CHAPITRE II
DéliiiitiûLi lie 1 kléalisnie et du réalisme allemands. — L'école de Cologne. — Stephan Lochnef. —
L'apparition de l'influence flamande.
L'art allemand a toujours été, on tout temps, dès ses origines comme à sa décadence, profondément et passionnément idéaliste, et c'est par là qu'il a exercé une grande intluence sur la pensée du monde. Aussi faudrait-il se garder de croire que nous allons assister à une évolution de l'idéalisme au réalisme, parce que nous constaterons une observation plus exercée et un rendu plus exact de la nature, dans ses plus littérales, parfois même ses moins flatteuses particularités. Ce n'est qu'une question de moyens et de ressources, mais la tendance est toujours la même.
Dès maintenant nous pouvons poser en fait, et ce n'est ni Diirer, ni Cranach, ni Holbeiii lui-même ([ui nous démentiront, que la peinture allemande, plus elle approche de sa perfection, plus elle cherche à exprimer l'idéal par le moyen du réel. Bien plus, certaines exagérations de brutalité, certaines acceptations de laideur, certaines puissantes accentuations de caractère, ne seront que des exaspérations de ce besoin d'idéal. Idéaliser, pour un artiste allemand, n'est pas épurer systématiquement la nature en vue de produire des sensations agréables, mais agencer un drame, étudier les traits d'un personnage en vue de suggérer un sentiment vif et profond. L'on voit que l'idéal a deux aspects bien différents, et procède de deux sources bien opposées. Nous verrons plus tard, en étudiant l'art italien, la manifestation opposée : Fra Angelico nous apparaîtra sous des formes qui ne rappelleront en rien celles de Stephan Lochner, ou de Martin Schoen. Et pourtant qui sait si le pur et l'extasié Italien n'accomplit pas exactement la même opération, ne satisfait pas au même besoin de l'esprit humain (jue l'homme du Nord, avec son attention apportée aux circonstances terre à terre, aux détails vulgaires, mais touchants?
Lorsqu'il est entré, par suite d'un savoir plus exercé longuement acquis, en
possession des moyens d'exprimer le familier, le particulier, avec une grande perfection, l'idéal germanique ne s'est pas amoindri, il s'est simplement complété.
Maître Stephan Locliner, généralement connu chez nous sous le lu^m de maître Etienne de Cologne, arrive à point pour nous permettre d'étudier ce mélange si caractéristif|ue et siattrayant. il esten pleine possession de sa pensée et de ses moyens, sans tâtonnements, et c'est une des premières personnalités marquées que nous présente l'école allemande au début de sa magnifique floraison qui va durer près de deux siècles. Cette personnalité est faite de force et de candeur, d'un sens de la richesse et d'une certaine grâce souriante. Les personnages de Stephan Lochner sont heureux et peints par un homme