‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 53 sur 90 · PORTRAIT DU SCULPTEUR M A R T 1 N E 7. MONTANEZ · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU SCULPTEUR M A R T 1 N E 7. MONTANEZ

costume vert, rouge et or. Et toute la série des hommes de plaisir : Barberoiisse, avec ses moustaches féroces, sa latte, sa houppelande rouge, personnage terrible et peut-être matamore grotesque ; Juan do Austria, vieux larbin velu en capitaine du temps passé, près de boulets de canon, de cuirasses, de casques dont, malgré sa trop longue épée, il est peut-être simplement le fourbisseur ; le bien moins équivoque Pahlillos de Yalladolid, vêtu de noir comme un docteur et qui est, de la dernière évidence, un déclamateur de sornettes ; le tout aussi explicite kntonio el Inçjlès, menant un chien aussi grand que lui, petit homme fat, avec

,un richo costume, grand chapeau à plumes tenu noblement à la main, pourpoint <^t culottes à ramages, bottes à entonnoir, perruque, moustache et barbiche, toute une tenue galante et pompeuse, qui jure avec sa petite tète plate et •rechignée, et qui m'a tout l'air d'être une discrète et détournée parodie de 1"^)pareil français.

Tous ces avortons ou tous ces grotesques, Velazquez leur a communiqué d'abord, cela va sans dire, le charme de sa peinture, qui évite avec un tact et «ne adresse priviligiés ce que de telles représentations auraient de pénible ou .d'attristant sous le pinceau d'un réaliste d'un autre genre.

Mais de plus ils disent, si nous ne nous y trompons, un côté de sympathie ironique, de commisération mitigée, qui est un trait de l'esprit, si obscur pour nous, de Velazquez. Ce n'est peut-être pas un simple sentiment de curiosité pittoresque et le désir de peindre, pour désennuyer le roi, ses bouffons tout à fait dans le sens que le roi aurait voulu, car ils ne sont pas traités en cruelle moquerie, en dédain souverain. 11 y a quelque bonté dans la façon dont Velazquez se prête aux chimères de savoir et de philosophie d'£'/ Primo, de bravoure, de Juan de Aus/ria, de coquetterie iVAiilonio el Inglès ; il semble avoir témoigné une certaine déférence à leurs toquades, et peut-être par une ironie secrète, il les a peints avec autant de sérieux, que leur maître à tous. N'était-ce pas un peu le même sentiment de sympathie un peu rude et moqueuse qui lui faisait peindre Ménippe et Esope sous la figure de deux bons déguenillés rencontrés dans les rues de Séville ou de Madrid, peut-être de grands seigneurs ou de très savants ^personnages tombés dans la misère, peut-être de simples mendiants orgueilleux de leur place au soleil autant que de grands seigneurs? Il y a de la grandeur et de la profondeur en réalité dans ces deux superbes personnages, peints avec une verve et une fraîcheur sur laquelle les années n'ont eu nulle prise et qui paraissent sortir de la veille de l'atelier; V Esope enveloppé sans chemise dans sa robe de chambre brune, son visage ravagé, sérieux, observateur ; le Ménippe drapé dans sa cape frangée, avec son visage pétillant de malice sous son vieux feutre relevé, ses petits yeux vifs, son gros nez, son inculte barbe grise, tout l'air d'insolence de son maintien et de son regard. C'est peut-être en interrogeant longuement ces deux admirables figures que l'on arriverait à comprendre plus jnlimement le vrai Velazquez, à pénétrer dans l'iulimité de son esprit ; à con- -fjuérir en un mol la clef de cette énigme qui se cache derrière l'impassibilité et ■la bonne grâce de ce peintre d'augustes personnages.

Il est fort curieux de noter du moins que son éducation littéraire fort accumi)lie, et étendue encore par la fréquentation des savants, des poètes qui fréquentaient l'atelier de Pacheco, ait abouti à donnera son esprit ce tour populaire et familier dans la représentation des sujets mythologiques, matières pour .d'autres à scènes amphigouriques. Dès sa jeunesse il tranche ainsi dans h' vif,

ËCOLE ESPAGNOLE.

allaiil [)his aïKlack'iisciiicnt (JIK' Uiliera liii-mrme dans la pointure dos rôalilôs donl oos sujots sont le préle\(o, et poignant lo Ihurluis avec aussi pou de souvenii's ol do sonoi (|mo possiido de l'antiquilo. « L'n jouno drùlo nu jusqu'à la

• — — ^ — —' ' ~~ — ': " ï^; ' v^,rff

-:? Il

fi.-

\ 'Mr^lS^

P'^-v^ ^■^' Jw "b^ ' t#CÎX '-^ *,

v^Cr*-" ^"->^'"*^v=».

