s'y rattachent aussi, mais cette matière, à cause de son importance, demande une étude à part, qui trouvera sa' place après celle des persécutions sanglantes.
Dès ces premiers temps^ l'Eglise universelle gravij^^5ïItàÛLdè~tà papauté. Cette unité n'est pas le césultat d'une tendance accidentelle. Jésus-Christ prêchait au monde un seul Dieu et une seule foi ; de même il n'a fondé qu'une Eglise, et en faisaul Pierre le Chef de ses apôtres, il a donné à cette
Eglise un centre d^unité extérieur et visible. Une telle institution ne pouvait se borner aux temps apostoliques, elle était nécessaire dans la suite des âges ; les prérogatives et les fonctions conférées à Pierre devaient se transmettre à ses successeurs ; c'est eux aussi dans sa personne que le Christ avait chargés de « confirmer leurs frères dans la foi « et du soin de « paître ses agneaux et ses brebis ». .
SaijiLPierre, à Rome, avait donné l'onction épiscopale à trois de ses disciples : Lin, qu'il prit dès lors pour auxiliaire ; Glet, noble romain de la gens^ JEmiïidL, et un autre d'origine patricienne, Clé* ment, fefveTit disciple de saint PauLGesJrois sainte personnages lui succédèrent tour à tour dans lé gouvernement de F Eglise. AinsL-coaHrtenceJa^sérié ininterrompue de» Souyerâins^ Pontifes. Le gouvernement de saint Lin né fut pas de longue durée ; comme tant d'autres papes, à l'époque des persécutions, il scella la foi de son sang. Quinze évêqueset dix-huit prêtres avaient été c,ô^acrés et ordonné» par lui. Dies décrets ^u^H^pôrXa, on n^a conservé que celui gui ittteiTiitai^ d'entrer dansTTësTégïises, autrement que voilées^ ûa^sign^ d'humilité et de modestie. La prétention gnostique de leur attribuer une sorte de puissance sacerdotale fait l'importance de cette prescription. Saint .Clément, qui succéda à saint Lin, ordonna quinze évêques destinés par lui à la prédication de l'Evati-' gile dans les contrées d'Occident. Entre autres actes de sa suprématie, on le voit intervenir pour éteindre les agitations et les divisions qui eoalH
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nuaicnt de troubler Tég-lise de Gorinthe. Cinq commissaires y portèrent ses lettres, qui furent longtemps lues avec vénération dans nombre d'autres Eglises. Un autre précieux écrit de lui est sa« Lettre aux viçrg-es » par laquelle on voit que déjà s'épanouissait dans l'Eglise la délicate et céleste fleur de la virginité volontaire, offerte par Dieu à un monde perdu de luxure, comme le ferment sacré qui soulèverait la masse d'un épais sensualisme. Atteint par la persécution, saint Clément fut condamné à l'exil dans la Chersonèse,où il subit longtemps l'écrasant labeur des mines, et finit par être précipité dans la mer. Saint Glet, après lui, se voyait obligé de porter à vingt-cinq le nombre des prêtres chargés d'administrer les communautés chrétiennes de Rome. Saint Anaclet, qui lui succéda, et qu'on croit aussi avoir été élevé à la dignité sacerdotale et épiscopale par saint Pierre, continua la liste des papes qui rendirent à Jésus-Christ le témoignage du sang.
