‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 32 sur 90 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'iii-matioii et dOlml^ de I'ôcmiIu esiiapiidlc. — Los inaïuiscrils. — Le double rdiuant d'influences rilalii' et la l'iandie. - Indueiice de \'an Eyck cl di' Tliii'i'i-v I'xhUs.

Les origines de l'école espagnole ne présentent pas le même intérêt que celles des autres écoles. 11 ne s'y rencontre pas comme en Italie, aux Pays-Bas, en Allemagne, de ces vastes et délicieux ensembles de primitifs qui arrêtent longuement et ravissent le regard et l'esprit.

Bien des monuments de la pointure au moyen âge ont pu il est vrai disparaître, mais le peu qui en demeure suffit pour montrer qu'elle n'avait point d'originalilé propre, qu'elle était simplement une imitation de la peinture italienne, peut-être même, en majeure partie, une ramification.

Quoi qu'il en soit, il n'y aurait guère qu'un intérêt d'érudition pure, ou pour les Espagnols, d'histoire nalionale, à s'appesantir sur les vestiges et sur les hypothèses. La formation de l'école espagnole dans sa véritable et saisissante originalité, a été tardive, et de plus, elle a été à la fois rapide et laborieuse. Ce travail d'un art à la recherche de lui-même a duré tout au plus un siècle, et ce siècle lui-même n'était pas terminé, que déjà l'expression déllnitive se faisait jour. Les influences diverses se combattaient ; celle de l'Italie se faisait sentir impérieusement, finissait par prédominer, et c'est d'elle-même pourtant que l'école espagnole dans sa véritable originalité sortait brusquement. Celle-ci conservait en elle tous les éléments de son origine, et pourtant c'était quelque chose d'absolument différent par l'esprit, l'accent, la tendance, l'intensité. Tel peintre de Séville, de Tolède ou de Madrid était à n'en pas douter directement le fils et l'élève de Venise, mais tout en leur ressemblant à l'analyse, il n'avait rien des Vénitiensà la synthèse. Quand on raisonne les plus grands peintres espagnols, on les découvre italiens d'éducation, de métier; quand on les ressent, ils ne sont plus du tout semblables aux maîtres qui les ont formés ou hantés. Celui-ci n'est plus le disciple de Tintoret, tout en faisant penser à Tintoret, celui-là est un

tout autre homme que Caravage tout en procédant de Caravage. Telles sont, en chimie, des conihinaisons des mêmes éléments, qui, mélangés dans des proportions différentes, donnent des résultats absolument tranchés.

Un autre caractère de cette école, dont le travail de formation a été si violent et si impétueux, est d'avoir élé elle-même aussi brève qu'intense une fois arrivée à son expression absolue. Formée à la fin du xvi" siècle, elle ne dépassa pas la fin du xvii', car un météore tel que Goya, apparaissant à la fin du xviif siècle et au commencement du nuire, ne saurait être considéré comme un phénomène de continuation ou de résurrection de l'école.

11 y a également lieu de constater qu'il y a une école espagnole, mais qu'il n'y a pas des écoles espagnoles. On ne trouvera pas, par exemple, des différences telles que celles constatées précédemment entre l'école de Bruges et celle d'Anvers, ou entre celle de Leyde et celle d'Amsterdam. Les mots école de Valence, école de Séville, etc., à part quelques différences d'accent, qui ne sont rien moins que superficielles, ne signifient guère que des divisions géographiques, dont nous ne nous soucierons même pas au cours de cette revue, car elles ne feraient que nous gêner sans que nous en lirions profit pour la meilleure compréhension du génie de l'Espagne. A la vérité, pour mieux pénétrer, non pas dans cet esprit même, mais dans la formation technique de ses moyens d'expression, il aurait élé plus logique d'avoir déjà étudié la peinture italienne jusqu'au XVI" siècle inclusivement. Nous serons forcé de supposer, comme on dit, le problème résolu, et quand nous parlerons de l'influence de Titien, de Tintoret, de Caravage, etc., de faire comme si nous les avions étudiés déjà dans un précédent volume. Au surplus, la pensée, l'inspiration espagnole, est assez éloquente par elle-même, pour qu'on se passionne à l'analyser sans se préoccuper sur le moment de son atavisme ; et les analyses des œuvres et des maîtres dans lesquelles nous allons entrer sans plus tarder, nous initieront au fur et à mesure à ce qu'il nous importe le plus de sa^oir.

