SAINT SEBASTIEN
entre autres une Résurrection, un très beau Christ en croix avec des personnages, et Les dotce apôtres allant prêcher l'Evangile à travers le monde.
Si Wolgemul incarne lecole de Franconie dans sa fruste cl riche sincérité, on ne saurait dire ce que représente Malthaeus Griinewald sinon Grûne^vald bii-
même, une des plus étranges et des plus fougueuses natures de ces temps complexes. Il vécut dans le même temps que Durer et Holbeiii, et il ne ressemble ni à l'un ni à l'autre ; il a des exaltations et des exaspérations, il se jette dans le réel et dans le cruel avec une sorte de rage, qui fait de lui un réaliste, et un mystique pourtant, autrement redoutable et elTrayant que l'attentif et sérieux .Vlbreclit Durer.
On sait peu de chose de sa vie, et tout ce que peut en dire de précis M. 0. Eisenmann, le savant directeur du musée de Cassel, dans la judicieuse notice qu'il lui a consacrée, c'est qu'il naquit à Aschaffenbourg et qu'il travailla surtout auprès et au service du cardinal Albrecht à Mayence. On ne croit pas qu'il ait été en rapport avec le mouvement de la lléforme, et ses œuvres au contraire sont toutes inspirées par le catholicisme, mais ressenti de la façon la plus âpre, la plus désespérée pour ainsi dire, et en réalité la plus conforme aux origines de misère et de douleur. Ses principales œuvres conservées sont le tableau du maître-autel d'Isenheim, au musée de Colmar, ainsi que divers autres tableaux; le polyptyque de Sainf Mnurice, provenant de Halle et maintenant à la Pinacothèque de -Munich ; une llésurredion au musée de Bàle ; eniin un C/irist en croix de la collection Habich, à Cassel, récemment acquis par le musée de Carlsruhe.
C'est de cette dernière peinture que M. .]. K. Huysmans a tracé une troublante description (jiii nous fait pénétrer jus(ju'au fond de cet âme d'artiste si agitée et si moderne par son tourment môme et l'expression de ce tourment.
« Démanchés, presque arrachés des épaules, les bras du Christ paraissaient garrottés dans toute leur longueur par les courroies enroulées des muscles. L'aisselle éclamée claquait ; les mains grandes ouvertes brandissaient des doigts hagards qui bénissaient quand même, dans un geste confus de prières et de reproches ; les pectoraux tremblaient, beurrés par les sueurs ; le torse était rayé de cercles de douves par la cage divulguée des côtes.
(( Le supplice avait été épouvantable, l'agonie avait territié l'allégresse des bourreaux en fuite.
.« Maintenant, dans le ciel d'un bleu de nuit, la croix paraissait se tasser, très basse, presque au ras du sol, veillé par deux figures qui se tenaient de chaque côté du Christ : l'une, la Vierge, coiffée d'une capuce d'un rose de sang séreux, tombant en des ondes pressées sur une robe d'azur à longs plis, la Vierge rigide et pâle, bouffie de larmes qui, les yeux fixes, sanglote, en s'enfonçant les ongles dans les doigts des mains; l'autre, saint Jean, une sorte de vagabond, de rustre basané de la Souabe, à la haute stature, à la barbe frisottée en de petits copeaux, vêtu d'étoffes à larges pans comme taillées dans de l'écorce d'arbre, d'une robe écarlate, d'un manteau jaune chamoisé, dont la doublure, retroussée près des manches, tournait au vert fiévreux des citrons pas mûrs. Épuisé de pleurs, mais plus résistant que .Marie brisée et rejetée quand même
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clclioiil, il jdiiil h's mains dans nu ('1 an, s'exhausse vers ce cadavre qu'il contcni[)le
MATTH-EUS GRUiNEWALD. — LA NATIVITE.
de ses yeux rouges et fumeux et il suffoque et il crie, en silence, dans le tumulte
de sa gorge sourde.
5i HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.
«... Celles, jamais le naturalisme ne s'était encore évadé dans des sujets pareils : jamais peintre n'avait brossé de la sorte le charnier divin et si brutalement trempé son pinceau dans les plaques des humeurs et dans les godets sanguinolents des trous. C'était excessif et c'était terrible. Grunewald était le plus forcené des réalistes... »
Mais « ces visages d'alioid si vulgaires resplendissaient, transfigurés par des excès d'âmes inouïs. 11 n'y avait plus de brigands, plus de pauvresse, plus de rustre, mais des êtres supraterrestrcs auprès d'un l>ieu.
" Grunewald était le plus forcené des idéalistes. »
Après cette saisissante page que malheureusement nous abrégeons, nos descriptions paraitraient insulfisautes. Pourtant il faudrait noter la magniticence de fête duSui/it Maiirirp et Saint Ercisme au musée de Munich ; le Cnirt/iciiienl au musée de Colmar, avec son saint Jean soutenant Marie ])àmée, blanche, éperdue, son Christ ensanglanté, terrible, sa Madeleine criant et se disloquant les doigts au pied de la croix, son saint Jean barbu montrant le sup[)licié d'un geste si dramati(pie, son paysage désolé et glacial ; il faudrait au contraire l'opposer, à une AiDiouc'iiilioii et sa ravissante \ ierge agenouillée environni'e d'un tourbillon d'anges musiciens, un Grime\\ald [»lein d'une teiulre allégresse. Mais c'est assez pour a\oir donné envie d'aimer et d'étudier ce maître e\ce|)lionnel.