MURILLO. — SAINT THOMAS DE VILLANUEVA
est particulièrement riche en toiles de cette sorte, et que leur réunion leur donne un éclat et une force assez inattendus. Ce sont des scènes de la rue à Séville, de ces raangcailles en plein air, de ces cris et de ces rires qu'engendre le soleil. Dans un des tableaux, deux petits mendiants s'ébattent près d'une corbeille de raisins, et sont en devoir de dévorer un melon à belles dents ; dans un autre, deux gamins des rues jouent avec un chien, parmi de frugales victuailles, pain, citrons, pommes, etc. ; ou ce sont encore des parties de dés : une petite marchande qui compte en riant son gain de la matinée avec un associé ou un commanditaire de dix ans au plus; une vieille femme qui se livre à une chasse acharnée à travers les fourrés de la tête de son garçonnet, tandis que celui-ci mange tranquillement son pain tout en jouant avec un petit chien. Aimables scènes dont Murillo dissimule le côté sordide par une couleur chaude, une Jjonne humeur d'exécution, comme la lumière et le mouvement le font eux-mêmes passer là-bas. Mais il s'en faut que malgré cette vigueur de couleur, cette apparence de réalisme, Murillo ait franclienient accepté les laideurs, et caractérisé les types. Aussi notre petit mendiant du Louvre est-il un morceau plus franc d'allure, et même i)lus brutal de facture si Ton peut employer ce mot avec Murillo ; c'est ainsi que si les jambes, les bras, la poitrine sont d'un modelé riche et gras, quasi-corrégien, la culotte, par exemple, est peinte de façon sommaire et rude, insuffisante même par son inutile énergie, comme dans les tableaux d'un autre genre se rencontrent des parties insuffisantes par le trop de douceur. Ce n'en est pas moins un morceau d'une grande richesse de couleur et d'un dessin excellent ; mais si on le compare au petit Pied bol, de Ribera, combien tout de suite nous apercevons-nous que Murillo nous renseigne moins sur un caractère, sur une nature, sur une race, sur toute une histoire enfin.
Il ne faut donc point demander à notre maître de la pénétration, de la profondeur, de la vérité vraie, puisque dans les sujets où cela serait le plus de mise, son tempérament s'est refusé à nous en donner. Mais pour du charme, de la douceur, de la bonté qui rêve à du sourire, il a prodigué tout cela. Les plus réputés ascètes chez lui rient aux anges, et les anges sont partout dans les tableaux de Murillo; ils se mêlent à tout avec une souriante indiscrétion ou un zèle délicat; ils enguirlandent la Vierge et son Bamltin, se fourrent jusque dans les bras et les plis du manteau du Père Éternel, lui-même un vieillard blanc, attable, très peu terrible; ils consentent à jouer avec le chien de la maison, comme dans la Naissance de lu Vierge, du Louvre. Ils sont plus robustes et d'une beauté moins mièvre dans noire beau tableau du Miracle de saint Diego, le plus précieux de notre collection, avec ses célestes cuisiniers, qui vont, s'empressent aux apprêts du repas des moines ; le tout si sobrement peint, personnages et accessoires, d'une couleur sévère dans son harmonie grise et noire, d'une facture vigoureuse et si parfaite qu'une jarre de terre brune, une assiette de