L'histoire des persécutions en donnera d'autres exemples. Mais ce qu'il importe de constater ici, c'est l'hommage général rendu à la primauté da siège de Pierre. Saint Ignace d'Antioche appelle l'Eglise romaine « la présidente de la fraternité ». Saint Irénée lui attribue une dignité supérieure — potentior principalitas — , et à ce titre, il demande aux autres Eglises de se mettre d'accord avec elle. Saint Gyprien de Carthage l'appelle « TEj glise maîtresse d'où sort l'unité du sacerdoce », il fait remonter cette primauté à sa fondation par saint Pierre. Ainsi parlent les voix les plus graves
elles plus écoutées. La conduite s'accorde avec la doctrine : il suffit de mentionner les appels au Souverain Pontife, témoignag-e irrécusable et frappant de la conviction universelle où étaient les évêques de toutes les régions, que c'est au pape de trancher les débats. Saint Cyprien, par exemple, en appelle au Pontife romain pour le schisme de No vat, comme, un peu plus tard, saint Augustin à l'occasion du schisme de Pelage, saint Jean Ghrysostome, de Constantinople, pour la tyrannie du pouvoir impérial. A tous ces appels les papes répondent par des Décrétaies qui font autorité.
« Les apôtres, dit Tertullien, annoncèrent dans le monde la doctrine de Jésus-Christ, et comme moyen de fixer et de perpétuer leur parole,, ils constituèrent des Eglises dans chacune des cités. De ces Eglises d'autres empruntèrent la doctrine et l'étincelle de la foi, et chaque jour de nouvelles communautés chrétiennes surgissent, qui méritent à leur tour le titre d'Eglises. » En général, chaque cité où existe une de ces communautés a son évêque, il y a même, on l'a déjà dit, des évêques ruraux. Mais un ordre de juridiction établit l'unité dans cette multiplicité. L'origine en remonte à saint Pierre lui-même. Les trois sièges patriarcaux de l'antiquité lui doivent leur fondation : Rome, l'Eglise mère et maîtresse de toutes les autres, et, en dessous d'elle, tenant à un rang secondaire le même rôle à l'égard des évêques de leur circonscription, celle d'Alexandrie, la seconde ville de l'Empire, à laquelle il donna son disciple
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saiat Marc, pour premier pasteur, et celle d'Anlioche de Syrie, où lui-même avait d'abord fixé son siège peridant quelques années. Le souverain pontife, à litre de patriarche de l'Eglise de Rome, et les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche étaient comme trois métropolitains généraux, dont la juridiction respective s'étendait sur les diocèses d'Occident, d'Egypte et d'Orient. Les provinces de l'Empire offraient à l'Eglise le cadre de ses principales subdivisions ecclésiastiques. C'est ainsi que les plus importantes cités devinrent, à nouveau degré inférieur, Eglises mères et maîtresses de celles d'une province : telles Césarée de Cappadoce dans le Pont et la Cappadoce ; Ephèse dans l'Asie proconsulaire; Tliessalonique dans la Tlirace ; Corinthe en Acliaïe ; Salamine dans l'île de Chypre ; Garthageen Afrique ; Arles, Lyon, et probablement Trêves et Mayence dans les Gaules. Dès le m° siècle les évoques d'une même province prirent l'habitude de se réunir en concile.
Les apôtres choisissaient seuls leurs coopérateurs. Après eux on consulta les fidèles. Plus tard encore et durant cinq siècles, les prélats d'une Eglise vacante élisaient un évoque de concert avec le clergé et le peuple, et trois d'entre eux au moins devaient assister à son sacre. L'intervention du pouvoir royal dans la désignation des évêques n'apparaît guère qu'après le vi'^ siècle. Les titulaires des grands sièges patriarcaux jouissaient d'un privilège important : ils étaient élus, consacrés et installés sans que Rome en fut informée préalablement, mais ils devaient notifier au pape leur élé-
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vation et recevoir de lui des lettres de confirmati( ou de « communion » avec lui.