Dès les origines, on trouve deux influences aux prises ; celle du Nord et celle de l'Italie, et qui plus est, l'Espagne est telle, qu'elle peut admirablement se prêter à l'une comme à l'autre et y trouver toute sa satisfaction d'âme et tout le caractère de son style. En effet ce tempérament qui peut être tantôt tout d'austérité, tantôt tout de magnificence, était à même de choisir entre la précision, la fermeté de métier des Flamands, et en particulier de Van Eyck, et plus tard, la somptuosité et la fougue des Italiens. Dans le premier cas, l'école aboutissait peu a peu à une sorte de sécheresse, presque de durelé dont plusieurs portraitistes pourront donner une idée ; dans le second, elle se créait une langue de violents contrastes, de gestes accentués. Mais, par un phénomène curieux, dans un cas comme dans l'autre, elle arrivait à l'expression la plus sobre, la plus austère de ces deux tendances. Anvers ou Bruges, par cette acclimatation, per-

ÉCOLE ESl'A(iNOM'. i;jf>

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VlCli.MMC JOA.MCS. — SAINT liTIE.NN'Ii AU M I L [ K U DES DOCTEURS.

pour tourner au gris, au blanc et au brun, et il no demeurait qu'une sorte d'ascétisme, un vœu de pauvreté dans les moyens au prolil de la puissance dans l'expression du sentiment.

14) ilISTOlUK l'OPULAIRE DE LA PEliNTURE.

Au xv" siècle riniluence flamande a domino, tout au moins dans certaines régions, tandis qu'au xvi'' siècdc celle de l'Italie devint prépondérante. Au surplus n'avons-nous pas vu que coKc dernière conquit les l'ays-Bas eux-mêmes?

On a conservé à Séville quel([ues-uns des plus anciens monuments de la peinture en Espagne, entre autres dans la cathédrale une Vierge de style byzantin, dite Dr la A //////»//,• puis des peintures murales du xiv" siècle dans le couvent de San Isidro del Campo ; mais ces peintures semblent être dues à un artiste italien.

L'étude des manuscrits ne l'ouniil guère de données générales sur la peinture antérieure au xv° siècle, bien que les documents ne manquent pas. Parmi les plus intéressants, il y aurait lieu de citer, du xiu' siècle, le Lihro de l/is Tnù/ax, à la bibliothèque de l'Escurial; du xiv" le Pnn/i/iri// de Séville, où se constate l'influence flamande dans d'importantes compositions, ou au contraire les Dén-élales exécutées par Garcias Martinez (1343) qui sont dans le style italien. Mais sous les règnes de Jeanne la Folle et de Charles-Onint, c'est la Flandre qui redevient la principale inspiratrice.

Les œuvres des peintres italiens attirés en Espagne au xiy° siècle sont entièrement détruites, et on ne peut (|ue citer les noms du Florentin Starnina, et de I*ello. Nous ne saurions surchargerces préliminairesdeslistesde nomsespagnols ou étrangers, puisque les OHivres sont perdues ; ces noms abondent dans les comptes et les histoires. Mais nous ne citerions en connaissance de cause que Luis Dalniau, de cjui l'on conserve à Barcelone une belle peinture représentant la Vierge honorée par des saints et des magistrats. Le style en est purement flamand, et le nom même de l'artiste est évidemment de même origine, malgré le prénom espagiiolisé.

Le séjour que fit Jan Van Eyck en Espagne a certainement exercé sur la peinture une grande intluence à cette époque ; il y a laissé de ses œuvres, et de plus il a été fort étudié et imité. De même Rogier Van der Weyden a également hanté les artistes indigènes jusqu'à l'imitation littérale.

En 1448 nous trouvons une anivre importante de Juan de Ségovie, un tableau d'autel à la cathédrale de Tolède ; ce sont des figures d'apôtres, de saints et des scènes de la Passion. L'œnivre est encore d'inspiration du Nord ; bien que notablement inférieure aux œuvres flamandes de la même époque, il y règne une certaine ingénuité louchante, et peut-être la précision un peu sèche du dessin est-elle un signe de ce ([ue nous analysions tout à l'iieure.

Mais voici deux artistes de plus haute envergure, (|ue l'on peut mieux juger sur des œuvres d'une réelle valeur d'art. L'un d'eux est Pedro Beri-uguete, un peintre de la On du xv° siècle, l'autre est Antonio del Rincon, né vers 14i0.

De Pedro Berruguete qui fut peintre en litre de Philippe le Beau, il reste des retables iniportanls à la cathédrale d'Avila, et, au musée de Madrid, neuf

ÉCOLE ESPAGNOLE

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