‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 48 sur 90 · UN ARTISTE · texte numérisé non relu

UN ARTISTE

dans un travail plus complet que cette esquisse que nous avons seulement voulu jeter comme un cii d'avertissement et d'admiration.

Dans la salle Capitulaire de l'Escorial, il y a un petit Jiitjemcnt dernier, très beau, avec un grand nombre de personnages ; dans d'autres parties du palais, un Saint François en extase, une répétition du Suh^t Pierre de San Vicente et de VEvêque de San Yicente et de Madrid.

A la cathédrale de Tolède, il y a entre autres morceaux du Greco une petite répliquée?), ou l'esquisse originale(?) des deux moines donnés par M. Duret au Louvre ; c'est à ce titre que nous la signalons. Au musée provincial de Tolède, deux ou trois portraits d'hommes d'une expression saisissante.

A Paris, dans diverses collections particulières, on rencontre, mais bien rarement, de beaux morceaux du Greco. Un des plus beaux est le Roi et son

Page, chezM. Manzi, peinture d'une noblesse et d'une richesse surprenantes, d'une grandeur de style à laquelle le rendu attentif des accessoires ne vient que donner une précieuse qualité; chez M. U. Madraz/o, le peintre, une Vierge avec rEiifanl Jésus , très caractéristique; chez M. Rouart, un Moine ,Qi un Portrait d'Iionime avec un manteau bleu, plus un terrible portrait d'inquisiteur, maigre, implacable, effrayant; chez M. le comte Doria, un Moine en extase; chez M. Detti. une composition avec un grand nombre de figures, etc., etc. Au musée de Lyon, un très intéressant petit tableau avec de nombreux personnages et qui n'est autre que la réplique ou l'esquisse, en largeur, du Partage de la Tunique de Tolède, qui est en hauteur. A la National Gallerg, il n'y a qu'une petite figure de cardinal à longue barbe grise, mais un bon petit morceau.

Enfin, pour borner celte énumération encore bien incomplète, le Musée de Madrid est riche surtout en portraits, outre cinq belles toiles religieuses : le C/irisI mort entre les bras Je Dieu le Père, une Sainte Famille, une Annonciation, un Baptême du Christ, et une Crmifirion. Nous n'avons plus la place pour analyser ces tableaux, qui ne nous fourniraient d'ailleurs que les mêmes remarques ; mais les portraits à eux seuls vaudraient une étude spécialement approfondie. Le Greco est un portraitiste à part ; il ne recherche ni la richesse ni l'ampleur; il se contente d'un format modeste la plupart du temps, peignant un bout de buste vêtu de noir, avec la collerette blanche, et concentrant tout l'intérêt dans la tète qui dit une observation profonde, acharnée, un métier serré, presque pénible, et malgré cela l'œuvre ayant une intensité d'expression et de vie toute particulière. Têtes sévères et pensives de médecins, de savants, la main sur un livre ouvert, de gens de qualité, de capitaines aujourd'hui inconnus, mais peu importe, puisqu'ils vivent, tel cet admirable Portrait dltomme, une main à la poitrine, laulre sur la poignée d'or ciselé de son épée, simplicité et force de présentation, (|uelque chose de ditTérenl de Titien, mais peut être aussi grand.

Le Greco mourut en 1025, laissant « pour toute fortune deux cents tableaux ébauchés », dit un biographe sans bienveillance. Il y avait sans doute parmi ces soi-disant ébauches, quantité de choses où le peintre passionné et solitaire avait mis toute sa pensée, qu'il avait reprises et refaites avec cette inquiétude de mieux qui le tourmenta au point de ne pas vouloir vendre sa peinture, mais seulement la laisser en gage en se réservant de la reprendre chez les amateurs le jour où il lui prendrait fantaisie de la redemander en remboursant les sommes touchées. Il avait eu des élèves, dont aucun, sauf son fils Manuel qui ne fit que quelques répli(jues et copies de ses œuvres, ne l'imita ; on dirait qu'il le leur avait défendu. Mais son influence, pour n'avoir pas été d'enseignement direct, n'en fut pas moins considérable, et le rôle qu'il a joué dans l'école est de premier ordre. Au point de vue du sentiment, il continuait Morales ct.loanès, reprenait l'art où

ËCOLE ESPAGNOLE.

ils Tavaient laissé, comme eii\ pidrdiKli'iiicut lidulili' |iar l('scùl(''s dramalhiucs, par le mysticisme cxalU' cl hrùlaiil. (|ni (l('\i('mii'iil dans ce soiiihrc |»ays ol dans colle sociélé triste, la forme la plus saisissante de la relii;i()ii. An point de vue du peinti'e. malériellenieul, Aoyanl la naiui'eel la race cdinuie ils les avaient

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