« L'Esprit Saint, dit saint Paul^ a placé les é' ques pour régir TËglise de Dieu. » Ils en exerce chacun la fonction à titre de successeurs des ap( 1res qui l'ont remplie les premiers, et leur dépei dance à l'égard du vicaire de Jésus-Christ ne nu^ ni à leur dignité propre ni à l'autorité qui leur été départie à ce môme titre, de même que les apôtres en jouissaient avant eux, quoique maintenus sous la houlette de celui que le divin Maître avait établi premier Pasteur. Mais les évêques ne sauraient suffire à cette lourde tâche sans auxiliaires.
htcleiiqé, c'est-à-dire l'ensemble des ministres sacrés exerçant le ministère de la sanctification des âmes, comportait donc des degrés inférieurs de la hiérarchieJLeji-.év^qtte«--ô44l^ojiiji,^^ au
dessous d'eux, j[es4u:âtes---&t-de^'"dtacres^4^'Evangile et les Actes des Apôtres font déjà constater l'existence de ces différents ordres. LesjDrêtres form^ t le cQ jj^çlLd e l^eq u e ; ilsdlaideatà-instruife les fidèles et à a^complirj^s foncjj^jis liturgiques. Le-'dtacônat avait été également institué par les a poires. trôtt5:^;SS€tTnTr-cb^ à"fevtr.au2i.Xabies^--e^m«HHi^s^.,.^^ env
sqite au soin desj>aujr#s^ Mais, dès ce temps, on a vuTés^^îâcfës Etienne et Philippe porter aussi lii parole de Dieu. Les diacres éJ^i eiit-efti|iioj[és au! cuU^ : ils^dj^tribjyiaient l'eucharistie, ils baptis^ieirttl même^^avec la pj&F«i4s^sion de l'^êque^ouatjls^^ vinrent-, d'une manière générale, leis^upjîléants et
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les vicaires dans radministralion de -sotrE^Hse. Ils avaient par situation, comme administrateurs, une influence supérieure à celle des prêtres dont ils étaient cependant les inférieurs dans la hiérarchie. De nouveaux ordres furent créés après les temps apostoliques. Les communautés se multipliaient, les affaires 3e développaient; il fallut instituer d'autres clercâ. Vers l'an 25o, le pape saint Corneille parle des sous-diacres, des acolytes, des exorcistes, des lecteurs et des portiers, emplois inférieurs déjà créés pour les besoins religieux des fidèles.
L'éducation du clergé, dans les premiers siècles, se faisait au milieu du monde; l'évéque distinguait, parmi les fidèles les plus méritants, ceux qui devaieiît être promus aux saints ordres, et souvent il les instruisait lui-même. De bonne heure il y eut des écoles épiscopales. La loi du célibat n'est pas inscrite dans l'Evangile, elle est purement disciplinaire. On ne l'imposa pas d'abord aux clercs. Mais d'autre part, les clercs supérieurs, évêques, prêtres et diacr^,'ire^30'lïYa'ienrpâs se marier -ap^^ leur (>rainat^on.T^Hâî^ur^^w:ken^iTrerI^ vers la continence" absolue. Elle était même gardée volontairement par beaucoup de chrétiens. Des textes de 'Ecriture, des paroles du Sauveur et de l'apôtre saint Paul en établissaient si nettement la supériortlë sur l'état de mariage, qu'il était tout naturel ijte choisir les membres du clergé parmi ces chré- Ifeûs. Le prêtre, homme de prière et représentant le Jésus-Christ médiateur, doit lui ressembler par è chasteté ; homme de dévouement, il doit à ses frères son cœur et sa vie. Le célibat n'avait pas pu
être imposé immédiatement aux évêques et aux clercs des rangs supérieurs, car, alors, des convertis déjà mariés étaient assez souvent les plus dignes de son choix, mais, de restrictions en restrictions, l'institution finit par prévaloir. En Orient» la discipline reste plus large.
Une autre institution, qui exerça une influence immense dans l'Eglise et sur Toeuvre de civilisalion qu'elle accomplit, naquit au m® siècle. C'est la vie monastique, dont Notre Seigneur avait posé lui-même les fondements dans l'Evangile par ces paroles : « Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous possédez, donnez-en le prix aux pauvres, et suivez-moi ». De là est sortie cette race innombrable de chrétiens qui foulaient aux pieds les richesses, recherchaient la solitude, se sanctifiaient par la prière et la pénitence, et se vouaient, par de saints engagements, au travail, à l'obéissance et à l'immolation par la pratique des conseils évangéliques. Mais, comme c'est dans la seconde période de l'Antiquité chrétienne que cette instilulion atteignit son splendide épanouissement, il est préférable d'en remettre la description à cette autre partie.
