LA PORTE DE LA CHAUMIERE
le plus exquis de la beauté anglaise. Lawrence, plus tard, sera plus affecté; il ajoutera un charme factice à l'élégance ou à la fraîcheur des modèles. lieynolds souvent subordonnera son modèle à sa théorie. Gainsborough, tout en donnant une grande allure à ses portraits, tout en tienieurant prestigieux, et cela même au moment où il a le moins Tair d'attacher d'importance à la peinture, donne le
plus parfaitement l'idée de la perfection de beauté che/ la femme et chez l'enfant anglais. A tout prendre, ils se complètent merveilleusement, ces deux peintres, et ils offriraient assez, mises à part toutes les différences d'accent, de race, de société, le même spectacle que notre Higaud et noire Largillière. Toutefois, il ne faut pas trop insister sur ces comparaisons, qui pourraient dérouter, et ne les prendre que dans un sens tout à fait général. Reynolds seul pouvait i)eindre Lord Heatlifielil, mais il n'appartenait qu'à Gainsl)orough de peindre Mrs. Robinson .
Gainsborough, d'autre part, se ressent d'une éducation différente de celle de Reynolds. Il naît à Sudbury, SufTolk, en 1727. Son père était un fabricant de draps qui eut d'abord une situation assez aisée, mais bientôt des charges et des embarras. Le jeune Thomas Gainsborough avait montré, dès les premières années, des dispositions très marquées pour les arts du dessin. 11 avait naïvement, sans guide, copié les paysages environnants, tirant de lui-même son inspiration comme son métier, ce futur peintre d'élégances était poussé en pleine terre ; on doit le considérer comme un des véritables fondateurs du paysage anglais, et jusqu'au bout, il a produit de ces beaux paysages, plantureux et brillants, qui ont un accent très différent de ceux des maîtres hollandais, et qui ont pu exercer une action décisive sur l'école naissante.
Agé de quatorze ans, Gainsborough se rendit à Londres, et là, il eut pour premier maître un des ai'tistes du xviu' siècle dont le nom est resté le plus synonyme d'élégance et d'agrément, le graveur français Gravelot, alors fort apprécié en Angleterre. Il ne faudrait pas que l'on notât cette coïncidence, soit pour exalter Gravelot à la hauteur d'un grand peintre, soit pour diminuer Gainsljorongh au rang d'un agrandisseur de vignettes, mais il n'est pas invraisemblable que le graveur français a dû communiquer à son jeune élève un peu de cette élégance, de celte légèreté, qui séduisent si fort dans ses plus brillants et ses plus faciles portraits.
Après Gravelot, Gainsborough eut pour maître Francis Hayman qui a été un peintre d'histoire honorable, mais aujourd'hui obscur, et qui fut plus tard de la Royal Académy ainsi que son élève.
Cet apprentissage terminé, Gainsborough un peu las de l'enseignement fastidieux d'Hayman, un peu déçu dans ses premiers projets d'établissement à Londres, comme peintre de paysage et de portrait, retournait dans son pays natal, où il épousait une jeune fille pourvue de quelque aisance, Margaret Burr, et se fixait à I|tsrvich. Une de ses premières œuvres remarquées était une vue de Landguard Ford, qui a été détruite. Un commencement de notoriété lui était venu, et il le mit à profit en s'élablissant dans un endroit plus en vue, plus fashionablo, Bath, où il devenait bientôt célèbre comme peintre de portraits et comme paysagiste. Il demeura à Bath de 17G0 à 1774, c'est-à-dire jusqu'au
ÉCOLE ANGLAISE
moment où il revint ;i Londres pour s'y fixer définitivement, et y acquérir une répulalioii de poriraitistc presque égale à celle de Heynolds, et de paysagiste égale au moins à celle de ^^'ilson, de (|iii nous devons parler plus loin.
dette rivalité s'est trouvée un jour, pour ainsi dire, officifdlenient constatée, d'une façon assez piquaiilc. Dans un dîner à rAcii(l('iuie, lii-xiiolds avait porté
THOMAS GAINSBOriOUGII .