LES ME. N INES.

ceinture, couronné de pampres, ayant un tonneau pour trône, coiffé d'une guirlande^en feuilles de vigne, comme s'il lui conférait un ordre de chevalier bachique, un soudard dévotement agenouillé devant lui

Un gaillard demi-nu aussi et

tenant un verre à la main, s'accoude nonchalamment sur un tertre derrière le prœses de la cérémonie. Au coin, à gauche, un autre personnage assis à terre enveloppe amoureusement de ses bras une jarre qui n'est pas pleine d'eau à coup sûr... Derrière le soudard se tiennent trois postulants qu'Userait bien injuste de ne pas admettre, car ils ont l'air de francs ivrognes et de parfaites canailles... Plus loin un gueux déguenillé et dont la souquenille laisse voir une poitrine sans linge, contemple la scène avec extase et une main sur son cœur ; il est un peu délabré pour se mêler à ces nobles seigneurs, mais il a tant de zèle, une soif si inextinguible! Au fond, un mendiant, voyant des gens rassemblés, profite de l'occasion et, soulevant son feutre avachi, tend la main pour quêter une aumône... » et les tètes de ces compagnons, achève de dépeindre Théophile Gautier, « hàlées, tannées, fauves comme du cuir de Cordoue, montrant de longues dents d'un appétit féroce, faisant luire dans des pattes d'oie de rides le regard mouillé des convoitises bachi(|ues, rappellent les types caractérisés de la Tu/ia, cette bohème espagnole si amusante, si pittoresque et si ardemment colorée. »

A la vérité, comme le dit justement l'écrivain, l'Espagne n'a jamais eu le mépris du iuiillon, et dans son art spirilualiste les gueux ont été les bienvenus. Mais cette persévérance à les accueillir, n'est-elle pas chez Yélazquez comme un trait de caractère très mordant? 11 ne lui suffit pas de peindre Mars sous forme d'un modèle d'atelier, d'un absolu soudard, simplement afTublé d'un casque. Au moment môme où il est envoyé à Rome comme ambassadeur artistique ou tout au moins comme peintre officiel en congé, et à une époque où il tombe en pleine afféterie académique, en pleine prétention de classicisme gâté, il fait deux tableaux, l'un sobre et patliétique, la Tunique de Joseph, l'autre encore plus rude et populaire que les autres, Apollon chez Vulcaiu, un intérieur de forge comme il n'y en eut que dans les faubourgs de Scville, de Cordoue ou de Madrid, d'ailleurs une merveille de peinture, de vie et d'harmonie, une page grise et rouge d'une finesse extraordinaire, avec un sentiment du geste, de l'expression, de l'air qui n'a été atteint que par les Hollandais, et qui est même ici peut-être plus aisé, plus grand et plus subtil.

11 y a donc un très puissant ironiste chez Vclazquez, un personnage railleur sous l'habit d'un gentilhomme qui ne rit point; on ne sait jamais exactement au juste quand il se moque, et peut-être a-t-il peint le roi lui-même avec une pensée moins sérieuse que ses mendiants, ses forgerons ou ses nains. De toutes lesfaçons, on peut dire que Vhomme l'intéressait prodigieusement. Quant au côté froidement moqueur de son esprit, il se traduit par des mots pleins de sens, comme celui-ci, un des rares qui apportent une lumière sur l'artiste et sur l'ouvrier. Ses envieux pour lui nuire en cour, disent qu'il ne sait peindre que les tètes. « C'est un bien grand lumneur qu'on me fait, répond simplement Velaz-

ÉCOLE ESrAG.NOLl-:. 237

quez, lorsque co propos lui revient, car pour nidi je ne citniiiiis personne qui poigne une tèle humaine de façon satisfaisante. ■

.Mais ce ne sont pas les tètes seulement qu'il sait admirabh'ment peindre, quoi cpi'en disent ses rivaux. Ce sont aussi les corps et l'air qui les entoure, et le cadre de nature où ils se meuvent. Paysagiste occasionnel, Tuais ineoin|)aral)le, il rend l'aspect des montagnes lointaines, de la mer, des bois, des jardins, avec une simplicité, une force synthétique où la iicinliire moderne a puisé le meilleur de ses soi-disant inventions, et encore sans l'atteindre ; ce sont les fonds de ses grands portraits, l'entour de ses scènes de chasse, la scène de ses tableaux tels que la Fà/V^ de sa'mt Antoine à saint Paul l' Eimilc.

