‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 11 sur 90 · ZEITBLOU. — LA NAISSANCE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

ZEITBLOU. — LA NAISSANCE DE LA VIERGE

miracles, les vexations qu'il suliit, sou emprisonnement, son inti(''i)idil(' Iran- (juille. A Sigmaringen, figurent huit scènes de la Vie de la V/'-rt/e, entre autres cette charmante Nat'mté reproduite ici, ou cette autre scène si touchante d'intimité, où les accessoires d'une humble chambre, le lit. le baquet pour le bain, le costume

des l'eninies, tous ces détails familiers, ont une ékxjuence si simple, un charme si brave homme. Cette composition existe également en réplique de la main de Zeilblom au-dessus d'un autel de la cathédrale d'Augsbourg. Enlin, je tiendrai à citer particulièrement un magnifique Christ au tombeau (pu- l'on ne nn'utionne pas souvent, et qui est un des trésors du musée (jermanique à JNuremherg. Les figures sont demi-nature, format qu'alfectionne Zeilblom à cause de ce goût de grandeur que nous avons signalé, et qui le fait se trouver gêné par les petites dimensions des personnages usitées dans la peinture courante de son temps. Auloui- du Clnisl mort, ces huit personnages sont gi-uupés et penchés dans des attitudes douloureuses. Un surtout est tout à fait superbe: nu homme barbu, en l'obe jaune à parements rouges. Ici la couleur a plus d'éclat que dans beaucoup d'autres œuvres du peintre, où s'affirment au contraii-e ses prédilections pour des harmonies argentées. Cela est peint avec un beau soin, une conscience grave et toujours la complète simplicili' du sentiment.

Bartholomteus Zeitblom avait èpousi' la tille de Hans Schulein, un excellent peintre de l'école d'ilm, de qui il subsiste une œuvre authentique importante, le tableau du maître-autel du village de Tiefenbronn, en Souabe. Voici comment le décrit le critique Harzen, qui étudia spécialement ce qui se rapporte à Zeitblom et à son œuvre. On lit au revers du cadre cette inscription « Gewacht zu Ulm ni Hfins Scliucleiii. Malcr MCCCCDLXVIII jahre. « Les faces exli-rieures représentent la Saltitafion (nnii'l'uiue^ la Visi/a/io», la Xaiintr et YAdorntio/i des Mages ; à l'intérieur, d'une consei-vation meilleure, sont P'ilale se lavant les mains, le Crueiftement, la Déposilion au tomôeaa, et la Bésarrcetioa. Les figures sont prescpu' de grandeur naturelle; les fonds sont encore dorés. Cette œuvre indique, paraît-il, un bon élève de Hogier \'au der ^^'eyden ; les types ne sont pas dépourvus d'expression, la couleur est moins nourrie que celle de Zeitblom. On atti-il)ue encore à Schulein le Jatjeaienl dernier dr la calliédralc d'I lui il 471), qui est une œuvre des plus importantes, tant par la composition que par le caractère de chaque figure.

On suppose que comme Zeilblom, .Martin Scliallner fut élève d(> Schulein ; de tonte façon c'est encore un des beaux peintres de l'école de Soualie. Ici, à l'inlluence flamande transmise |)ar son maître vient se mêler une intluence italienne. La manière de Schaffner est large et harmonieuse, et cette [Miinte d'ilalianisme qui déjà se remarque chez lui est combattue par le cùté de race (|ui le porte encore à peindre les physionomies en véritable réaliste. Ce mot n'est pas forcément sxnonyme de peintre de la laideur, on s'en rend compte en voyant la façon dont Schafiner dessine et |)eint une tête déjeune fille. D'assez nombreux tableaux de lui figurent à la Pinacollièqiu' de .Munich. L'An/aiariation est un des plus jolis, avec sa N'ierge dévotement agenouillée dans un palais Uenaissance, et au fond, ce charmant et spirituel détail d'un petit ange bleu faisant le lit tout comme

frXW.E AI.I.KMANnE.

iiiic iuc'iui^(''r(' cxpériiiiciilrc. L;i l'iêsmlurioii au Triiijih\ \'/'J//if\/ii/i dti Suiiil- Esprit.Và Mort de la Vieiy/e, au lui'iiic luusrc, suiil ôgaloniciil, des plus rcniiu- (luahlcs. Le musée de .Niin-iiilM'i-i; [xissèdc une lii's l)elle Ailonit'ion des iMa</rs,

ZElTIiLOM. — LA VISITATTON IIP. SAINTE ELISAIiEïlI.

et l'on trouve encore des œuvres de SchalTner dans la calhédi'ule d I lui, à Slullgard, à Sigmaringen, etc.