Les membres de l'Eglise se divisent donc en deux classes : les clercs et les laïques, ceux qui ont la direction de leurs frères dans la foi et les simples fidèles. Déjà l'antiquité a employé ces expressions pour distinguer les deux catégories de gouvernants et de gouvernés. Le livre des Actes a décrit les mœurs des premiers chrétiens, l'innocence deleuj
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vie, les exemples de charité et d'union qu'ils donnaient au monde. La tradition s'en continuait. «Des hommes, dit saint Justin, qui naguère étaientesclaves de toute sensualité, mettent aujourd'hui leur joie dans une vie toute pure et immaculée. » Le spectacle de leur mutuelle charité arrachait aux païens ce cri d'admiration : « Voyez comme ils s'aiment I » Ce n'est pas à dire cependant que tous les chrétiens des premiers âges fussent parfaits. A côté des vertus héroïques les vices trouvaient parfois une large place, et cela s'explique dans une société nouvellement convertie et vivant au milieu des désordres du paganisme. Toutefois la sainteté y produisait sans cesse des fruits aussi beaux qu'abondants, et de la masse fidèle à tous les degrés de la vie chrétienne s'élevaient, en grand nombre, les âmes d'élite qui y joignaient la pratique des conseils évangéliques. C'est elle surtout qui peupla les innombrables monastères. D'autres vivaient dans le monde en ascètes : les vierges, consacrées à Dieu et au service des pauvres ; les diaconncsses et les veuves, deux ordres institués par les apôtres, et qui disparurent plus tard de l'histoire. Les diaconesses étaient choisies pour remplir certains offices auprès des femmes, particulièrement dans l'administration du baptême. Les saintes veuves pour lesquelles saint Paul avait laissé de nombreuses prescriptions dans ses Epîtres, faisaient de leur viduilé un état de perfection et se vouaient à un ministère tout de zèle et de sacrifice.
Les sacrements, tous en usage dès lors, étaient
la source où se nourrissait la foi et s'alimentait la ferveur. îl est intéressant de connaître comment ils se pratiquaient, surtout le Baptême, l'Eucharislie ., et la Pénitence. ^'
Le Baptême ouvrait Taccès à la vie sainte. Mais avant d'j admettre les adultes, l'Eglise leur imposait un temps de préparation pendant lequel ilsdevaient s'instruire de la religion et se former à la vie chrétienne. On appelait catéchumènes ces aspirants au christianisme. Les cvêques eux-mêmes présidaient souvent à cette préparation ; ils désignaient aussi des ministres spécialement atTectés au catéchuménat. Il y avait diversdegrés d'initiation, accompagnés de cérémonies imposantes et instructives. L'imposition des mains, les onctions avec l'huile des catéchumènes, les exorcismes, étaient des rites préparatoires, qui se sont toujours conservés. Le baptême était solennellement conféré aux adultes les veilles de Pâques et de la Pentecôte, dans le baptistère érigé près de l'église.
Les longues lectures sacrées qui, aujourd'hui encore, précédent la bénédiction des fonts baptismaux, le samedi saint, rappellent celles que faisaient alors les clercs, pendant le temps considérable qu'exigeait l'administration du sacrement à des néophytes souvent très nombreux. Le baptême était souvent donné par immersion, c'est-à-dire que, pour le recevoir, les néophytes descendaient dans la piscine, comme Jésus était descendu dans le Jourdain. Des témoins, appelés parrains et marraines, répondaient pour eux. Puis, on revêtait les nouveaux baptisés de la robe blanche, qu'ils portaient
pendant huit" jours en signe d'innocence retrouvée. Les leçons et les hymnes de la liturgie rappellent encore aujourd'hui cet antique usage.