Peintre des êtres dans l'atmosphère, il apporte la même subtilité et la même prestige à des scènes d'intérieur, les Menincs ou les Fdemes^ que lorsqu'il pratique, sans prétention scientifique et sans étiquette tapageuse, ce que de nos jours on a appelé complaisamment V^ plein air. Ce tableau des Pileuses., c'est la lumière même, se jouant sur les chairs et les étotTes, circulant entre les murs, baignant tout, inexplicable, venant d'on ne sait où, se mêlant à tout, donnant aux objets leur couleur et leur ondoyance. C'est la vie même et personne ne l'a rendue avec plus de relief et de légèreté, plus de mouvement et plus de ruissellement de lumière, sans moins paraître y prendre garde.

Et dans l'invention pure, dans cette composition vraisemblable et arbitraire qui fait le fond de la peinture d'histoire, Velazquez atteint sans plus d'effort, la perfection peut-être de sa propre peinture, avec le grandiose tableau des Lances ou de la Reddition de Breda. Rien n'est plus mâle, plus simple et plus clair que cette scène, dont la coupe est si neuve dans la peinture moderne, dont le moindre détail est exprimé avec force, mais où tout se subordonne à la grandeur de l'ensemble. Justin de Nassau apporte la clef de la place au marquis de Spinola ; le vaincu s'incline légèrement, mais conserve une robuste dignité ; le vainqueur dans un mouvement de courtoisie lui met la main sur l'épaule, le console et le félicite avec un sourire affable, où ne se sent point l'insolence d'un triom})lie ; il n'y a là que deux hommes vaillants qui demeurent pleins d'estime l'un pour l'autre. De chaque côté se tiennent les escortes : Hollandais massifs et passifs. Espagnols maigres, ravagés, sérieux, de fière tenue, dont l'impassibilité dit simplement l'orgueilleuse accoutumance à la bonne comme à la mauvaise fortune. Les lances se hérissent au-dessus de leur groupe; de magnifiques chevaux sont tenus en bride de part et d'autre ; au loin se découvrent des campagnes fumantes ; tel est le tableau dont la facture est aussi puissante, l'harmonie aussi franche, les silhouettes aussi solides, que tout dans le tableau des Menines, son éternel rival, est délicat, souple, apaisé et indéfinissable.

Pour pousser plus loin ces analyses, c'est un livre qu'il faudrait et il ne suppléerait jamais à une méditation de quelques heures dans ce musée de

Madrid où s'est conservée intacte toute la grandeur, toute la distinction et toute la variété du talent de Velazquez. Il nous reste encore, avant de terminer cet ouvrage, à passer en revue de bien colossales œuvres, à interroger de bien vigoureux ou de bien nerveux esprits. Aucun ne nous offrira plus d'étonnement et plus de séduction que ce grand artiste, ce peintre le plus parfaitement peintre qui fut, ayant vaincu les plus hautes difficultés sans en faire parade, atteint le plus excellent point de perfection où puissent tendre les efforts des hommes : le naturel et l'aisance parfaite, l'abandon avec la tenue, et donné à des choses vraies, simplement peintes, autant de charme qu'en puissent dégager les plus merveilleux rêves. Par là son œuvre qui semble n'avoir pas d'autre but qu'ellemême, a dans l'art une portée considérable, et demeure un exemple qu'il faudrait sans cesse se proposer, sans jamais espérer l'atteindre.

GHAriTRE VI

Le coinmeiiceiiieiil do la décadence. — Les éli'ves de Velazquez : Del Muzo, C ariefio, elc

Mui'illu. — Alonso Cano.

Parfois la décadence d'une école est brusque et presque sans transition, tant ceux qui succèdent aux maîtres impérieux leur sont inférieurs, et tant ils sont eux-mêmes suivis d'artistes médiocres ou même franchement détestables. D'autres écoles olfrent un spectacle di lièrent : souvent une nuance très légère sépare son point de perfection du commencement de sa décadence ; il y a encorede belles œuvres à recueillir, de nobles figures à étudier, mais certains signesannoncent que les temps héroïques sont passés, et que l'épuisement est sinonproche, du moins inéluctable. C'est le cas pour l'école espagnole une fois- Velazquez disparu.

