‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 40 sur 90 · LUIS D K MURALES · texte numérisé non relu

LUIS D K MURALES

LA \1ERIjE de douleurs.

divinité dont il s'efTorçait de se rapprocher et dont ses compatriotes ont justement rehaussé son nom.

C'est un phénomène ([ue nous aurons de nouveau l'occasion de constater chez, de très grands peintres de notre école. Plus ils deviennent maîtres, plus ils expriment avec puissance les émanai ions les plus hautes de leur race, plus en un mot ils reflètent l'Espagne, et plus leur peinture fait le sacrifice des fausses richesses et se rapproche d'une sobriété qui va jusqu'à l'abnégation. Ne perdons pas de vue cette indication ; c'est p<'ut-ètre la [dus caraclérisli(iue de toute l'école, et le trait qui fait sa plus haute beauté.

Parmi les œuvres de Morales (pii doivent être citées après celle que nous avons prise comme un des [)lus saisissants exemples de son génie, nous indiquerons : le Porlempid de Croi.r, une Viert/e cl l' Enfant Jésits, Sainl Joac/iim et sainte

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Anne, dans l'cgliso do la(".onre|)tion, ù Badajoz ; un Christ ci une Viorfje de /a Soft finie au inu^va de Tolc'dc; un C/irisf à la colonne, dans l'éj^lisc San Isidro de- Madrid; enCm dans la nirmc \'i\\(\ au iiiuséo du Prado, un EcreHonio, une Vien/e des Douleurs, un irupdrlanl lalilcau, la Présentation an Tcrniile. une Vierfie avec PEnfant Jésus, cl une Tète de Clirisl .

11 exisl(' sur Morales des légendes comme il s'en colporlail jadis, aux temps où 1 "on ne préférait pas avouer qu'on ne savait rien de précis. Ses rapports un peu tendus avec Philippe 11. la misère dans laquelle il était tombé à la suite d'une visite à l'Escorial, tout cela est de ce genre de roman, qui n'est pas de riiisldire et qui est encore moins de la criliciue. Ce n'est point par des anecdotes que l'on comprend les puissants génies et les créateurs.

Or ce qu'il importe de dire, ce qu'il faut revendiquer pour Morales, c'est une place de créateur dans la peinture espagnole. Ce à quoi son contemporain Joanes n'a pas su sacrilier complètement son éducation italienne. Morales a osé passionnément le dégager. Aussi, il est évident que dans ses dernières œuvres, il n'est plus du tciut italien, [iciit-èli'c nVst-il pas même, comme nous l'avons cru (■( le croirions de préférence, hanté par les grands flamands ou les grands allemands. Durer ou Matsys ; il est vraiment le premier en \\\\U\ des grands peintres de l'Espagne qui ait épanché toute pure son âme ardente et sombre.

CIIAriTRE 111

La période Je Iransilion de Navarrete à Ilerrcra. — Pacheco. — ilerrora le 'S'ieux, son caracLère cL

son œuvre.

En Espagne comme en Flandre le xvi" siècle a travaillé pour le suivant, et l'époque présente toute une série tle très beaux éducateurs dont les enivres les plus glorieuses, malheureusement pour eux-mêmes, sont leurs élèves. Ce n'en sont pas moins de beaux et savants maîtres, (pu ont laissé d'importants monuments, mais si méritoire que soit chez eux la recherche, la lutte entre le tempérament et l'éducation, le temps ne tient com|)te que du succès, et si beaucoup de •ces artistes nous inspirent une haute estiuic, nous ne pouvons ressentir d'admiration et d'enthousiasme que pour leurs élèves. Pour prendre les exemples les plus significatifs, .luan del Gastillo est surpassé en céhbrih' par Alonzo Cano ei Murillo, sortis de son atelier ; Las Uoëlas a laissé une œuvre de premier ordre, et pourtant dès que l'on rappelle que Zurbaran a été son disciple, c'est celui-ci •([ui accapai-e l'attenlion; Pacheco a occupé une des situations les plus considérables, mais en dehors de ceux (pii approfondissent l'histoire de l'art, si son nom est jamais meulionné, c'est comme maître de Velazcpiez.