Le sacrement de confirmation était administré aux adultes aussitôt après le baptême : l'Eglise voulait ainsi les fortifier contre les périls de l'âme et contre les persécutions.
La sainte Eucharistie élait^ dans ces premiers âges, ce qu'elle a toujours été depuis, le sacrement par excellence ; la communion était la grande action des fidèles. On voit par les Actes des Apôtres que ceux de l'Eglise de Jérysalem rompaient le pain sacré tous les jours. L'extension des communautés chrétiennes rendait cette pratique moius facile en certains lieux, mais l'ardeur de la foi et les dangers venant de toute part pressaient les âmes de s'en nourrir. Le relâchement commença au iv® siècle, cependant la sainte communion y était encore en usage, au moins le dimanche.
Les Actes mentionnent déjà les principaux éléments du saint sacrifice : l'enseignement ap.o.stolique, par lequel il faut entendre la lecture et l'explication des Ecritures, la fraction du pain et la prière.
C'est l'évêquequi consacrait l'Eucharistie, assisté de s^s prêtres et de tout le clergé. Pour qu'un prêtre pût le suppléer dans cette fonction, il fallait son ordre ou son consentement. Là même où il y 3vait plusieurs églises, les acolytes portaient un pain consacré de l'église cpiscopale dans les autres, et les prêtres le joignaient à leurs propres oblations.
Celte discipline était un symbole de l'unité de l'Eglise et un moyen de la conserver.
La communionétait donnée sousles deux espèces. On la recevait à chaque service divin : aussi, tout ce qui prouve la fréquence de la consécration eucharistique tend à prouver aussi la fréquence de la communion dans la primitive Eglise. En outre, on distribuait aux fidèles du pain consacré qu'ils emportaient chez eux pour leur usage personnel. C'est là un exemple de la communion sous une seule espèce. Quant au mode de distiibulion, riiostie était déposée danslamain ducommuniant. Les femmes présentaient sur la leur un linge de lin. Les diacres allaient porter la sainte Eucharistie aux absents, aux malades, aux chrétiens enfermés dans les cachots. La coutume de communier à jeun est déjà mentionnée par Tertullien ; elle est aussi ancienne que l'usage de consacrer le matin. Instituée dans im repas du soir, l'Eucharistie, dans les commencements, était célébrée le soir, et immédiatement précédée des agapes. Mais vers la fin du temps apostolique, on transféra la célébration des saints mystères à la matinée.
L'agape, qui primitivement précédait l'office eucharistique, était, comme le signifie l'étymologie de ce mot, un repas deconcorde et de charité, préparé avec les dons des fidèles et accompagné de prières. Séparées d'avec l'Eucharistie, quand celle-ci fut célébrée le matin, les agapes constituèrent par ellesmêmes une cérémonie religieuse, destinée surtout à assister les pauvres et à entretenir parmi les chrétiens la charité fraternelle. Mais elles dégé-
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n('rcrcnt, et, dès le iv'^ siècle, il fallut interdire, à plusieurs reprises, de les tenir dans l'intérieur des ég"lises.
Il est superflu de dire que les baptisés recevaient seuls la communion. Les catéchumènes n'y étaient pas admis. Il leur était même défendu d'assister à la partie principale du service divin, qui commençait à rOITertoirc. Ils se retiraient alors avec les pénitents. L'Eucharistie était considérée comme un mystère inaccessible pour eux. On les laissait dans rio-norance à son sujet. C'était la « discipline du secret ». Cette loi, ainsi appelée dans les temps modernes, s'étendait même à d'autres points. Afin de ne pas exposer les mystères à des profanations et les chrétiens aux poursuites de leurs ennemis, on neparlait que d'une façon voilée et mystérieuse, soit dans les prédications publiques, soit dans les écrits que tous pouvaient lire, des parties intimes de la doctrine chrétienne, des sacrements et surtout de la divine Eucharistie.
