‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 55 sur 90 · ALONSO CANO · texte numérisé non relu

ALONSO CANO

SAINT JEAN L li \ A .N G E L L S T E .

en lui, et l'inspira parfois plus heureusement que son rêve, n'eut pas l'élégante vigueur de celui de Velazquez; il conserva quelque chose d'un peu artiliciel et demeura d'un réalisme capable de plaire à tout le monde. Murillo est dans l'école espagnole, l'opposé de ilibera ; celui-ci, toute comparaison entre les qualités de peintres mise de côté, est théâtral dans le rugueux et le contrasté : Murillo est théâtral dans le délicieux et ralïïidi. Un peu de détails sur sa carrière et certaines

ÉCOLli ESPAGNOLE.

de ses œuvres, viendra corriger ce que celte iniprcssiou d'ensenihle pourrait présenter de trop absolu, et montrer, à côté des douceurs (ju(^ le peintre prodi-

ALONSO CANO. — LA VIERGE ET LEr<FANT.

gua aux autres, les belles simplicités qu'il rechercha parfois pour lui-même, et rendit en maître absolu.

Bartolome Esteban ^Murillo était né en 1018 à Séville; ses parents étaient des ouvriers ; à dix ans il demeura orphelin, et son tuteur ne s'opposa point à sa précoce vocation artistique; il entra chez Juan de Castillo, mais ce peintre ayant quitté Séville pour Cadix, Murillo se trouva sans maître et s'abandonna à sa

-254 IIISTOIUE l'Ol'LLAlHE DE LA PEINTURE.

facilité, pcignaiil huit bien que mal, et à la douzaine, pour vivre, clos sujets de sainteté, des natures mortes, toutes choses exécutées beaucoup plus de chic que d'après nature, l'edro de Moya revint sur ces entrefaites à Séville, et ayant montré à son ancien camarade d'atelier ses études d'après les maîtres tlamands, Murillo sentit soudain combien il se dévoyait. 11 n'a plus qu'un but, sortir de Séville, aller en Italie, ou encore dans le Nord, jinur connaître ce Van Dvck, ce Hubens dont l'edro de Moya lui a parlé avec tant d'admiration, et qu'à travers les copies il devine si surprenants. Tant bien que mal il réalise une somme qui lui permette d'aller d'abord à Madrid, mais lu \^ela/quez, toujours grand seigneur, toujours accueillant pour ses compatriotes et ses confrères, le reçoit si bien, lui ouvre si larges les portes de ces palais royaux qui contiennent les Rubens et les Van Dyck, et les Titien, et les Tintoret les plus beaux, que le jeune Sévillan ne va pas plus loin et complète à Madrid son éducation.

Murillo retourne en 1645 à Séville, encore un peu hésitant entre tant d'éblouisscments et de cultes; il se préoccupe parfois de la facilité puissante, de l'éclat vermeil de Hubens, parfois il repense à la sobriété de Yelazquez. Il serait d'ailleurs bien difficile de classer rigoureusement ce que l'on a appelé les différentes manières de Murillo ; il a été tantôt repris par l'une, tantôt par l'autre de ses tendances, et souvent même il a dans un seul tableau mêlé la précision et la vigueur, avec le vaporeux et même l'inconsistant. Dès son retour à Séville, il avait entrepris pour les Franciscains une série de tableaux comprenant entre autres le charmant tableau du Miracle de saint Diego, connu familièrement sous le nom de la Cuisine des Anges, un des plus beaux que possède le Louvre. Peu à peu il conquiert son originalité et sa célébrité. Quant à sa vie, elle est parfaitement simple et pure ; c'est celle d'un homme pieux, modeste, et d'un artiste entièrement absorbé par son travail. Les seuls événements de sa carrière sont les dates de s(.'S principales œuvres : en 1048 l'exécution d'une vaste Conception pour les Franciscains, et de deux figures de saints, plus grandes que nature, Saint Isidore et Saint Léandre pour la sacristie de la cathédrale ; en 1 649 le célèbre Saint Antoine de Padoue qui est réputé son chef-d'œuvre (cathédrale de Séville), puis, de 1658 à 1670, deux séries considérables, l'une pour la confrérie de La Caridad, et qui comprend entre autres le Frajipemcnt du rocher, la Mulliplication des pains et l'admirable Sainte Elisabeth de Hotigric soignant les teigneux, maintenant à l'Académie de San Fernando; l'autre série, ne comprenant pas moins de vingt toiles, destinées à décorer l'église du couvent des Capucins près de Séville, et qui comi)le encore deux des plus belles œuvres du maître, le Saint Thomas de Villanueva faisant [aumône, et le Sainl François d'Assise adorant le Christ qui se détache de la croix pour le venir embrasser.

Après avoir achevé ces grands travaux, produit maintes œuvres des plus variées, Murillo avait dignement rempli sa vie; il fit un voyage à Cadix pour

ÉCOLl'] KSI'AGNOLE.

cxcculer un Mdr'uKjc de ■suiiile CalJicfine coniiriiiiult; par les (lapuciiis ptjiir leur église ; une cliiile d'échafaudage le força à renlrcr à Sévillc sans avoir achevé ce lahleau. En 1682, après de longues souffrances, il nidiiiiil le ',\ a\ril.

Comme nous l'avons dil à Tinslanl, il est difficile de classer l'œuvre de Murillo en même temps par chronologie et par manières. Au surplus, c'est assez inutile; il suffit de dire que celle œu\re au liesoin se divise quant aux sujets en

HISTOIRE PUl'LI.AIRE DE LA PEIiMURE.

peintures de la vie familière, et en peintures religieuses de beaucoup les plus importantes et les plus nombreuses ; puis, quant à la facture, en tableaux exécutés dans un style vigoureux et sobre, et en tableaux sensiblement plus flatteurs et oîi sont prodiguées toutes les caresses des expressions et des types souiiaiils, des couleurs les plus tendres.

La première de ces manières correspond aux peintures de la première catégorie, et à quelques peintures religieuses d'un caractère plus austère, telles la Sainte ElUnheth, le Songe d'un Patricien^ le Saint François d'Assise. Mais encore une fois, Murillo mêle souvent la caresse à l'austérité, et introduit quelques accents plus sérieux à ses plus souriantes peintures; s'il en est beaucoup plus

Page 1