‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 74 sur 90 · LADY HAMILTON EN BACCHANTE · texte numérisé non relu

LADY HAMILTON EN BACCHANTE

qui repasse dans le costume même, le chapeau, le pourpoint, lesjambes d'une finesse admirable.

Dans la même collection sont encore deux très beaux portraits. Miss Ann Ford; et le Musicien Charles Frederick Abcl, dans la note très soignée et un peu froide.

Dans la collection Pierpont Morgan, la très curieuse Miss Willoinjliby, jolie, très caractéristique, avec son grand chapeau de paille au bord relevé, les boucles qui encadrent sa figure fine et très allongée, d'une grâce de chèvre; puis le très beau portrait de Lady Gideon en blanc et bleu sur fond de paysage, conquérante toujours par ces yeux vifs dont Gainsborough a été le poète et le peintre.

Uno charmante chose est encore cette peinture, comme une vignette de Gravelot, le maître de notre peintre, avec un paysage comme une tapisserie: Des (lames se promenant sur le ma'il^ à Saint-James Park, collection Algernon W. Necld. Puis à Windsor, Le duc et hi duchesse de Cumberluiul, avec lady EUsahetli Lutlrel^ dans un jardin ; et comme paysages purs, dans la note riche, le Cottage door, au duc de Westminster ; et dans la note légère, de trumeau, un Paijsagc avec bétail, au comte de Gersey.

Mais il vaut mieux borner ces énuméralions qui ne peuvent présenter l'œuvre en raccourci, ni même offrir une rigoureuse sélection des plus belles peintures de Gainsborough, car il en existerait d'aussi séduisantes, d'aussi rares qui auraient les mêmes droits à la citation.

Ce qu'il suffît de retenir en finissant, c'est que ces maîtres anglais du xvm° siècle, et Gainsborough leur roi sous ce rapport, sont parmi les plus grands peintres delà beauté féminine, non point une beauté systématiquement épurée, académisée, ni non plus dont le peintre semble être comme jaloux en affirmant les mérites de sa peinture, l'habileté de sa main; mais une beauté fraîche, vive, familière, plaisante comme un bavardage, lumineuse comme un rayon de soleil ou comme un regard.

Un autre charmeur de ce genre, et par des moyens plus visiblement simplifiés, par suite peut-être un peu plus artificiels, est Romney, encore bien moins connu que Gainsborough en dehors de l'Angleterre. Comme il y a un peu plus de système chez ce joli peintre, et qu'il est moins varié que l'autre, tout en demeurant très séduisant dans ses morceaux les plus rapides, sa manière peut être définie assez aisément une fois pour toutes, sauf bien entendu les surprises auxquelles on doit toujours s'attendre avec les peintres anglais.

Un Romney, c'est généralement blanc pur et bleu clair, avec des chairs vives, roses, des bouches vermeilles ; et cela se détache sur un fond gris ou brun, qu'un rouge un peu sombre de draperie réchauffe sans trop se faire remarquer ; cela se complète par de grandes boucles de cheveux poudrés ou châtain clair. Ajoutez que de même que Romney se complaît dans cette harmonie, de blanc, de bleu, de gris et de rouges sur laquelle il exécutera mille variations, il se contente aussi d'amener sa peinture à l'état de robuste esquisse, d'ébauche très explicite et très nourrie, et les catalogues anglais se méprennent assez volontiers h cet état volontaire, à ce négligé qui plaît visiblement au peintre, en qualifiant les portraits de cette sorte du mot « imfintshed n. Or ils sont parfaitement finis du moment que le peintre a affirmé ce qu'il a voulu, jeté sur la toile et affirmé l'aspect qui lui plaisait de son modèle, et produit une chose qui se tient d'un bout à l'autre, très calculée sous les apparences du laisser-aller.

Le type de ces peintures de Romney est la célèbre Bacchante de la National Gallery, et qui n'est autre que la célèbre lady Hamilton, à la vie incroyablement

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l'omanêsqup, un des modèles prélcrés de Taiiislc, car il se conlcnlo aussi d'un f\[)0, comme dune harmonie, sacliiint en faire un M'-ritahie claviei- d'expressions

T H Ù SI A s L A W U E N C E . — M A S T E R L A M B T 0 .N .

et de séductions. Comme il est joli, le mouvement de cette tète penchée sur l'épaule nue, avec quelle franchise sont peints ces yeux veloutés, cette bouche entr'ouverte aux lèvres roulées, et quelle intelligence de la beauté !

