PEINTURE DU PLAFOND DE SAINT-MICHEL, A HILDESHEIM FRAGUENT
figurés en vert ou en bleu. L'emploi de ces tons se conservera encore pendant longtemps dans l'art de l'émail, entre autres, et les émaux de l'école rhénane se reconnaîtront à ce vert de prédilection. La contradiction n'est qu'apparente entre ce point de départ dans la pure convention et l'aboutissement d'un art qui, avec Durer et Holbein, devait précisément arriver à l'étude du particularisme le plus méticuleux. En réalité, c'est toujours du même esprit que procèdent les obscurs ancêtres et les illustres petits-fils : il y a des traits de race, des observations de réalité dans les plus raides et longues figures des manuscrits romains, de même
que les grands maîtres du xvi' siècle, tout en rendant avec perfection les plus délicates nuances de la nature, consei'vent un style aussi simple et aussi imposant que celui des primitil's. Les conventions diverses qui se succèdent dans les arts ne sont, plus tard, que des moyens de classement pour l'histoire, mais il n'y a pas de défaut de logique dans l'évolution des écoles, depuis leur formation jusqu'à leur fm,que celle-ci soit brusque ou causée par un progressif épuisement.
h'Évfmgéliaire crEghert^ évêque de Trêves, et divers manuscrits conservés à Munich et à Bamberg, ont été conservés de cette première période. Au xu' siècle se produit une véritable renaissance dans les arts, et brillamment les manuscrits en font foi. C'est une admirable époque de chevalerie, de jeunesse, de poésie, de labeur intellectuel, d'expéditions hardies, de prospérité et de luxe. Un des plus beaux monuments de la miniature, Hortiis delkiantm , écrit et enluminé par Herrade, abbesse de Landsberg (1 l7o), a été détruit en 1870, durant le siège de Strasbourg; c'est une perte irréparable; il reste divers autres manuscrits importants : trois Passionnaires du couvent de Zwiefalten (bibliothèque de Stuttgard), la Vie de Marie^ VEné'ule (l)ibliotlièque de Berlin). Ces deux derniers ouvrages sont le type d'une importante production de manuscrits illustrés de dessins à la plume en noir ou en rouge, avec de légers rehauts de couleur, travaux attestant une légèreté de main, une variété d'invention, un désir de vérité dans les mouvements, toujours plus accentués. On pourrait peut-être, dans la sûreté et dans la fermeté de ces traits de plume, voir en même temps un acheminement naturel vers un art, et la preuve des dispositions innées pour un procédé, correspondant admirablement aux aptitudes de la race : nous voulons parler de lagravure, qui, comme nous le verrons tout à l'heure, reflète non moins fidèlement le progrès de la peinture que la miniature reflète ses premiers balbutiements. Les Allemands sont essentiellement graveurs et typographes, et la calligraphie, le dessin à la plume, sont la première étape.
Si nous revenons maintenant à la peinture proprement dite, nous trouvons en même temps, malheureusement, la pénurie de vestiges et la certitude (jue cet art, sous toutes ses formes, a été sous la période romane admirablement florissant. C'est lage même de la polychromie. L'intérieur des églises est entièrement peint des couleurs les plus variées et les plus éclatantes. Cette décoralion revêt les murailles, les voûtes, les piliers. Les scènes, les ornementations les plus capricieuses, les plus touffues sont jetées sur les fonds puissants. Jamais peut-èti'e la faune et la flore ornementales, interprétées par des ouvriers savants, attentifs et inspirés, n'ont été plus heureusement mises à profit, car on y trouve à la fuis l'observation de la nature et le sens et la Aolonté du style. Malheureusement, si l'on peut reconstituer encore en partie l'art ornemental proprement dit, il est plus difficile de se faire une idée com]dète de la figure et de la composition. Il nous a toujours semblé un peu téméraire de tirer des
ÉCOLE ALLEMANDE
conilusions générales, absolues, de faits isolés, de débris préservés par les liasards du Iciiips. Co qui subsiste est parfois sigrtificalir, mais husqu'il n'y a pas
WILBELM DE HEItLE. — LE CHRIST ET LA MADELEINE AU JARDIN.
un ensemble, qui sait les démentis que donnerait ce qui fut détruit à ce qui est préservé?
C'est peut-être faire un peu le procès de l'érudition elle-même, mais l'érudition Ji'est-elle pas parfois la formule scientifique de l'incertitude?
Les scènes de réa,lise d'Oberzelle, dans lile de Heicbenau (lac de Constance),
peuvent èlre rattachées ù l'école allemande et sont parmi les reliques les plus anciennes de la peinture romane, mais vu leur naïveté même, on ne saurait les considérer comme de parfaits spécimens de la peinture au \i" siècle, puisque nous avons des manuscrits du même temps qui accusent plus de souplesse et desavoir, et des ressources plus étendues que ces scènes bibliques simplement exécutées en un petit nombre de tons plats qu'un trait accentué cloisonne.
Eki xu° siècle, il subsisic d'importantes peintures murales à Schwarzrheindorir près de Bonn : une Transfiguration, un Christ en gloire, des portraits, des scènes
W I LU E L M DE U E n L K .