La Pénitence était connue et pratiquée; déjà ce sacrement était appelé « un second baptême », (( la planche du salut » après le naufrag-e dans le péché. La confession était jug"ée nécessaire et universellement en usage. L'importance que l'aveu des fautes prit parmi les autres oeuvres de pénitence, ressort de ce fait que le mot de confession — exomolog-èse — est assez souvent employé, soit dans l'Eg-lise grecque, soit dans l'Eglise latine, pour désigner la Pénitence elle-même. Tertullien parle de cet aveu « aussi nécessaire qu'il coûte ». La confession secrète faite au prêtre était la confession
ordinaire et usuelle. Mais, en certains cas, à la confession secrète devait s'ajouter une confession publique devant la communauté, quand le crime avait été public.
A l'orig-ine, TEglise, vraie communauté de justes, ne souffrait dans son sein aucun membre impur. Elle punissait de l'exclusion les pécheurs coupables de l'un des trois crimes capitaux, l'adultère et la fornication, l'idolâtrie et l'homicide. Toutefois on ne regardait pas ces excommuniés comme perdus pour réternité ; la croyance était plutôt que par une sérieuse pénitence ils obtenaient de Dieu leur pardon. Peu à peu la discipline primitive fut jugée trop sévère. Cependant la pénitence publique, introduite avec l'espoir du pardon, s'inspira encore d'une rigueur nécessaire pour prémunir les chrétiens contre les périls que les scandaleux désordres du monde païen faisaient courir à leurs mœurs. Ce tempérament ne fut même pas adopté sans contradiction par plusieurs de ceux dont la parole faisait autorité. L'Eglise romaine fut la première à donner l'exemple de cette indulgence. Elle m.itigea les peines prononcées contre les fautes charnelles, et celles portées encourues pour idolâtrie par les chrétiens que la persécution avait tournés à l'apostasie. Les schismes auxquels aboutirent les résistances n'empêchèrent pas qu'en général on n'adoptât cette discipline nouvelle. Les canons pénitentiaux de l'époque révèlent une grande sévérité dans l'application des peines qui ouvraient au pécheur public la voie du pardon. Il devait s'y soumettre longtemps, parfois jusqu'à la fin de sa vie. Il y
avait diverstîs classes de pénitents : «les Pleurants )>, tenus Lors de l'Eglise; les « Ecoutants )>,assimik^ aux catéchumènes, qui ne pouvaient assister qu'à la première partie de l'Office divin ; le$ « Prosternés » , ainsi nommés parce qu'après le départ des Ecoutants, ils pouvaient encore assister à l'Office, mais seulement à genoux ; les « Assistants » qui y assistaient debout, comme tous les fidèles, mais ne pouvaient participer à la sainte table.
L'Extrênae-Onction était considérée, selon les paroles de l'apôtre saint Jacques dans son Epître, comme un puissant secours pQur les malades. On a vu comment le sacrement de l'Ordre transmettait les pouvoirs sacrés aux ministres de l'Eglise. Enfin, si la virginité volontaire fut un très grand honneur dès les premiers siècles, le mariage chrétien était lui-même considéré comme un auguste sacrement: l'unité de mariage et son indissolubilité étaient universellement enseignées et pratiquées.
Le culle de l'ancienne alliance comprenait, outre le jour de repos hebdomadaire, plusieurs fêtes annuelles. Les juifs les plus pieux y ajoutaientdeux jours de jeûne par semaine. Ces pratiques et ces dispositions passèrent, modifiées, dans Ja liturgie de l'Eglise. Le jour du Seigneur fut transféré au lendemain de celui du sabbat, en mémoire de celui de la résurrection de Jésus-Christ. Les fêtes de Pâques et de la Pentecôte, les premières qui apparaissent dans l'antiquité, se célébraient solennellement, en souvenir des grands mystères qu'elles rappelaient. Au iii^ siècle, on fit celle de FEpiphaule. P'autres s'instituèrent peu à peu. Chaque
Eglise particulière célébrait le jour de la mort de ^ ses martyrs par un Office divin tenu sur les tombeaux. On appelait ce jour le jour de naissance car le jour du martyre était, aux yeux des chrétiens, celui d'une naissance à une vie meilleure.