Il y aurait maintes choses à citer de ce spirituel peintre qui réussissait à rendre chez ses modèles suivant leur caractère et leur situation, aussi bien la candeur un peu nuageuse que la plus voluptueuse rêverie: 31/ss Kitt y Calera//, Mj'S Faner, Mrt Indibah/ Mixs Henrietta Shore, Miss Piit, Mrs Van der Guclit, le magistral portrait de Henrietta, comtesse de War/vicket ses enfants, grande page en blanc majeur, la douce et légèrement mutine Parsojis daugther de la National Gallery, enfin toutes les transformations de l'ensorcelante Emma Lyon, plus tard lady Hamilton, en Barcliante, en Méditation, en Sensibilité, et mille autres provocantes mélancolies.

L'œuvre de Romney n'a pas d'autre portée ; il est plein de richesse et de mordant, et on peut bien le tenir quitte de profondeur puisqu'il sait si bien plaire. Sa vie estoriginale.il était né en 1734 à Itallou, lils d'un ébéniste et placé, après un apprentissage dans le métier de son père, chez un peintre de portraits de Kendal, nommé Sleelle. En 1736, il se maria, et après avoir peint de nombreux portraits à Kendal, il partit en 17G2 pour Londres où il se fit rapidement une brillante réputation. 11 avait laissé sa femme à Kendal, où il ne revint que trente-sept ans plus tard; et il y trouva un bon accueil de la [)art de la délaissée et une mort paisible en 1802. 11 a fait outre ses portraits, quelques cartons d'histoire qui sont conservés au Fit/, ^\'illiilm Muséum, à Cambridge, et à la Royal Institution à Liverpool; mais ses portraits constituent son principal titre à la postérité. Quelque hostilité de la part de Reynolds l'avait éloigné de l'Académie, l'empêchant d'être élu et de prendre part au\ expositions.

Nous n'avons plus maintenant qu'à suivre chronologiquement la liste des principaux portraitistes de l'époque: d'importantes figures, appréciées depuis peu de temi)s, àleurvaleur, se rencontreront sur notre chemin. Ce qui distingue la plupart de ces peintres à partir de Romney, inclusivement, et ce qui les différencie de Reynolds et de Gainsborough, c'est que chez eux ou bien la pratique excellente, le tour de main remarquable commencent à se perdre, ou bien ils peignent dans un système donné, un peu étroit, qu'ils se créent chacun pour leur compte, et leur manière affecte quelque sécheresse ((ui ira jusqu'à laminceur, une crudité de ton qui ira jusqu'à la discordance, et une exagération du sentiment, dans le sens le plus banal du mot. Bref, la peinture de portraits devient assez rapidement artificielle et maigre, elle ne sent plus que la peinture, et non la meilleure, presque aussitôt après Reynolds et Gainsborough disparus.

John Russell (174i-180(i) élève du portraitiste Francis Cotes (172o-I770) est surtout un pastelliste. Le musée de South Kensington possède de lui de belles et vigoureuses esquisses de têtes; il a beaucoup de vivacité de couleur, de jet dans le dessin, et parfois il atteint le charme et la fraîcheur, comme dans la Fillette aux cerises, de la galerie des pastels, au Louvre. Russell a été membre de l'.Académie, et portraitiste de George 111 et du Prince de Galles.

ËCOLR ANCLMSK.

On poul encore citer, de la même époque à |mii |iri's. Williani lîeechey (1753-183!)) porli-aitisle do la reine Charlolle, et très apprécié à la cour. Le beau porirait d'enlaiits inlilulé Fr/ve ef sinir, au Louvre. |)eul donner une idée suflisanle de sa manière.

Mais\(»ici un lionmie de Itien nlnsi;raiide iiii|Miiliinre. Maehiini, nii ^ iiioui'eiix

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