Le mécanisme de l'assimilation sera le même que nous avons souvent constaté : l'art italien importé d'abord presque textuellement sur les principaux points de l'Espagne et respectueusement pratiqué avec des ditlérences de tempérament •(jui ne triomphent point toutefois des formules ; puis ces formules s'atléuuanl et s'éliminant peu à ])en, et rélément d'iiuporliilidu devenant At-yh une source de richesse, un fond maintenant solide, pour larl (pii commence à trouver sa voie. Soudain un ou deux personnages d'esprit indépendant, de détermination brusque et inattendue qui est comme l'effet d'une révélation, introduisent des formes ou des hai'monies qui semblent parfois folles et bizarres aux contemporains, et même conservent pendant des siècles encore cette réputation, sauf pour les esprits qui n'acceptent pas les idées toutes faites. Ils achèvent de briser les

ÉCOLE ESPAGNOLE

derniers liens apparents entre l'origine et la nature réelle. Enfin apparaissent les artistes qui incarnent la pcr^l'eclion du n^Mier en même temps que l'esprit

JUAN FERNANDEZ NAVARRETE. — BAPTEME DE J ES U S-C H [l I ST .

de la race, et ceux-là (pii récoltent toute la gloire, sont ou liicn concentrateurs heureux de tous les efforts passés, ou bien eux-mêmes des créateurs puissants. Et pour prendre encore des exemples du sens dans lequel on doit entendre

cette dernière classification, nous verrons que les maîtres de la Renaissance italienne, mémo parmi les plus grands, ont été de ces ouvriers de la dernière heure, plus grassement payés que les premiers arrivés, tandis que nous allons voir bientôt en Veluzquez, comme nous l'avons vu en Rembrandt, le type de ceux ([ui ont à la fois profité et créé.

JUAN FERNANDEZ NAVARRETK. — SAIM IMERRE ET SAINT PAUL.

Ces remarques générales nous dispenseront pour l'Espagne d'entrer dans l'analyse détaillée des écoles locales, des rapports des ateliers entre eux, et des minutieuses successions de maîtres à élèves. 11 nous suffira de passer en revue les maîtres principaux.

Juan Fernandez Navarrete (1526-1579; n'a pas laissé d'élèves directs, mais il a été en Castille le plus puissant propagateur des méthodes et des procédés

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vôiiilicns. Il est connu sous le s(»l»ii(iii('t de El Mudo, ayant été sourd-muet dès sa première enfance; après à^nv appris les élémcnls de lu peinture dans un couAciil \oisiM do sa ville natale, Lo^rduo. il se reiidil en llalie où il visita les

JUA.N FERNANDEZ NAVARBETE. — LE CHRIST DESCENDA>)T AUX LIMBES.

îiteliers les plus célèbres et connut les plus grands maîtres, mais ce fut Titien qui le fixa. Il avait déjà acquis une réputation à Venise, et en 1508, Philippe II l'appela pour participer aux travaux de l'Escurial, qui, dans son genre, a attiré autant de peintres, tant italiens qu'espagnols, que nous avons vu les travaux de

la Girakla en attirer naguère à Sévillc. L'œuvre du Mudo fut considérable, sa carrière a^ant été active, et son tempérament, façonné à l'école de Venise, riche et prodiidif. Parmi ses plus belles œuvres sont les figures d'Apôtres de l'Escurial, le tableau de l'ancienne collection du maréchal Soult, Alnalinm recevant les Anges, et son portrait par lui-même, d'une expression frappante. Le musée du Prado contient seulement un Daplènie du Christ, œuvre de jeunesse d'une facture un peu timide et deux figures d'apôtres. Navarrete a été un des premiers peintres du xvi' siècle dont l'inspiration ait franchement incliné vers le naturalisme, vers cette gravité familière qui est devenue pour nous un peu une des caractéristiques de l'art espagnol, et qui choquait fort à cette époque même les puristes, les théologiens de la peinture. Mais son talent, incontestable d'ailleurs, ne présente pas une originalité assez dégagée de l'imitation de Titien pour lui conquérir une place à part, et quelque influence qu'aient pu exercer sur l'école sa technique et son tour d'espi'it.