Nous venons de noter chez Schaffner une visible influence italienne. Comme en Flandre et en Hollande, Tltalie se fit impérieusement sentir dans l'art au début du \vi' siècle : mais en Allemagne comme dans ces pays, il y eut un travail

d'assimilalion profonde. En Allemagne même, on peut dire que l'accent national persista plus énergiquemeat, au moment même où la pénétration fut la plus forte, et l'on ne trouve guère, par exemple, d'artiste aussi fortement dévoyé que Cornelis de Haarlem, ou même que Van Orley dans certaines de ses œuvres. Un des maîtres (jni trahissent le plus celle action de l'Italie est le peintre anonyme dit le Maître de la ivnrt de Marie, d'après une de ses œuvres les plus caractéristiques, un triptyque du musée de Munich. Ce tableau est émouvant, mais un peu compliqué, et plus tlaniaud, ou même plus italo-tlamand qu'allemand pur. Toutefois le caraclérisme allemand se retrouve dans certaines têtes des apôtres qui s'empressent autour de la Vierge mourante dans son grand lit ronge à baldaquin rouge, les nus apportant l'eau b('nite, les autres alhiinant l'encensoir, d'autres se mettant en prières et se lamenlant. Les deux volets représentent, à gauche, saint Georges et saint Nicaise, et sur les revers saint Christophe, sainte Anne; à droite, sainte Christine et sainte Gudule, et sur le revers saint Sébastien et saint Roch. Les figures du revers sont en grisaille, et celles de l'avers aussi brillamment colorées que le panneau principal ont des fonds de paysages tout à fait remarquables et séduisants.

C'est évidemment à l'école de Malsys que se rattache cette peinture, et l'on suppose que le maître qui travaille à Cologne d'environ lolO à 1530 et par là se rattache à l'école du bas lUiin, fut élève de .Teau Joest de Kalkar, puis du grand peintre d'Anvers, l'eut-être également fut-il en relations avec Patenir; du nuiins les rapports que présentent ses fcunts de paysage accidentés avec ceux de Patenir le feraient croire. Enfin l'on croit qu'il a travaillé en Italie, à Gênes surtout. Outre les diverses peintures de lui disséminées un peu partout, àLouvain, àDresde, àBcrlin, àlNaplcs, àFrancfort, etc., il faut cilcr un très important triptyque que possède le Louvre; ce n'est pas la forme traditionnelle du triptyque mais |)lutùt les (rois comparlimeuls superposés d'un retable. Le compartiment supérieur, en forme de tympan send-circulaire, représente Sfùnt Frcntrols dWsslae recevant les stifjmatea. Le compartiment du centre, le plus iiuportaut, représente la Desrenie de la croix, et est remarquable par la couleur générale et l'expression des personnages, ainsi que la richesse de leur costume. Le paysage est digne d'attention ; enfin, sur le gi-adin ou le compartiment inférieur est figurée la Cène, et l'on a vu des analogies entre les atliludes des personnages et celles des apôtres dans la Cène de Léonard. U'où l'on a cru pouvoir supposer que l'artiste l'avait visité à Milan. En tous cas l'o'uvre provient de Cènes où elle était autrefois à Sainte-Marie-de-la-Paix.

Ces diverses influences qui se font ainsi sentir dans les centres ;irlisli(jues les plus importants indi(|uenl un ;ul (jui se cherche encore tout en demeurant très accentué et très puissant. U y a là (|ueh|ue indécision, celle-là même ([ni se lit sentir en Flandre et en Hollande, en France même. Mais l'on remarquera qu'en

ÉCOLE ALLKMANDK.

Allemaiiiic le iiliriioniriio d"assiiiiilalinii s'opéra df l'ai:i)ii Idiilc (lilltTciilc. I']ii Fraiirc iimis avons \ii (|ii(' pour loiliiicmps l'ai'l iialimial r'[)ousa l'iiispii'alioii italicinic et ne la jamais coaiplMciiiciil (■liiiiiiK'c. Mans les I'ays-I5as il ne se passa pas moins d'un sirclc a\anl (pic l'a>>imilalinu des éh'mcids élrangers fùl

ZEITBLOSI. — LA NAISSANCE DU CUniST.

parfaite et que l'art trouvât sa décisive originalité. Eu Allemagne au contraire, pendant rassimilation même de rintlucnce italienne, la peinture garda un accent spécial, et au moment même où cette influence se fit le plus vivement sentir, où elle fut le moins contestable et le moins déguisée, les plus grands maîtres de l'école se présentèrent, et incarnèrent si brillamment, si chevalercsquement

les plus hautes beautés de la pensée et de la race allemande que l'élément d'importation disparaît, devient tout au moins secondaire.

