‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 30 sur 90 · FRAGMENT DE LA DANSE MACABRE · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE LA DANSE MACABRE

Sachs en peinture, et que comme chez le Maître Chanteur, on rencontrait chez lui les boutades et les images les plus familières à côté dos trouvailles les plus délicates et les plus pures.

Les tableaux de Cranach sont demeurés tellement nombreux qu'il serait impossible d'en faire ici une énumération même sommaire. On en rencontre dans tous les musées d'Allemagne et même de fort bons dans des galeries de second ordre. C'est à Dresde peut-être qu'il est permis de le mieux étudier grâce à la variété des œuvres, quoique Weimar contienne son œuvre capitale, le Christ en croix et le Christ triomphant du péché, arec les portraits de Luther et de Mélan-

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clithon. Parmi les plus beaux tableaux de ihcsJc, il faut cilcr un Adam et l'Joc, et uu Adam l'I iiuc Kve^ tirs belles figures, qui sont parmi les meilleurs nus de Cranaeh ; uu Portrait du Margrave Georçjes de Brandehourfi, traité en manière d'étude et d'un parfait dessin ; des portraits de Lutlieretde Melanclitlion sur son lit de mort, etc., etc. On donne seulement comme de son atelier deux tableaux qui nous semblent très autiienliques, mais qui en tous cas ont été exécutés sur ses idées, et qui sont piirfaitement typiques de son imagination et de son sens du

ROTTENHAMMKn. — LA MORT D ADONIS.

drame. D'abord un David et Bethsabée. Un David apparaissant au balcon de son palais, tandis que Bethsabée est au bain avec ses suivantes, trois jeunes femmes en robes de velours rouge, et une quatrième qui du pan de sa propre robe en velours gris essuyé les jambes de sa maîtresse, vêtue de magnifique velours cramoisi relevé d'or. L'autre tableau, un étonnant Massacre des Innocents^ avec des enfants égorgés en tas au premier plan, puis, dans une sorte de loggia, Hérode et ses conseillers, dont un, dans uu mouvement de pitié bien saisi ne peut s'empêcher de se cacher le visage; enfin tout à fait au fond, dans le paysage, une petite « Fuite en Egypte ».

Les études de physionomie qui en ce tableau abondent ne sont pas moins

varices et moins curieuses dans un des beaux tableaux de la Pinacothèque de Munich, égaleinent riche en œuvres de Cranach : lu Femme adultère. Bien tranquille et bien douce, en beaux habits, elle se tient auprès du Christ au visage fin et mélancolique, au geste plein de douceur ; deux vieillards, deux apôtres se tiennent à droite; à gauche est le groupe des Impitoyables, laides brutes, mufles épais ; un homme horrible, vêtu d'une belle et riche armure, apporte des pierres dans un bonnet; un autre, énorme bourgeois d'une importance pédante, ajuste ses besicles sur son nez, d'un air de juge irrésistiblement boutlbn, et l'on peut voir dans ce tableau à la fois le côté doux et fin du charmant maître, et son

AUAM ELZlIElMEIt. — SAINT CUBISTOPIIE.

aptitude satirique. Comme tous les tendres, Cranach est un bon et robuste railleur. A Berlin, parmi de très belles toiles, tableaux religieux, mythologiques (comme notre Fontaine de Jouvence), portraits; il faut mettre encore à part une délicieuse Sainte \ une, aux longs cheveux jjlonds et en belle robe grise avec ceinture d'orfèvrerie, une figure au joli geste gauche, vraiment simple et ingénu. Ln Portrait de Catherine de Boru, dillérenl de ceux que l'on voit dans d'autres musées et où elle n'apparatt pas très séduisante, avec ses pommettes saillantes: ici elle est un peu penchée, la bouche est spirituelle, le front haut, les yeux extrêmement jolis. D'ailleurs les portraits peints par Cranach sont la plupart du temps exécutés avec force et sérieux, et ce sont de belles choses. Il ne faut cependant compter que comme à demi de lui, une quantité de Frédéric le Sage et

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do Frédéric le Généreux^ portraits revêtus de son estampille, mais sortis ])ar douzaines de son alrlicr, présents sans ddule, images oCficielles dont il avait

donné le modèle, à tel point qu'il n'est guère un musée d'Europe, grand ou petit, qui n'en possède.

Au musée de Francfort est entre autres une très belle Crtni/ixion, et à Cassel, une ravissante Dkme.

Le lils de Cranach, Lucas le jeune, n'arrêtera pas notre attention. Il continua avec plus de lourdeur, mais avec une étonnante fidélité, le style de son père. Aussi dans le nombre de ses tableaux s'en trouve-t-il parfois qui ne sont pas indignes comme conception, sinon comme exécution, de figurer à côté de ceux du vieux maître. Mais l'école de Saxe, créée par Cranach, alimentée par lui, par les gens qui l'aidaient dans sa copieuse production, s'éteignit avec son fils (1386), et en somme cette date est également l'extrême point de démarcation

entre l'école allemande qui nous a tenus intéressés, parfois ravis et passionnés, et celle qui ne nous réserve qu'indilTérence.

