‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 72 sur 90 · LES ENFANTS · texte numérisé non relu

LES ENFANTS

ce toast : « Je bois à M. Gainsborough, le plus grand paysagiste de ce temps », ce qui était déjà assez significatif venant d'un rival aussi notoire. Mais ce fut l'autre rival qui se chargea de riposter pour Gainsborough, mieux que celui-ci ne l'eût fait lui-même. ^Yilson, qui assistait au dîner, ajouta aussitôt : » Certainement, et aussi le plus grand peintre de portraits! » Est-ce cette circonstance qui avait un peu refroidi Reynolds à l'égard de Gainsborough? Toujours est-il que leurs relations devinrent un peu intermittentes, mais à la mort de Gains-

borough (1788) Reynolds eut à cœur d'effacer cette impression. Il alla voirie moribond, et Gainsborough lui rendit cordialité pour cordialité en lui disant humoristiquement : « Nous irons tous au Paradis et Van Dyck sera des nôtres. »

Gainsborough avait été un des membres de la fondation de l'Académie, et il prit régulièrement part au\ expositions de 1 709 à 1783. Après sa mort, Reynolds en qualité de président, fit un de ses discours sur la vie et l'œuvre de son défunt rival; un des passages les plus caractéristiques y commence en criticiue et y finit en éloge. Reynolds décrit la louche hachée^ la facture égratignée de Gainsborough : <( Toutes ces marques, ces égratignures, dit-il, que l'on peut observer en examinant de près sa peinture et qui, même aux yeux d'un peintre expérimenté peuvent sembler plutôt l'effet d'un accident que le résultat d'une intention, cette facture bizarre , in. orme , par une sorte de magie , à distance prend une forme; tout se retrouve à sa place; nous ne pouvons nous refuser à reconnaître les effets même du soin parfait, là où se rencontraient toutes les apparences de la négligence et de l'abandon au hasard. »

Il semble que Reynolds ait en effet regardé d'un peu trop près les tal)Ieaux de Gainsborough, d'un peu plus près même qu'il ne convenait et en homme résolu à leur trouver des défauts. En soumettant la sienne même à ce régime, on eût pu la trouver rugueuse, ou lui attribuer tout autre défaut. Mais Reynolds méconnaissait ainsi le principe émis par un des maîtres dont il s'était parfois inspiré, Rembrandt, lorsque celui-ci disait que, « la peinture sent mauvais, doit être regardée de loin. » D'ailleurs, la peinture deGainsliorough n'est pas très exactement décrite dans cet » Éloge ». Sans doute, la touche y est légère, aisée, et en certains endroits, procède par frottis rapides, par une vive manœuvre du pinceau, (jui rappellerait par moments le vaillant « trifouillage » de Franz Hais, en moins vigoureux. Mais elle ne donne pas du tout cette impression de désordre et de grossièreté dont parle Reynolds {this r/u/os, this uncoiith and shapeless appeamnre), mais bien au contraire de finesse et de volalililé. Puis, il est des peintures de Gainsborough, et nous en citerons, qui sont d'un fini et d'une vigueur qui font qu'à première vue, on les distinguerait assez difficilement de Reynolds authentiques. Il est vrai que les plus fines sont parfois un peu fatiguées et ne sont pas les meilleures.

La National Gallery possède un nombre suffisant de belles peintures de Gainsborough, et en assez grande variété pour faire connaître la plupart de ses aspects. D'abord des paysages, puisque c'est par là que l'artiste s'est formé, s'est inctinctivement fait peintre. La Charrette du tmirr/ié est le premier catalogué : c'est un paysage largement exécuté ; la charrette porte deux filles et est escortée de deux garçons avec un chien ; elle \a traverser une mare ombragée qui se trouve sur la route ; diverses autres figures sont disséminées dans la toile.

VAùrei/cuir est iiu siiporl)e l^pc des j);iysaf,M's de Guinshoroufiii, et des débuts du paysage aiigliiis en général ; c'est simplenicnl un paysage 1res boisé, avec de beaux grands arbres; un pelit groupt; (b- ligures h lecart, à gaucbe, et au premier pKan quebjue bétail se désalléranl dans une inaïc phn^'c nii peu à droite. Celle peinture est vraiment ricbe, grasse, de r(duiste facture; lu couleur, cbaude. d'une sombre dorure, est superbe, i'arnii les antres paysages sont encore un Abreuvoir, un Lecer de soleil dans un buis, une belle Vue dcDedhmn, etc.

THOMAS GAINSBOnOUCn.

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