11 serait même plus exact de dire que cette décadence commençait déjà de son vivant, et que seul il la masquait de tout le prestige de sa gloire, de toute la séduction de son talent. Le Greco, Herrera le Vieux, Ribera, Zurbaran, de quelques années plus âgés que Velazquez ou exactement ses contemporains, achevant leur arrière au moment où il entrait en pleine force de talent, ou mourant à peu près en même temps que lui, représentaient comme lui tout l'éclat, toutela virilité de l'école espagnole. Mais ceux qui naquirent un peu plus tard ne marchèrent pas absolument leurs égaux. Nous n'exceptons pas Murillo de cette appréciation ; c'est même lui que nous avions en vue, quelles que soient sa gloire et ses séductions.

Avant d'essayer de justifier cette opinion tout en rendant l'hommage dû aux admirables qualités de ce maître, nous avons à signaler quelques remarquables artistes, la plupart élèves de Velazquez ou préoccupés de lui, sans être cependant ses continuateurs.

Le plus robuste, bien que son œuvre soit demeurée peu nombreuse, peutêtre pour une raison que l'on ne va pas avoir de peine à découvrir, est Juan

Bautista Martinez del Mazo, né à Madrid dans les environs de 1615 et mort en 1667. Il fut l'élève favori de Velazquez et devint son gendre; il s'était approprié la manière de son maître, en conservant toutefois un accent sévère et digne ; il lui succéda dans sa charge de peintre de la cour, et exécuta dans son style plus d'un portrait royal ou princier. Vraisemblablement, du vivant même de Velazquez il peignit des morceaux qui depuis ont dû être attribués au maître lui-même, et cela de très bonne foi, car l'erreur est facile, tant certaines peintures de Martinez del Mazo présentent de force et de style, et sont presque

JUAN liAUTISTA DEL UAZO. — DON TIBURCIO DE REDl.N.

dignes du pinceau de Velazquez; ainsi s'expliquerait le nombre relativement limité des œuvres connues comme siennes propres.

Il est au musée du Prado une peinture à laquelle le beau-père et le gendre ont collaboré, et il n'y a aucune discordance que l'on puisse signaler entre les besognes de chacun : C'est une très superbe vue de Saragosse, qui est de del Mazo, et que Velazquez a enrichie, « étoffée », au premier plan, d'un bon nombre de personnages, cavaliers et gens du peuple ; sans doute ces groupes sont exécutés en perfection, mais le paysage même est remarquable de grandeur et d'harmonie, et il ne forme pas un fond indigne d'une pareille collaboration. D'autre l>art les deux grands portraits exclusivement de la main de del Mazo, qui sont au même musée, peuvent compter parmi les œuvres les plus fières et les plus

fLCOUi ESl'AU.NULi:. 241

solides de rojcoli». L'un osl le pdilrail do Don Tilnirrin de lifi/in // Cn/za/, clicvu-

lier de Sainl-Jean, mestre de camp de Tinfanterie espagnole sous IMiilippe IV; en pied, près d'une table sur laquelle sont deux pistolets, la main gauche

tombant le long du corps et supportant un chapeau gi'is à larges bords ; portrait d'une sobre et puissante allure, d'un grand style, qui ne souffre pas du voisinage du Vu/cain à côté duquel il est placé, et qui se tiendrait encore à côté de VAmiral Pulido Pare/a, ce beau morceau de Velazquez à la National Gallery. L'autre portrait est celui de Marianne d'Aatriche, seconde femme de Philippe lY, très beau portrait en pied, de jeune femme aux tresses blondes, enlièrement vêtue de noir; dans une pièce voisine s'aperçoivent deux jeunes enfants avec leurs gouvernantes ; peinture d'une non moins noble tenue que la précédente. Enfin il y a de lui de nombreux paysages d'un style plutôt décoratif. Reste une œuvre d'une attribution moins sûre et qui est donnée comme un des plus beaux Velazquez alors qu'elle pourrait bien être, tout ou partie, de notre intéressant artiste; c'est la réunion de portraits, la Fautille de Velazquez, au musée de Vienne, page célèbre et digne de l'être, où sont groupés la femme et la fille de Velazquez, les enfants de celle-ci, .T. B. del Mazo lui-même, Juan de Pareja, enhn Velazquez vu de dos, et peignant, tout au fond d'une large galerie. Les biographes de Velazquez ne mentionnent point ce tableau qui aurait été pourtant un de ses principaux ; c'est déjà une présom})liun, et ce (pii confirme l'attri. bution à del Mazo, ce sont certaines lourdeurs d'exécution et certaines imperfections de perspective que l'on peut noter dans les autres œuvres de ce peintre, entre autres le Portrait de Marianne d'Aatriche. Quoi qu'il en soit, c'est un tableau de premier ordre. Avoir produit plusieurs œuvres dignes de Velazquez et assez imposantes pour lui avoir été attribuées, ce n'est sans doute pas avoir égalé Velazquez, mais c'est être plus qu'un bon élève.