11 serait pourtant juste avant de passer au très sommaire résumé de tout ce reste vite retracé, de signaler un intéressant rameau de l'école, dans son style franconien principalement, qui a poussé en Suisse au xvi" siècle, et bien entendu en dehors de Ilolboin. Deux artistes ne peuvent passer inaperçus malgré la rareté des œuvres peintes que l'on a conservés d'eux : l'un fantastique, empanaché, singulièrement excessif, mais attrayant au possible : Manuel Deulsch, de Berne, avec son singulier Jiujemenl de Paris au musée de Bàle ; l'autre, Tobias Stimmer,de SchaiThouse,un portraitiste énergique et naïf qui a, au même musée, deux portraits en pied, un homme et une femme, riches de couleur et expressifs dans leur robuste gaucherie.

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L'école do Westphiilie oiïre cncoro, au niilii-ii tlu xvi" siècle, des artistes intéressants, les Tom 15ing; Liulgor, le i>rro, est un grave et savant artiste.

il' ,

L'école de Franconie va s'affaiblissant après la mort de Durer, et ce n'est pas le fécond et insignifiant Virgile Solis, décorateur inépuisable, italianisant incu-

rable, qui la saurait relever. Nous arrivons ainsi sans effort, mais sans plaisir, aux. peintres de la lin du xvi" siècle et du commencement du xvii% qui copient avec la dernière platitude, et plus une parcelle, plus une étincelle du sentiment national, si profond, si beau, les pires décadents italiens. Quels modèles!

Rottenhammer (lb04-1022) et Adam Elzheimer, un peintre de puériles petites scènes bibliques au clair de la lune (lo74-1020), sont les moins insupportables peintres de la fin du xvi^ siècle. Au xvn% le classique Sandrart, peintre ennuyeux et écrivain d'art pas toujours très intelligent ; Abraham Mignon, peintre de ileurs métalliques, plus hollandais qu'allemand, et Balthasar Donner, l'odieux et ridicule peintre de tètes de vieillards exécutées à la loupe, et qui pourtant pouvait brosser un morceau avec quelque verve et largeur.

La guerre de Trente ans avait porté un coui) fatal à l'art en Allemagne ; elle avait tué le calme, le bien-être, le luxe, sans lesquels l'art ne peut se développer.

Mais il est bon de remarquer que la guerre n'avait tué qu'un malade, dont le cas était déjà désespéré. L'art avait été épuisé net après avoir produit les grands sujets que nous avons étudiés, et il n'y avait pas grand chose à espérer d'une école dont les plus brillants représentants étaient le fade et pasticheur Rottenhammer, ou le factice El/heimer.

L'art de l'Allemagne comme celui de la Hollande et de la Flandre avait été bien plus sûrement tué par la nouvelle invasion italienne que par les plus ruineuses guerres.

Le xviu° siècle présente une plus grande abondance de noms et des talents moins antipathiques, mais toujours aussi dépourvus d'importance dans l'histoire de l'art. Dietrich, Tischbein, Bernard Rode, Raphaël Mengs, sont de fades éclectiques, iniluencés soit par la France, soit par l'Italie.

Dietrich (1712-1774) fut le type de ces dévoyés de fin d'école, de ces pasticheurs effrénés, involontaires, qui copient successivement toutes les originalités des autres maîtres sans pouvoir, naturellement, s'en faire une originalité pour eux-mêmes. Il y a de lui des tableaux italiens et des tableaux flamands, des pseudo Van Ostade et des façons de Claude Lorrain. Les uns ne valent pas mieux que les autres.

Quant à liaphaél Mengs, ce fut un homme considérable de son temps (1728- 1779). 11 fut en peinture un des représentants les plus importants de la réaction classique tentée par Wincklmann. Mais dans les œuvres importantes tentées dans cet esprit, on voit trop bien qu'il ne manque à Mengs que le génie. Au 'îontrairc, dans ses portraits règne un assez joli goût; il dessine avec sûreté et fermeté, comme le prouvent maints portraits et esquisses à Madrid et il a dans ce genre une couleur beaucoup plus agréable et relevée que lorsqu'il fait une tentative de décoration ou d'histoire. Nous avons de lui au Lou\ re un estimable portrait de jeune llUe en l'obe à ramages.

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Angelica Kaufîmann (1742-1807) a été fêlée et choyée de son vivant, pour sa'gràce, son existence romanesque, ses talents de portraitiste, de musicienne, de

femme du monde. L'Anijleterre, particulièrement l'adopta, et elle fut au nombre des membres de la Uoval Academy. Ses portraits sont gracieux cl fades

sans-plus. La Mère cl la fille, que nous avons au Louvre, est un de ces tableaux

ANGE Lie. i KAUFFMANN. — Ur<E MÈRK ET SA FILLE.

que le public adopte à cause de leur agrément superficiel, mais qui ne tiennent aucune place dans l'histoire de l'art.