Au rebours de Navarrete, Pablo deCespedes apporta d'Italie non pas des tendances au naturalisme, mais à un académisme qui ne correspondait ni aux besoins de la race, ni au travail latent de formation de l'école. Son action eut pour résultat de dévoyer un peu l'orientation réelle de la peinture en Andalousie, et cela d'autant plus qu'il forma un élève propagateur ardent et écouté de ses doctrines. Pablo de Cespedes (1;338-1G08) fit à Cordoue une éducation littéraire et philosophique des plus complètes, puis il se rendit à Rome, mais ce qu'il y devait trouver, ce n'était plus que l'art maniéré et froid des successeurs de Raphaël ; il se lia avec les frères Zuccari, et c'est cet art académique qui domina dans son œuvre, si du moins dans son enseignement il transmit surtout à ses élèves les leçons de couleur qu'il avait puisées à l'arme et à Modène dans l'étude des œuvres de Corrège. Son influence sur l'école andalouse ne fut donc pas entièrement fâcheuse. Les deux œuvres les plus importantes qui subsistent de lui, une Cène à la cathédrale de Cordoue, et une Assomption au musée de l'Académie San Fernando, à Madrid, le montrent comme un peintre correct, sansgénie, et sans véritable nationalité.

Dans l'école de Valence, Francisco de Ribalta (Io5o-1G08) joue un rôle analogue, mais avec un tempérament plus original; il demeure un artiste de transition malgré ses qualités de noblesse et de puissance et un tour d'espril involontairement incliné vers quelque naturalisme. Ses maîtres italiens d'élection furent Sél)astien del Piombo et les Carrache ; le Bolonais d'éducation l'emporte chez lui sur l'Espagnol de race. Son fils Juan (l.o97-1628) continua son œuvre et sa manière, mais si dans les peintures qu'il exécuta en collaboration,, il arrive à fondre complètement sa personnalité avec celle de son père, il donna à ses propres travaux et notamment à ses portraits un accent beaucoup plus décidément réaliste. Ce qu'il faut retenir surtout, au point de vue historique,.

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c'est que de raldicr de l'raiicisro de Hib.iUa allail soilir iiii dos plus saisissants artistes de rère suivante, José (l(> Hiltera, rEspagnolel.

Nous avons dit ([ud'innuciirc ilaliciinc cl acail(''niii|ue, propagée parCespcdes

en Andalousie, s'était prolongée grâce à son principal élève ; il se trouve par un curieux contraste (jue cet élève sera justement un des maîtres du plus grand et du plus original peintre de toute l'école : Pacheco, élève de Publo de Cespedes. devait recevoir Velazquez dans son atelier.

Ce Francisco Pacheco (1571-1054) est une figure curieuse, malgré l'oubli que lui ont mérité ses œuvres. C'est un de ces esprits impérieux et intolérants,

FAllLO DE CESPEDES. — SAllSO.N ET LE LION.

peut-être jusleniciil parce qu'ils ne suai pas bien sûrs au fond de leur foi, et qui, après avoir été pendant leur vie des personnages d'importance, meurent définilivcmcnt dès qu'ils sont morts. Tbéoricien infaligable, mais montrant

ÉCOLE ESPAGNOLE. Itl'.i

bien (jnc licaucdiip de Hm'oi-Îl- ne ^;ull pas un [mmi de créaliuii, ])r(t]»ayalciir

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