PORTRAIT
chien. C'est une merveille de jeunesse et d'élégance. Rien ne peut donner une idée de ces grands portraits de Ueynolds ; la gravure les rendrait imparfaitement^ et malheureusement nous n'en avons point de tels en France, sauf dans une collection particulière, celle de M. Groult. C'est autre chose que les plus célèbres portraitistes, mettez môme en ligne Velazquez ou Van Dyck, ou les plus parfaits de notre Nattier; ce n'est ni mieux ni moins bien, c'est Reynolds.
.-JOi HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.
Les simples portraits d'enfants sont parfois des trouvailles égales; cet enfant anglais, si pur, si épanoui, de si belle race, de carnation si fraîche et si transparente, d'yeux si bleus, de cheveux si blonds, Reynolds l'a rendu avec autant d'enjouement que de respect; il admire profondément ces vivantes fleurs : Ji/vv Parker, déjà jeune fille, de profil avec son grand bonnet à ruban (collection du comte de Morley) ; la jolie scène des petites Ladm Amabclet May Jem'nia Yorkc, tenant chacune une colombe, et accompagnées d'un petit chien aboyant, coUeclion du comte Cowper ; les Enfants de Lord Grantham;\Q gai et brillant Master Creive, costumé en Henri VIII, une perle de la collection de lord Houghton, mais encore dépassée en éclat par l'élrange et fascinateur portrait de sa sœur, la petite 3Jiss France.s Creive, petite créature inoubliable, avec ses grands yeux, dans l'ombre de son ample capeline de soie noire, la robe blanche et la ceinture bleue si fraîches sous ce sombre manteau ; une peinture en vérité saisissante par le motif comme par la facture, qui est large, puissante, et où Reynolds a égalé ses grands maîtres, sans se souvenir d'eux, pendant l'heureux moment où il jeta cela sur la toile.
L'enfant l'a bien inspiré, même dans son genre allégorique ou fantaisiste ; il est deux morceaux excellents en ce genre : la charmante Fillette aux fraises, de la collection du Marquis de Lansdowne, du genre de la Robinella, de la National Gallery, mais plus riche de couleur, plus frais et plus vif de thème, et la figure de Puck, à M. George G. W. Fitzwilliam, scherzo ravissant, sorte de petit faune tapageur et vermeil, vu de face, assis sur un gros champignon, et portant des fleurs qu'il va répandre avec turbulence ; Rotlom est aperçu dans le fond de la forêt, ainsi que la lauguissanle Titania.
Enfin, dans l'impossibilité de donner une idée même des principales choses des collections particulières, encore cette magnifique toile de la collection de Lord Sackville, Theresa comtesse d'ikhestfr et ses enfants : trois robes blanches, un rideau rouge, un fond de mur gris, avec un coin de paysage vu par une baie ; c'est tout le tableau, et c'est admirable dans son harmonie sobre et vive.
On ne saurait émettre la prétention d'avoir, en cette brève énumération, mentionné toutes les plus belles peintures de Reynolds, et même certaines des plus célèbres n'y figurent pas. C'est ainsi que nous n'avons pas décrit, même sommairement, le fameux portrait de la tragédienne Mrs. Siddons en muse de la tragédie, assise parmi des nuées, sur un fauteuil classique, entre le poignard et le poison personnifiés, et dont il existe deux exemplaires, l'un au musée de Dulwich Gollege, l'autre chez le duc de Westminster. C'est ici, malgré la célébrité de l'œuvre en Angleterre, le Reynolds trop réfléchi, beaucoup moins saisissant, moins dramatique, en l'espèce, que le Reynolds si spontané du génial Portrait de Lord Heathfield. Ainsi, le maître anglais prête-t-il à la critique par son trop de savoir, ce qui n'est point le cas de tous les peintres. .Mais quand il s'abandonne
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à son tompôrament do colorislo, (l'hisloricn de l;i iiiàcc arislocraliquo, do la fraîcluMir de IViifanco, de toule la disliiicliun et de IV-légancc d'iiiu^ bcllo race, il devient vraiment incom[)arai)le. 11 est surprenant d'habileté an moment où il no se souvient pas troj) de tout ce qu'il sait, et la plupart dos belles œuvres (jne nous avons citées, Lady Delmé et ses en fan/s, Ladies Amalbc et Mai/ Jemina Yorke enfants dn second comte de Hnrivicke, 31m Frances Crewe, Lord Heallificld, Lord Keppel, peuvent revendiquer leur place à côlé des plus beaux portraits des plus grands peintres, à cùlù même de Velazque/. ou do ce Titien dont il s'est le plus rapproché en qualité quand il s'en est moins préoccupé en pastiche. Ce sont là de bien écrasantes comparaisons, et pourtant Ueyuolds les peut supporter ; c'est un magnifique peintre. C'est aussi un artiste véritable. La question a été discutée de savoir si l'on doit considérer sa peinture autrement que comme un dérivé de colle des Flamands et des Vénitiens, si elle ne doit pas son originalité — que l'on ne nie pas — à l'accent do ses modèles plutôt qu'à sa propre qualité, en un mot, s'il faut la dire peinture essentiellemont anglaise, et d'école anglaise. Cela nous paraît tout à fait superflu à examiner. 11 ne suffit pas que les modèles aient prêté au peintre l'accent de charme, de distinction, ou de fierté si fortement marqués de leur race ; il faut encore que l'artiste leur ait donné le style, l'harmonie qui leur convient, les ait sentis en même temps tels qu'ils sont et se soit affirmé tel qu'il était lui-même, un véritable Anglais, dans la plus belle acception des qualités d'art, d'expression, et de métier que ce mot comporte. Nous allons avoir l'occasion avec Gainsborough d'analyser ce en quoi consistent ces qualités, mais dès maintenant nous devons proclamer Reynolds grand peintre anglais et vrai fondateur d'école.