Juan de Pareja, (|ui vient d'être nommé, fut le type de l'élève parfaitement docile et soumis. 11 était mulâtre et avait été l'esclave de Velazquez; il l'avait accompagné lors de son premier voyage à Madrid et ne l'avait jamais ({uitté. ^'clazquez l'afiranchit et l'admit comme élève sur le tard, après qu'ayant étudié la peinture en secret il eut montré ce qu'il pouvait faire. Le seul tableau authentique de Pareja est la curieuse Vneal/on de saint Matthiea du musée de Madrid. Elle ne rappelle guère quoi que ce soit de Velazquez, sauf peut-être en certaines tètes de gentilshommes contemporains de Pareja, représentés dans cette peinture qui est plutôt un pastiche des maîtres italiens. Toutefois les historiographes espagnols s'accordent à dire que les portraits peints par Juan de Pareja étaient tout à fait dans la manière de sou maître.

Plus remarquable que Parejaetau moins autant quedelMazo, est un autre très beau peintre, Juan Carreno de Miranda (IGI i-lG8o), qui peut être rangé dans l'école de Velazquez sans avoir été à proprement parler son élève. C'est auprès de Pedro de las Cuevas (1508-1035), un nuiître qui a formé de remaniuables élèves, mais de qui il ne reste rien, que Carreno avait appris la peinture; mais c'est Velazquez (pii lalliia près de lui ayant vu (pielques morceaux de sa main.

]':C()LK KSl'A(iNO[.K.

Vela/.qiift/ Icc'liargca de divers Iravaux de drcoralinii dans col Alca/ardonl il diiigeail les einticliisseincnls. ('.aiTefin de Miiaiida lui assez eslinié pour cire nommé peinlre du roi eu IGoO, et il oblinl une digiiilé à la cour sous le règne de Char-

les Il qu'il a portraituré avec un talent de premier ordre. C'est un des beaux portraits du musée, et qui vaut d'être admiré encore après qu'on a vu les Velazquez, que celui de ce jeune roi blond et lymphatique, à la figure allongée, à la

lèvi'e inférR'iiiT épaisse el d'un rouge qui tranche sur la pâleur, au costume noir sur lequel brille seulement le collier de la Toison d'Or; c'est peint d'une touclie souple et subtile, qui rappelle Yelazquez avec un accent pourtant assez particulier.

D'autres portraits encore, au Prado, montrent Carreno comme un parfait peintre; notamment celui de Marianne (rAutnrhe en habit de veuve et assise devant un pupitre, figure d'un caractère triste et imposant ; Iwanowicli Potem- /li/i, ambassadeur de Russie, superl)e image en pied ; Francisco Bazan, un bouffon

cahheno de miranda. — une nai.ne.

de Charles II, portrait des plus saisissants. Ce portrait d'un homme vêtu de noir, et d'une enveloppe extrêmement subtile et obscure, est d'une facture aussi audacieuse que celle de Yelazquez ; cette recherche de l'enveloppe, ce fuyant des contours, ce mouvement dans l'ombre ont été réalisés bien avant certains tableaux célèbres de peintres modernes, américains notamment, c[ui peut-être se sont souvenus de ce morceau. Enfin Carreno, outre ses travaux de décoration et ses portraits de notables personnages, produisit aussi quelques études de nains et de phénomènes ; il en est un extrêmement curieux, une naine d'énorme corpulence, magnili(jucment vêtue de brocard rouge, que l'artiste a peinte avec une verve surprenante. Comme peintre d'histoire, le Saint Anihroise distribuant des aumônes au Louvre, dans la collection La Caze, prouve qu'il était également remarquable

KCOLl-: KSI'AdM )!,!■:.

en ce genre. Il esl (lomiiiage (lu'uiie aussi liellc (Pinic ne sdil pas plus à la porlée de la \Me.

Le maître de Carreno, Pedro de las ('.iie\as, a\ail l'urnié, disons-nous, plus d'un élève reinarciuable. Nous nommerons ici, entre autres, Antonio l'ereda ! 150!»-

CARnE.NO DE 5IIRANDA. — CARLOS II.