Au moment que nous étudions et avant de passer à ces maîtres qui abrégèrent et supprimèrent même la période de transition, mais dominèrent si impérieusement leur temps, qu'eux partis plus rien ne parait intéressant, il nous reste à voir quelques artistes fort beaux et fort dignes.

Bernhard Strigel, formé,semble-t-il,à l'école deZeitblom est un beau peintre de l'école de Souabc; il a travaillé surtout à Memmingen, puis à Augsbourg et enfin à Vienne. C'est non seulement un excellent peintre religieux, comme le prouvent des taitleaux de saints au musée de Berlin, mais aussi un portraitiste de premier ordre. A Berlin encore se trouvent des portraits de l'empereur Henri II et d'Elisal)eth de Thuringe, de Jean Cuspinien et sa famille; à Nuremberg, au musée Germanique on admire deux portraits superbes de fermeté dans le dessin, d'harmonie dans la couleur, et un bon nombre de peintures religieuses parmi lesquelles une Subite Famille, partie d'uu magnifique retable. Au musée de Munich surtout, des tableaux de sainteté et des portraits superbes, entre autres cette candide et gracieuse Fami/Ie (ht Patrice Conrad Rehlingen. Bernhard Strigel serait digne d'une étude très détaillée, si les documents n'étaient pas trop rares et les œuvres trop dispersées.

11 faudrait aussi bien connaître Michael l'adier, peintre et sculpteur dont on n'a malheureusement que deux œuvres authentiques, mais des plus belles, le retable de Saint-Wolfgang et les quatre panneaux de l'autel de Grossmann, près Reichenhall.

Dans le bas Bliin et en Westphalie sont aussi d'intéressants peintres, tels que le Maître de la rie de Marie (suite des plus curieuses au musée de .Munich) ; Victor et Henri Ehunvege, deux frères et collaborateurs, deux retardataires obstinés, qui dans le premier quart du xvi° siècle, du vivant même de Durer, peignent dans le style du xv", l'autel de l'église de Dortmund, plein d'expression quant aux tètes vigoureusement modelées, mais d'une couleur dure, et conservant les antiques fondsdor; enfin le peintre ditle 3IaitredeCa/)j)eiiùerr/, d'après la Crucifixion de l'église de Cappenbcrg en Westphalie, et qui travaille sous l'infiuence des frères Dunwege (Diptyque au musée de Berlin).

Deux hommes nous" retiendront un peu plus longuement, bien que nous ayons maintenant assez impatience d'arriver au maître à qui aboutit tout ce lent travail si fécond en œuvres, si fertile en beaux tempéraments. Nous voulons parler du propre maître de Diirer, Michael \\'olgemut, et d'un des peintres les plus étranges, les plus variés et les plus passionnants du début du xvf siècle, Mathias Griinewald.

Le maître de Durer est intéressant à étudier, non seulement pour rechercher dans son o'uvrc ce qu'il put communiquer à son illustre élève, mais encore en

ÉCOLK AM.KMANDi:.

liii-iut'inc, rar c'est un lu'iiu U'iii|ii'iiiiii('iil de jMiiili-c rude cl [irolic. D'aucuns lui reprocheront précisémenl celle nnlisse el rejirellcroni (|iie Diirer ait été élevé à cette école, d'où ce ([iic l'on ikhiiiim' l'idc'al dans la lianale a((('|ili(iii du mot étail liaimi. Mais célail jiisicnii'iil peul-rlii' relie première éducation ([ni

.lOACUlU ET SAINTE A N r< E A LA PORTE DUR.

dut empêcher Durer de se méprendre et qui le maintint dans la recherche du caractère vrai, dans le sentiment même de la race, au lieu qu'un aulre maître, italianisant, aurait pu, par lui, faire dévoyer complètement l'école allemande. U est vrai qu'un génie comme le sien a ses prédestinations et que Durer, avec une autre éducation, eût toujours été Durer; aussi ces sortes de discussions ontelles un caractère assez oiseux; mais il n'y a pas lieu, et c'est là tout ce que nous voulions dire, de ^déplorer que le grand artiste de Nuremberg ait eu

pour maître un homme d'esprit aussi attentif et aussi précis, de métier aussi accompli, et d'activité aussi ardente.

Quoi qu'il en soit, Wolgemut, né dans la première moitié du xv" siècle, représente bien l'art allemand et en paiticiilier l'école de Tranconie dans son intégrité. Ecole qui se préoccu|ie moins de cliarmei' que l'école de Soual)e, et qui

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