La détermination du jour où devait se célébrer 1 la Résurrection de Notre Seigneur donna lieu à de m graves controverses. Dans la plus grande partie de TEglise, la fête de Pâques était fixée au dimanche M qui suit le i4 du mois de nisan, employé par le I calendrier des juifs, qui comptaient les mois d'après les lunes. Mais dans la province d'Asie, on célébrait cette fête le jour même du ï4 nisan, au quatorzième jour du mois lunaire, quel que fût alors le jour delà semaine, parce que, supputait-on, en s'appuyant sur un passage de l'Evangile de saint Jean, le i4 était le jour où le Sauveur était sorti glorieux du sépulcre. La Pâque asiatique ne coïncidait presque jamais avec celle du reste de la chrétienté ; et ce désaccord était d'autant plus choquant que la fêle était plus solennelle. Les Souverains Pontifes durent déployer de grandsefforts pour amener l'uniformité; les résistances furent prolongées ; enfin les asiatiques adoptèrent l'usage général dans le cours d\ III® siècle. Le concile de Nicée régla un peu pluî tard que la fête de Pâques ne précéderait jamais Téquinoxe. Même une fois qu'on se fût accordé à la fixer au dimanche et après l'équinoxe, il subsista des divergences sur la manière d'en calculer la date. Les autres débats dont la fête de Pâques fut encore l'objet appartiennent à la période suivante. Pâques
étaitprécédé d'un jeûne. Sur ce point il régnait une diversité de coutumes, mais qui n'eng-endra pas de controverses.. L'Occident et rOricnten déterminèrent peu à peu la pratique uniforme. Les jeunes de chaque semaine étaient observés avec beaucoup de ferveur.
Quant aux mœurs, les chrétiens ne se distinguaient de leurs contemporains ni par la nourriture, ni par le vêtement, ni par le logement, ni par aucun autre mode d'existence ; ils se conformaient pour toute chose aux usages de leur pays. « Nous autres, chrétiens, écrit Tertullien s'adressant aux païens dans son Apologétique, nous ne vivons pas à l'écart de ce monde; nous fréquentons comme vous le forum, les bains, les ateliers, les boutiques, les marchés, les places publiques ; nous faisons les métiers de marin, de soldat, de cultivateur, de commerçant; nous mettons à votre service notre travail et notre industrie. » En effet, les conditions naturelles de la vie n'ont pas été changées par le christianisme. Mais la divergence se produit aussitôt que les principes de la morale sont enjeu. Les chrétiens vivent dans la chair, mais non selon la chair ; ils habitent sur la terre, mais leur coeur vit au ciel. L'influence que leurs convictions exerçait sur leur conduite morale est d'autant plus saisissante que l'entourage était plus entièrement gâté par le vice. Les spectacles, les combats de gladiateurs et d'animaux et tous les divertissements de ce genre, qui font les délices delà société païenne, leur sont interdits, à cause de la cruauté et des désordres qui les signalent. Désireux de s'amasser des trésors pour
le ciel, beaucoup d'entre eux n^accumulent pas les biens de la terre pstr cupidité, mais les dépensent libéralement pour assister leur prochain. « Nous qui aimions autrefois le gain par-dessus tout, écrit saint Justin, nous distribuons maintenant tout ce que nous possédons et donnons à tous les nécessiteux. » Les vrais chrétiens restreignaient le plus possible leurs dépenses, s'interdisaient les parures, là toilette, le luxe, l'ostentation. L'esprit de prière, les vertus d'humilité, de chasteté et de pénitence, le dévouement à leurs frères, le zèle du prosélytisme parmi les païens, Tattente des persécutions, les entretenaient dans la ferveur.