‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 52 sur 90 · YELAZQUEZ. — L INFANT BALTASAR CARLOS · texte numérisé non relu

YELAZQUEZ. — L INFANT BALTASAR CARLOS

ayO HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.

apparaît ; il est vrai que ce serait déjà, à un tel degré de perfection, un des plus rares trésors de riiumanité. Au reste, il est bien inutile de se tourmenter trop longtemps de ces préoccupations lorsque l'on a une telle œuvre devant les yeux, et que cette œuvre brille par de telles beautés de peinture pure, ce qui est le principal au point de vue de la richesse acquise à l'humanité. Ce n'est qu'un doute qui tourmente \\n peu, lorsque l'on va d'un extrême à l'autre, par exemple de Van Eyck à Yelazquez : Van Eyck n'a point d'énigmes, ou encore de Rembrandt à Vclazquez : Rembrandt est aussi un grand peintre, mais il montre ses cimes, si du moins on ne peut les gravir. En un mot, on ne sait pas ce que Velazquez eût choisi, et par quelles entreprises il se fût montré l'égal de Van Eyck ou de Rembrandt, s'il n'avait pas été astreint à peindre des souverains superbement attifés mais médiocres, des princes sans histoire et des bouffons de cour. Que l'on entende bien que ces questions n'ont trait en rien à la perfection de la besogne en elle-même. Ici, nous sommes en pleine et continuelle perfection ; on n'a jamais peint mieux, et peut-être ne peindra-t-on jamais plus aussi bien. Tout est admirable, depuis le dessin qui est vivant et insaisissable, jusqu'à l'harmonie de la couleur qui est toujours d'une rareté et d'une distinction que l'on n'a jamais obtenue à si peu de frais. Ici les exemples arrivent en foule, et à moins de décrire tous les portraits, ce qui est hors de propos dans un travail comme celui-ci, on ne sait lesquels choisir pour donner une idée de la perfection de ^'elazquez : les grands portraits équestres, tels que ceux de Philippe IIl^ de Marguerite (V An triche, de Philijipc IV, de la liei/ic Isahelle de Bourbon, du Prince Don Bdlld-^ur Caj'/os, du Comte-dur d'Olivarès, avec leurs riches costumes, leur ^lignite d'allure, le mouvement des chevaux lancés au galop, caracolant, ou marchant d'un pas relevé, parmi de grands pays gris ou bleuâtres, tels encore aujourd'hui, avec leurs horizons abru})tset légers, qu'il y a plus de deux cents ans; personnages dont les allures pleines de grandeur, de morgue, les galops impétueux, les gestes de commandement, font mieux ressortir maintenant pour nous les rôles nuls ou avortés; Olivarès magnifique, qui semble lancer une armée immense à la victoire et qui n'a su que perdre des provinces; Philippe IV écharpe au vent par-dessus l'armure, et bâton de commandement à la main, qui ■évidemment part pour des répressions ou des conquêtes et qui n"a su toute sa vie (|ue s'ennuyei', se faire peindre, chasser, ou s'exercer à ne pas rire ; et même l'admirable petit infiint Baltasar Carlos, jeté au galop, le bâton de fiilur généralissime à la main, parmi les arides campagnes grises et bleues de son fulur royaume, et qui n"a pu que mourir avant la vingtième année, d'une grosse tièAre, à la suite de sa première et banale aventure d'amour.

Qu'importe, ce sont de magiiiliqucs efligies, des portraits de ce qu'auraient voulu être ces princes et ces ministres, venus tout juste un peu trop tard. Ils demeurent des visions de distinction et d'élégance parl'aile en tous les cas, et de

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véritable noblesse. N'olazqucz a prinl (uns ees f;i-aiii!s seigneurs cii gri soi"neur hii-mêmc, ou (iiii iiu'rilail de l'être, et il a eélébré l'aiile de mieux le

goût de leur ajustement et la beauté de leur monture. Mais ce sont non seulement des peintures parfaites, dans la largeur, la richesse et la sobriété de leur

exécution, ce sont encore des peintures d'Espagne. Jamais race et atmosphère n'ont été rendues avec plus de finesse et de profondeur. Les portraits de Philippe IV sont tellement connus, sinon encore compris de tous, qu'il y a quelque superfluité à les décrire ; les plus nobles et les plus saisissants peutêtre sont ces portraits en pied dont la présentation est si simple et si forte, que l'on conçoit sans peine le goût que ce roi avait pour son peintre : il lui donnait toute l'allure d'un très grand prince ; le portrait en costume de chasse du musée de Madrid, dont il y a une répétition au Louvre, le Philippe IV en vêtement richement brodé d'argent de la National Gallery ; le Philippe IV à micorps, vêtu de salin cerise, du musée de Dulwich Collège. Cela paraît d'autant plus la véritable grandeur qu'il y a, par le caractère de la race et par le goût du peintre, de la mesure dans ce faste, et de la simplicité dans cet orgueil.

Le petit Infant Ba'tasar Carlos, si fièrement lancé, son écharpe rose tranchant sur son costume vert sombre et flottant au vent, son bras étendu avec cet insigne de commandement, son petit œil noir gravement posé sur le spectateur, son cheval lancé dans un si large mouvement en raccourci, est un des plus beaux de toute la série, le vrai modèle du genre, par le soin et la force de l'exécution. De même VOlivarès, qui est bien un des plus riches et des plus grandioses portraits du monde, même en comptant les plus beaux de A'an Dyck.

Ceux même qui n'ont pas tant de célébrité quoique de pareille importance sont des pages admirables au point de vue de la largeur, de la trouvaille d'arrangement, par exemple ce portrait d'Isabelle de Bourbon, première femme de Philippe IV, au pas de son cheval pie à la crinière rejetée sur le nez, à la housse brune richement brodée d'or et d'argent.

Parmi les portraits en pied, quelle merveille encore que ce petit Baltasar Carlo'i dans la campagne, en costume de chasse, sa coiiïure crânement rejetée sur l'oreille, son petit fusil à la main, et ses deux chiens près de lui, le gros dogue à museau blanc couché paresseusement, et la levrette assise, petite bête orgueilleuse, nerveuse et futilement princière. Mais le plus inoubliable de tous^ ces portraits, c'est à notre gré celui de l'infante Marie-Thcrè:<e représentée plus âgée que dans notre portrait exquis du musée du Louvre, et en pied, vêtue magnifiquement de ponceau et argent, une rose dans une main, un mouchoir de batiste dans l'autre, très naturelle et très fine, pas ridicule malgré l'ampleur démesurée des jupes, pauvre petite princesse ennuyée et lymphatique, aux yeux trop cernés, au teint trop pâle, à la mine trop grave, et qui donne l'idée d'une mélancolique et chélive fin de grande race, caractère et harmonie qui restent à jamais dans le souvenir comme une des choses les plus riches et les plus tristes. (|u"ait produites la peinture.

On ne saui'ait, après ces portraits de grands personnages, que faire allusion aux non moins saisissants portraits de phénomènes ou de fous, le Primo, savant

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aii\ petites janilx's, gravement assis par tcriH-à cùté de grands l)un(juins ouverts; le Nirio de Valleras, avec sa mine d'idiot au visage déformé, aux yeux mal ouverts, i\ la mâchoire dentue ; le Bobo de Caria; Sehnstian do Morra, à la physionomie de brute, assis de face, ses petites jambes torses en raccourci, ses petitspoings sur les aines, avorton (|ui parait méchant et cruel, qui était peut-êtreseulement végétatif, mais dont le visage d(> rustre fait contraste avec le beau

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