LE " POUILLEUX » DU LOUVRE
au premier plan, encore, est assis à terre un misérable qui bande la plaie de sa jambe; spectacles d'humilité et de charité que le peintre a rendu sans déclamation, sans fausse sensibilité, comme aussi sans dissimulation de ces maux et de ces haillons, mais (jui brille de l'éclat des nobles choses, simplement faites. Quant au Sainl François d'Assise an musée de Séville, c'est là le vrai chef-
ÉCOLE ESl'AGNULi:. -ica
d'anivrc de Murillo, quelles que puissent être l'iinporlauce, l;i licliessi; et l;i (■rl('l)ril('' de (elles autres paf:;es. Ce jour-là le peintre a aimé sou art de toute sou àuie, et d'uu amour tout diil'érent de celui (|ui liuspirait U)rs de ses plus souriants enfantillages pieux. Ce n'est pas (|uil ait employé avee une énergie inaccoutumée ces moyens si frugaux d'une liarmouic brune, giisc cl Manche qui ddinini' dans le lahleau: au contraire c'est en((U'e par une iiilensih' de douceur, nu modelé longuement caressé, ([u'il arrive à la puissance; ce n'est pas non plus ([ue sous la violence de rémotiou (pii l'animait, son dessin soit devenu exalté et fougueux; bien loin de là, il est ferme et sévère, tout en demeurant de celle souplesse et de cet abandon ([ue Murillo ne peut al)(li(|uer. lu homme est là, en robe de moine, ageiumilh' dans une contemplation de iendi'esseet de désir infinis ; devant lui estle Chrislattachéà la croix, douloureux, I/kmi supplicié et bien mort; mais ce mort descend de l'arbre de souffrance où il demeure encore attaché par une de ses mains trouées, sa pâleur s'illumine à peine d'uiu' mystérieuse lueur, il vient au-devant du saint éperdu et l'eftleure <run embrassement. Peu à peu, l'attention est si fortement conquise par cette loile de couleur si pauvre et si intense, par ce qu'il y a de mystérieux, de mouvant dans l'ombre, que tout ce qui est autour de vous s'efface, que la scène prend un relief extraordinaire, que le miracle s'opère réellement devant vous et que vous y participez. Dans cette œuvre-là, Murillo s'est montré l'égal des plus grands, il a rendu avec une telle force un sentiment ardent et pur que, par une exception notable, la dévotion s'est presque élevée à d'aussi hauts sommets que le sombre esprit religieux, inspirateur des âges précédents.
11 serait inutile, après cela, d'énumérer les autres œuvres du peintre, car elles ne diraient rien de plus sur son âme candide, sur son esprit simple et son talent all'ecté, sur cette radieuse décadence dont il n'était point responsable, tandis qu'il mérite d'être honoré pour sa parfaite nature. Peut-être, la Bénédiction d'Ésaii du musée de l'Ermitage nous le révélerait-elle sous le jour peu connu d'un paysagiste à la Rubens; mais ce n'est là qu'un détail, et nous avons dit l'essentiel. Murillo est plus d'une fois tombé dans la fadeur, en fournissant copieusement son temps des images riantes qu'il exigeait. D'un art réellement moins élevé que celui de ses plus troublés prédécesseurs, sa peinture sent une fin d'école, tout en reprenant parfois une tenue et une beauté dignes de la plus grande époque. Dans son ensemble, elle est un peu à la haute peinture religieuse, ce qu'est l'opéra au plaiu-chant. Le temps d'ailleurs, peu à peu l'avait voulu ainsi, et l'opéra était encore beau. Mais Murillo a été une Ame d'artiste vraiment noble et convaincue, et cela a suffi pour conserver à son œuvre, à travers les temps, une atmosphère de respect, une bonne odeur de pureté, auxquelles ne sont point insensibles ceux mêmes ([ui se renferment jalousement dans l'admiration des maîtres plus grands, plus impérieux et moins faits pour plaire.