LE RUISSEAU
terre, de la vie rustique à la fois délicate et plantureuse, des aspects charmants ou vigoureux que prend la nature ; aussi l'Angleterre donnera-t-elle naissance à quelques-uns des plus grands paysagistes de tous temps, soit qu'ils se bornent comme Constable à rendre de cette nature les côtés frais, intimes, réels ; soit comme Turner, qu'ils élargissent le cadre, et distillent l'essence de fantastique que cette nature contient, et donnent une existence durable aux prestiges extraordinaires qui passent à chaque instant dans l'air humide et salé de l'Ile. Enfin, et tout en remarquant en passant que l'art anglais a fourni très peu
de sculpteurs, même de bons sculpteurs de portraits, la peinture engendrera dans ce pays de grands artistes qui, avec une vigueur, une beauté de silhouettes, un charme exquis de fierté ou de fraîcheur, conserveront les plus beaux types de la race sous la forme du portrait, (lar il est à remarquer aussi que ce peuple si épris de A'ie intime, et qui a fait du home une institution et comme une divinité vague, ne consomme ([ue peu de pcinlurcs d'intimités, si ce n'est sous forme d'estampes pour la plupart du temps, et encore d'estampes à tendances romanesques et sentimentales. Point de ces petits tableaux précieux a la hollandaise : l'Angleterre les vit, mais elle conserve la peinture pour de plus hautes visées : la représentation de l'individu, et encore, pas dans sa vérité familière brusquement saisie, dans son abandon, ou comme nous disons, en robe de chambre. Dans ce pays aristocratique, le portrait même du simple bourgeois ne se comprend guère qu'en grande tenue, in fiill sialc. Même s'il afTecte queh|ue apparence de négligé, de laisser aller agréable, il se surveille encore de très près, et si telle grande dame, tel noble lord, tel artiste inspiré, est représenté dans le désordre séduisant du déshabillé, pensez que ce déshabillé a été précédé de la plus savante des toilettes, et s'il est quelque dignité qui dislingue le portraituré, action d'éclat, titre de noblesse ou de propriété, fondions publiques, œuvre célèbre, tout cela sera adroitement rappelé, soit directement, soit par allusion, soit dans l'atmosphère même du portrait, dans ce fond de paysage qui est l'accompagnement riche et aisé des plus beaux d'entre eux.
11 semble en elïct, quand on voit un Reynolds ou un Gainsborough, qu'un grand portraitiste anglais ne puisse pas être en même temps un grand paysagiste, bien que la figure prédomine. Le lord, la grande dame, la femme de beauté célèbre, l'enfant délicieux, ne peuvent se passer de ce fond de parc ou de forêt, de cette échappée de campagne que le peintre a rendus avec tant de facilité, de hardiesse et d'éclat. La beauté de la nature rehausse en Angleterre la beauté de l'être. Pour cela sans doute, il faut quitter les grandes agglomérations, les villes ou les maisons et les usines empêchent presque de voir le ciel, où les sourcils sont contractés par la lutte, où les teints sont blêmes et salis par le travail, l'air rare, la nourriture hâtive, l'épuisement de l'ctrorl. Mais l'Angleterre heureuse, l'Angleterre fière, où la race se conserve admirable, forle, vermeille, ne doutant de rien, et surtout ne doutant jamais d'elle-même, l'Angleterre à la vie simple, à l'effort fécond, à la vigoureuse poussée de belles filles et de forts adolescents qui deviennent des mères de familles un peu simples, mais toujours de fine tendresse, ou de robustes vieillards rubiconds et cordiaux, c'est là campagne, cette coiintri/ luxuriante, que nous aurons encore à approfondir avec Constable, mais dont les produits humains nous vont être raconl(''s par Gainsborough qui est comme un complément de Ueynolds, avec quelque chose de plus spontané de moins dû, déjà, aux influences des maîtres du dehors.
ÉCOLE ANGLAISE
Gainsborougli n'a pas, cntomlous-lc liicii, plus (Tr-clal i\\U' HcyiioUls dans les plus beaux momenls de celui-ci, mais il est plus égal, el Idul aussi grand artiste, il y a elle/, lui nidiiis ircllort. C'csl lui (pii est à |U(ipicnicul parler' le peintre