1669j de qui l'Académie de San Fernando possède le curieux tableau du Songe delà Vie, bizarre et maniéré de composition, mais d'exécution fort belle; .luau Montero de Roxas; Francisco de Burgos; Josef Leonardo, etc., etc.

Quant à Juan Carrerio, il a été lui-même un maître excellent, et il a eu entre autres élèves de grand talent Juan Martin Cabezalero, et surtout Mateo Cere/.o

(I(i3.')-167."ii. Les deux peintures que possède le uiusée de Madrid moulrent (lerezo cuuiuie uu riche et harmouieux coloriste, très épris des véuitiens; le Mariage de sainte Catherine et plus encore Y Assomption Je la Vierge, d'une grande richesse de couleur, paraîtraient plutôt d'un élève de Véronèse que d'un contemporain de Yelazquez, mais ce sont deux œuvres pleines des plus helles qualil('s. Au contraire, un peintre d'origine italienne, Fray Juan Kizi, fds d'Anlonio Rici, ou Rizi, venu en Espagne avec Zucchero pour les travaux de l'Escorial, se rapproche de Velazquez dans certaines œuvres, en tant que tendances de coloriste, hien qu'il ne paraisse pas avoir eu de rapports avec lui. Juan IJizi était élève de Bautista Mayno, et il a passé la majeure partie de sa vie dans les couvents. Son tableau de la Messe de saint Benoit, à l'Académie de San Fernando, est d'une grande simplicité de composition, d'un sentiment profond, et d'une grande lînesse de couleur. Son frère, Francisco Rizi (1608-1685) a eu pour élèves, entre autres, Antonio Escalante, dont les anivres se ressentent de l'imitation du Tintoret, et Claudio Goëllo, un peintre important dont nous aurons à reparler.

Alonso Cano (I60l-I667)aétélecondisciple de Velazquez àl'atelier de Pacheco, mais il est difiicile d'avoir suivi une voie plus diflérenle de celle de son camarade. 11 semble au contraire avoir suivi les enseignements de Pacheco, et avoir mis autant de soin, dans sa peinture, à éviter le réalisme dans les types que les peintres de son temps et que Velazquez, à le rechercher dans ce qu'il a de caractéristique. Les grands vénitiens, tels que Véronèse, Titien, Tintoret, et avant eux Carpaccio, Cima, les Bellini, avaient été des réalistes dans une plus grande mesure qu'on ne pense, quant aux types de leurs personnages : ils avaient représenté suivant leur sentiment personnel, mais très fidèlement, les modèles qu'ils avaient sous les yeux. Mais un peintre espagnol qui, comme Pacheco, et tels autres étudiés plus haut, s'inspire littéralement et de seconde main des types peints par les Vénitiens, fait œuvre conventionnelle, académique, mises à part les hautes qualités qu'il peut apporter dans son œuvre. C'est le cas d'Alonso Cano, de qui on a pu dire avec raison qu'il est le peintre le moins espagnol de son temps. Toutefois, s'il semble ne pas se douter de l'existence des types si caractérisés qui inspiraient ses rivaux, il demeure espagnol par la sévère et l'iche harmonie de sa couleur; elle garde comme malgré lui, la puissante saveur grise de l'ensemble, quelle que soit la richesse de ses rouges et de ses bleus. Ces observations s'appliquent beaucoup moins à sa sculpture qui au contraire est par excellence de la race et du sol, ascéti([ue et naturaliste, mêlant hi réalité du sang, des plaies, des maigreurs, des décliarnements et des supplicienients, à l'idéale expression de l'extase. 11 suffit pour ne pas sortir de notre sujet, de i-appeler la célèbre stahiclle de Sai/it Franroi.s d'Assise, (|ue d'innombrables copies et imitations n'ont pu vilipender et qui demeure uiu' des j»his émouvantes onivres de la sculplure des temps modernes.

C A n R E .\ O DE M I H A N D A . — !• (i It ï R \ I r DE M A K I A .N .N E U A U ï 11 I C II K .

UISTUIRE POPULAIRE DE LA PELNTURE.

Alonso r.ano a mené une existence mouvementée, romanesque, et qui contraste avec la correction et la douceur de sa peinture. 11 naît à Grenade; puis il est placé par sou père, constructeur de retables, à Tatelier du sculpteur Martinez Montanez, à Séville ; en même temps il étudie la peinture auprès de Juan

Page 1