WILHELM DE HERLE. — LA SAINTE VÉRONIQUE AU SL'AIEE
des résultats d'efforts de siècles ; elles n'en sont pas diminuées pour cela; elles n'en sont que plus solides, étant plus logiques.
Aussi, avec quel respect, si nous en avions eu la place en ce livre que nous ne pourrons surcharger d'archéologie, aurions-nous aimé à suivre, à classer autant que possible les œuvres multiples des anonymes, soit déjà savantes, soit simplement touchantes que renferme entre autres le musée de Cologne, et dont certaines églises ont conservé à la fois le charme et l'énigme. Reprenons
du moins, en bref résumé, les peintures qui sont comme des points de repère, du xii" siècle au xiii" siècle, avant d'arriver au premier maître auquel on puisse nommément devoir ou attribuer des œuvres.
Les églises des campagnes sont souvent aussi richement décorées que des églises de villes : nous avons cité Saint-Nicolas de Sœst; il faut encore signaler la beauté des figures et des scènes de Schwarzrheindorf près de Bonn, qui datent sans doute du milieu du xii"" siècle. ABrauweiler, près de Cologne, régnent d'admirables peintures murales du début du xiii" siècle, relatives au pouvoir de la Foi. Un magnifique Christ assis sur un trône et entouré de six figures de saints et de saintes, qui conservent encore la majesté du style byzantin en atteignant déjà à l'originalité du style germanique, tel est le principal morceau de cette décoration.
A Cologne même, dans les églises de Saint-Géréon, de Sainte-Ursule ; à Bamberg; à Braunschweig où régnent des scènes de l'Ancien Testament retracées avec des personnages plus grands que nature, on pourra étudier le style de la première moitié du xiu" siècle.
Le xiv° siècle nous a transmis de nombreux manuscrits, entre autres le célèbre manuscrit des Manesse (Bibliothèque nationale). On pourrait y étudier le progrès technique, le dessin s'assouplissant et se variant, le paysage commençant, timidement d'abord, à se monlrerdans les fonds. L'école de Nuremberg a déjà une brillante existence, dont fait foi le ravissant tableau d'autel de la famille d'imhof. Mais voici qu'apparaît un nom vénérable, encore que l'histoire et l'œuvre soient entourées de bien des obscurités : maître Guillaume de Cologne, Magister WUhchnus. On ne sait point si ce maître Wilhelm, signalé dans les chroniques de la dernière partie du siècle, ne fait qu'un seul et même peintre avec W ilhclm de Herle. Maître Wilhelm était « considéré comme le meilleur peintre de toute l'Allemagne ; il peignait tout homme quel qu'il fut, comme s'il était vivant ». Faute de ceititude, on attribue à Wiliielin de Herle, sous son nom encore presque légendaire de Maître Wilhelm de Cologne, les peintures de VAulel de Sainte Claire dans la cathédrale de Cologne ; un Christ en croid-, à Saint-Séverin, dans la même ville; une Sainte Véronique et une Vierge avec des saintes, au musée de Munich, etc. ; enfin un Clirisl en croix au musée de Darmstadt. Des anges recueillent le sang du Crucifié ; la Vierge et saint Jean se tiennent debout aux deux côtés, et ce calvaire est flanqué de quatre compartiments conlcnaiil ciiacun une sainic et un pieux personnage; au-dessous du Calvaire sont quatre donateurs et diverses autres figures. L'œuvre est des plus émouvantes, avec ses longs et minces personnages, aux physionomies expressives et d'une extrême douceur. L'idéalisme excjuis de l'école de Cologne, que nous allons voir persister sous des formes nouvelles, est dans cette peinture à son état de sobriété et d'intégrité.