Il y a lieu encore de mentionner le peintre Christian Seybold (1703-1768) dont nous possédons le portrait, un morceau assez médiocre qui est, parait-iU

un de ses meilleurs, et le peintre de batailles assez intérressant, Philippe lUigendas (1606-1742).

Un peintre plus ingénieux, plus original, mais plus graveur pourtant que peintre, est Daniel Chodowiecki (1720-1801; ; c'est sans plus un amusant petit peintre de mœurs.

On aurait bonne envie de s'arrêter là, car on éprouve de grandes déceptions en examinant un mouvement artistique, des œuvres et des hommes qui firent grand bruit pendant plus de la première moitié du xix' siècle. 11 y eut alors une incontestable activité, un grand désir de produire et de faire grand. Malheureusement, les résultats nous apparaissent aussi indifférents que le but était ambitieux. Ceux qui se réclamèrent de l'antiquité grecque, tout comme ceux qui crurent reprendre la tradition des primitifs florentins, et ceux aussi qui allèrent chercher leurs sujets dans les vieilles légendes germaniques, s'imaginant de bonne foi ressusciter l'art national, sont maintenant pour nous des peintres également froids, pauvres, rebutants, quelles que soient l'importance de leur effort et la sincérité de leur bonne volonté.

C'est que l'art ne se renouvelle pas par une idée pure, et qu'un mouvement littéraire, une théorie, ne refont pas un métier à une école; et c'est du métier seul que vient la durée.

Aussi nous intéressons-nous peu à de fort grands noms.

Peut-être parviendra-t-on plus tard à reprendre un intérêt à cette école, lorsqu'il n'en subsistera plus que des vestiges, et que le temps aura opéré ses habituelles et impitoyables sélections. Lorsque presque toute l'œuvre d'un peintre est détruite, il demeure parfois de lui un seul morceau qui trompe sur l'ensemble de son effort, et vaut mieux que de grandes œuvres qui lui valurent le succès de son vivant. Mais pour le moment rien ne serait plus fastidieux et plus dépourvu d'enseignement que de résumer dans un précis comme celui-ci la vie des célèbres artistes allemands du commencement de ce siècle avec le même détail que celle de Diirer ou d'Holbein. Le seul petit portrait d'Érasme ou le plus rapide dessin du maître de Nuremberg contient pour nous plus de beautés, de méditations, de leçons, que les plus vastes fresques des peintres qui portèrent ces noms jadis fulgurants de Cornélius ou d'Overbeck. Ces œuvres-là vivent éternellement, tandis que celles-ci sont mortes dès le lendemain de la mort de leurs auteurs. De même toutes les plus ambitieuses tentatives de peinture d'histoire, les essais de couleur et les essais de ligne, les légendes et la peinture de mœurs. Tout cela est frappé de mort, à cause de l'erreur des artistes qui crurent que la littérature pouvait régénérer la peinture, qu'il suffisait de s'inspirer de Yesprit national avec ses légendes, sans chercher à reconquérir le métier des vieux maîtres. Il n'y a que le métier qui compte, au contraire, et on le vit trop bien avec les peintres qu'il nous reste à énumérer. La plupart nous

ÉCOI-E AIJ.KMANDE.

upparuisseiil luaiiili'iuuil scinhlahlcs ciiliv cun. Iiicii ([u'ils aiciil ivprL'Sculr des écoles et des tendances alors très diverses. Mais dans son ensemble l'école

allemande n'échappe pas à cette épidémie, à celte contagion de médiocre et ambitieuse peinture que nous avons vu régner dans toute l'Europe vers le même

moment, sauf en France où de vrais grands artistes brillèrent. La plupart des peintres allemands de la première moitié du siècle nous apparaissent comme des gens de belles intentions et de médiocre réussite. Classiques ou plus

COHNELIUS.

MARGUElllTE.

inspirés de l'esprit national, éclectiques ou passionnés, ils sont très gênés par un métier plus que pauvre, dépourvu de toute saveur, et ils ne ressemblent en somme qu'à des Paul Dclaroclie plus ou moins fougueux.

Le pe intrc à qui l'on attribue le rôle de régénérateur de l'école allemande moderne est Asmus Carstens (1798-1854) qui se fit de ses admirations pour

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l'art aiili(|iu;, pour .Miclit'l-Aiii;(' pour lia|ili;H'l, une uiaiiiri-c (|ui nCsl ni anli(|uo ni modorne. Son art liybrido est en iiciuluic ce ([iw lui celui du Danois Thorwaldson en sculplure.

La réaction classique tenli'c par C.arslcus ne rcussil qu'à demi. Uienlôt la peinture prit une double direction tout à l'ait ditlérenle, bien qu'elle partît de Rome même, où Carsiens s'était manifesté. Le double courant nouveau fut

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