DEUX SAINTES
et des allégories de toutes sortes ; il y règne une réelle liberté d'invention, et souvent dans les personnages une grandeur des silhouettes et une éloquence du geste vraiment émouvantes.
La cathédrale de Brauuschwoig, l'église Saint-Michel à Hildesheim, et enfin la chapelle de Saint-Nicolas à Sœst sont encore décorées de significatives et importantes œuvres de la peinlurc romane. Les médaillons d'Hildesheim sont magnifiques, tant au point du vue du caractère des personnages représentés (la généalogie du Ciiristi (pie des riches et anqiles ornements sur lesquels ceux-ci se détachent. (Juaut aux ligures de Sœst, elles sont simples et majestueuses; les draperies y accusent, connue à llildeslieiui, un savoii- déjà sûr et un goùtsévère. D'ailleurs, en Westphiilic, la peinture parait avoir él(' piu-liculièrement brillante à ia lin de la période romane.
ÉCOLK ALLIi.MANDi:.
Le musée de Berlin possÎMlc un >énérable aDtejieniliutn, |)roveiiaiil d'une église de Sœst, qui peut donner nue idée de lu simplicilé et du ])athélique de lii peinture à la lin du \ii" siècle ou audélnil du xin'. C'est un triptyque peint sur parchemin appliqué sur panneaux de chêne. Le tableau de gauche représente Jésus devant Ca'tji/te, scène r()ni]inséo à la facnn des anciens mnnnscrils ; le pan-
WILUELM LE HERLE. — VIERGE AVEC l'e.NFANT JÉSUS.
neau de droite montre Marie ua tombeau du Christ, et sur la pierre de la tombe miraculeusement levée est assis un ange admirable de fierté, avec les grandes ailes éployées, d'un dessin vraiment hardi. Quant au central et principal sujet, c'est un Christ en croix, avec des groupes conventionnellement disposés et encore sans souci du paysage. Au pied de la croix se tiennent d'un côté les soldats romains auxquels, sans y parvenir très bien, l'artiste a voulu donner des attitudes
li HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.
insultantes et féroces, de l'autre les saintes femmes, groupe vraiment touchant, bien que d'une analogue naïveté. Au-dessus des bras de la croix sont disposés de chaque côté des chœurs d'anges, et d'autres anges encore couronnent la composition. Le fond est d'or ; dans les écoinçons et les médaillons que forme l'ornementatidu de ce retable, sont logées des figures de Prophètes. Telle est la frugalité de cette o:'uvre d'un inconnu, où la grâce est sans affectation, le drame sans contorsions, mais toutes ces qualités se trouvant en germe et comme retenues par une timidité que jugera délicieuse l'homme que ne fascine pas l'habileté et qui se contente de la matière première du sentiment.
Nous ne referons pas en détail sur l'art allemand les expériences d'analyse que nous avons esquissées à l'occasion des Primitifs flamands. La méthode serait la même ; on retrouverait sans peine dans ces œuvres primitives d'abord les sujets et la manière de les composer que reprendront plus tard, sous tous les aspects que fourniront leurs divers tempéraments, les maîtres plus exercés et qui profitèrent d'une longue suite d'efforts. Puis on retrouverait aussi sous une forme plus fruste, les qualités de race qui éclatent si vivement chez des hommes comme les Lochner, les Martin Schaen, les Durer, les Holbein, les Griinewald, qualités si accentuées chez ces artistes, et si heureusement mises en œuvre qu'on est toujours tenté de les croire des créations personnelles. Oui, déjà dans les peintures murales de Brauweiler, de Dortmund, de Schwarzrheindorf, de Sœst, on retrouve en termes d'autant plus expressifs et forts qu'ils sont dépouillés du charme des accessoires et du prestige qu'exerce toujours une célèbre personnalité, toutes les beautés particulières à l'école allemande et tous les traits du style national.
La grâce candide des vierges et leur ingénuité rose, faites, à parts égales, de pureté d'esprit et de bonne santé ; l'air grave et réfléchi des hommes, étudiés de près dans la particularité physionomique, les traits forts, l'œil clair et résolu, la bouche serrée; les sentiments de conviction et d'honnêteté que le peintre a communiqués, les éprouvant lui-même, à ses personnages; un profond et loyal intérêt pris, sans arrière-pensée, à la scène retracée, que l'artiste épouse comme s'il eu faisait partie, comme s'il était un des personnages en jeu, un assistant perdu dans la foule; un sérieux dans l'exécution, une recherche de la beauté et (le lu richesse de la matière, uu souci de bien faire le métier : voilà les principaux traits, les caractères généraux, expression et tempérament, détails de race et technique, tout cela un peu mêlé dans notre analyse, comme cela l'est dans les (euvres, que présente l'école allemande dès qu'elle commence à entrer en conscience et possession d'elle-même. Ces traits, on les trouvait, naïfs et rudimentaires, dans les lointaines épaves de l'époque byzantine; peu à peu nous nous sommes acheminés aies voir plus lisiblement dans les anivres du xii siè( le au xiv°. Lorsque nous ai'rivous au xiv% se manifestent alors les personnalités :
ÉCOLE ALLEMANDE
I1UU8 coiiiiiicaroiis à coiniilcr avec ck'S élals civils, à catalui^iicr des œuvres suus (les iKiiiis responsables. .Mais il fallait, avant d'étudier les maîtres à qui nous pouMiiis scieniiuciil adresser noire admiration, rendic hommage à lalenle sinte de leurs éducateurs aujourd'hui inconnus. Comme nous l'avons vu avec quelque détail pitur les Flandres, l'Allemagne n'a pas improvisé son art; ses gloires sont